Construire l'avenir : la prospective

La prospective permet globalement de construire des représentations du futur pour éclairer le processus décisionnel. C’est une discipline et attitude en vue de l’action qui, contrairement à la planification, ne prédétermine pas, mais éclaire. En ce sens, elle précède la planification. Éléments de contexte pour une prospective accomplie.

La prospective peut être exploratoire ou stratégique. Dans le premier cas, celui qui nous intéresse ici, elle permet d’envisager un ensemble de futurs possibles et d’identifier les moyens permettant de les atteindre. Elle ne consiste pas à prévoir l'avenir, mais à élaborer des scénarios possibles sur la base de l'analyse des données disponibles (états des lieux, tendances lourdes, phénomènes d'émergences, changements, ruptures, etc.) et de la créativité d’imaginer des futurs possibles.

Un monde changeant

Depuis une dizaine d’années, on a pu remarquer une évolution positive de la perception et de la reconnaissance du rôle de l’agriculture au sein de nos collectivités. On remarque davantage aujourd’hui la reconnaissance du rôle important de l’agriculture pour notre société, mais également pour notre positionnement économique global.

En effet, il y a à peine quelques années, l’agriculture était souvent perçue négativement par la classe citoyenne. Nous sortions alors d’une période de grande prospérité agricole, notamment en raison du dynamisme de la production porcine.

Aurait-on pu prévoir les impacts négatifs de cette prospérité sur la perception des citoyens? Difficilement en réalité, mais tout à fait en théorie. En effet, les interactions entre l’environnement, la société et l’économie au sein d’un territoire laissent souvent apparaître des phénomènes non prévisibles. Ces manifestations peuvent prendre différentes formes, par exemple l’apparition spontanée d’un réseau de relations entre des individus qui donnent lieu à l’apparition de nouvelles normes sociales, de consensus, de comportements, etc. C’est ce qui est arrivé au début des années 2000.

Une gouvernance solide

Politiques, normes et règlements constituent des mécanismes de régulation importants dans notre société. Ils influencent de nombreux aspects de notre vie ainsi que toutes nos interactions avec le territoire et l’environnement. Cela est particulièrement vrai dans le domaine de la planification territoriale. Dans la plupart des sociétés modernes, cette action est soumise à un ensemble de règles, de prescriptions et de lois mises en place pour éviter le développement et la mise en valeur chaotique des espaces territoriaux. Au Québec, on compte notamment la Loi sur la protection du territoire agricole du Québec, la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, les orientations gouvernementales agricoles et la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme du Québec.

L’application de ces normes et lois implique, dans la majorité des cas, de nombreux acteurs aux préférences parfois divergentes. Depuis quelques années, ce contexte est encore plus complexe. La participation citoyenne aux décisions politiques est beaucoup plus fréquente. Ainsi, le besoin d’être informé et d’être partie prenante des actions gouvernementales s’ajoute au changement des valeurs environnementales, ce qui modifie les attentes sociétales en matière de développement durable.

Gouverner et prévoir

La vision est une représentation englobante et prospective d’un futur souhaité, à la fois rationnel et intuitif. Elle appelle à bien saisir les enjeux et les tendances lourdes tout en permettant de réduire l’incertitude face à l’évolution générale de notre société. De fait, la vision stratégique est la pièce maîtresse des économies, quelles qu’elles soient. Ceci est encore plus vrai en agriculture. Domaine d’activité qui intègre à la fois la protection de la qualité de l’eau, les usages multiples du territoire rural, la multifonctionnalité de l’agriculture, les problèmes de cohabitation et la protection de la biodiversité, pour ne nommer que ceux-là, l’agriculture est aussi soumise à l’évolution des valeurs sociétales. Certes, la participation du plus grand nombre de citoyens et de citoyennes permet de construire une vision stratégique riche et bien ancrée dans la réalité. Cette façon d’intervenir permet aux citoyens de se sentir parties prenantes de la vision commune.

Mais surtout, et je me dois d’insister ici, elle permet de valider les hypothèses de travail que les praticiens émettent sur leurs milieux. Où veut-on aller exactement? S’agira-t-il de contribuer à la solution des grands problèmes planétaires ou plutôt de garantir la viabilité et la sécurité à long terme des espaces régionaux? Faut-il adapter les institutions existantes ou encore, en créer d’autres à partir de nouvelles collaborations sur le plan écologique ou communautaire (bassins hydrographiques, pays, communautés de quartier, etc.)? Faudra-t-il donner la priorité à l’autonomie, à l’unicité, au développement interne et à l’identité ou, au contraire, à l’équité, à la réduction des effets négatifs et au partage des risques entre collectivités souvent inégal?

Tout l’art prospectif est ici requis pour choisir le défi qui nous incombe.

Appréhender le futur?

Les oracles de tout acabit ne sont plus légion de nos jours. On ne se lève pas un matin en se disant : « Aujourd’hui, j’aurai de la vision ». Il importe de considérer l’apport de l’intelligence collective, mais également d’avoir une sensibilité particulière vis-à-vis des perspectives d’évolution future de notre société. Aussi, dans la mesure où tous les acteurs voudront travailler en commun, le dialogue entre acteurs de secteurs différents, mais aussi entre joueurs de disciplines différentes, permettra un regard spécifique et une lecture différente sur un problème commun. Il fera émerger une compréhension commune de notre monde complexe.

À ce moment seulement, toute la science du planificateur territorial pourra se manifester.

Jean-François Guay, Ph D.
Conseiller en aménagement du territoire

 
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Dernière mise à jour : 2017-06-01

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