Production biologique et agriculture durable vont-ils de pair?

Quelles sont les répercussions des modes de production biologique sur les dimensions environnementale, économique et sociale du développement agricole québécois? La production biologique est-elle aussi intéressante qu’elle y paraît? Voilà d’excellentes questions sur lesquelles s’est penché le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC). 

Le MELCC a mené une étude visant à évaluer la contribution des systèmes de production biologique au développement d’une agriculture durable au Québec. La majorité des analyses a été réalisée en comparant les performances des systèmes biologiques et conventionnels par une revue de littérature scientifique. Un groupe de producteurs agricoles et d’intervenants a ensuite validé les résultats. Voici donc les points saillants tirés du sommaire du rapport.

Performance environnementale

La performance environnementale des systèmes de production biologique a été analysée en évaluant leurs impacts sur les indicateurs agroenvironnementaux suivants :

La qualité des sols
Les sols sous régie biologique ont tendance à afficher une activité biologique et un taux de matière organique plus importants que ceux régis de manière conventionnelle. La régie biologique limiterait aussi les risques d’érosion grâce à diverses pratiques comme la rotation des cultures, incluant les pâturages, ou la couverture plus importante du sol. Bien qu’un recours fréquent au labour et au désherbage mécanique puisse augmenter ces risques, des pratiques de conservation des sols se répandent progressivement afin d’atténuer le risque d’érosion.

La qualité de l’eau
En comparaison avec la régie conventionnelle, la régie biologique permet généralement de diminuer les pertes d’azote pour une superficie cultivée équivalente. Il est toutefois impossible de différencier l’effet des deux régies sur les pertes de phosphore en raison du nombre limité d’études sur le sujet. Les risques de contamination de l’eau par les pesticides, pour leur part, sont plus faibles sous une régie biologique.

La qualité de l’air
Les émissions de gaz à effet de serre des deux régies ont été comparées. Bien que l’impact des modes de production biologique varie selon la nature du gaz considéré, il semble que les émissions globales des entreprises biologiques soient généralement plus faibles. Par ailleurs, l’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse en production biologique permet de limiter les risques de contamination de l’air liés à ces produits.

La biodiversité
Entre autres grâce à l’absence d’intrants synthétiques et au maintien de plus de superficies naturelles, les systèmes de production biologique influent de façon positive sur la diversité et l’abondance des espèces floristiques et fauniques. On le constate autant pour les espèces sauvages que pour celles qui sont domestiquées.

Le bilan énergétique
Les systèmes biologiques présentent généralement un bilan énergétique plus favorable, à l’exception de quelques productions. Principalement, c’est qu’on utilise indirectement une plus faible quantité d’énergie que celle requise pour la fabrication des engrais azotés.

En somme, les systèmes de production biologique influencent positivement plusieurs indicateurs agroenvironnementaux, ce qui leur confère une meilleure performance environnementale. Celle-ci s’explique notamment par l’accent mis sur le maintien et l’enrichissement de la fertilité des sols et sur l’adoption de pratiques spécifiques de gestion des sols, des cultures et des élevages. Au final, c’est l’ensemble de l’écosystème agricole qui en bénéficie.

Aspects économiques

On a d’abord analysé l’évolution de l’offre et de la demande pour les produits biologiques. Cela a permis de connaître les perspectives de marché s’offrant aux entreprises de ce secteur. Par la suite, les rendements et la viabilité financière des entreprises à l’œuvre dans diverses filières de production biologique ont été évalués.

  • Au Québec et dans plusieurs États occidentaux, le marché des produits biologiques demeure plutôt restreint par rapport à l’ensemble du marché agroalimentaire. Toutefois, la demande pour ces produits croît de manière importante, soit de 15 à 20 % par an depuis plusieurs années.
  • Pour sa part, bien qu’elle connaisse aussi une croissance, l’offre de produits biologiques ne parvient pas à suivre la cadence établie par la demande, une réalité partagée par plusieurs États industrialisés, dont le Québec. Ainsi, les importations comblent de plus en plus la demande des consommateurs.
  • Comme la croissance de la demande devrait se poursuivre à moyen terme, les perspectives d’avenir du marché des produits biologiques semblent intéressantes. L’offre québécoise devra toutefois relever plusieurs défis pour répondre à cette demande.
  • En ce qui a trait aux rendements et à la viabilité financière, les productions de lait, de grandes cultures et de produits maraîchers et fruitiers ont été analysées. De façon générale, les rendements tendent à diminuer lorsqu’une entreprise agricole adopte une régie biologique, et ce, dans la plupart des productions. Toutefois, cette diminution varie beaucoup d’une production à l’autre. De plus, les rendements tendent à se redresser après quelques années sous régie biologique. Il est donc possible d’atteindre des rendements équivalents à ceux obtenus en régie conventionnelle, notamment en grandes cultures.

Malgré ces rendements généralement inférieurs, les entreprises biologiques parviendraient, dans plusieurs cas, à dégager un bénéfice d’exploitation équivalent ou supérieur. Elles connaîtraient ainsi une viabilité financière comparable. Ces résultats financiers s’expliquent en grande partie par la prime offerte sur les marchés pour les produits biologiques.

Retombées sociales

Certains aspects sociétaux, territoriaux, communautaires et familiaux des systèmes de production biologique ont été examinés.

Il semble d’abord que les systèmes de production biologique répondent à plusieurs préoccupations sociétales touchant des enjeux tels que la santé, la protection de l’environnement et le respect du bien-être animal. Pour plusieurs producteurs ayant adopté une régie biologique, la protection de l’environnement et les questions de santé constitueraient également des motivations importantes.
En matière d’enjeux territoriaux, ces systèmes favoriseraient la prestation de paysages agricoles diversifiés et la préservation du patrimoine agricole. Ils contribueraient également au développement et à l’occupation du territoire rural.

En raison notamment d’une tendance plus importante à effectuer leurs achats localement et d’une propension à embaucher plus de main-d’œuvre que leurs contreparties conventionnelles, les entreprises biologiques développeraient des liens économiques importants avec leur milieu local ou régional.

Par ailleurs, une participation accrue des producteurs biologiques au développement de savoirs et au sein d’organisations diverses permettrait à ces producteurs d’établir des liens sociaux importants avec leur milieu.

Enfin, les fermes biologiques semblent favoriser le bien-être des agriculteurs et des ménages agricoles, notamment par une réduction des risques pour la santé physique. En améliorant l’image du métier d’agriculteur tout en procurant une sécurité financière, elles pourraient également avoir des effets psychosociaux bénéfiques.

Le rapport conclut ceci : « En définitive, cette première évaluation permet de constater que la contribution des systèmes biologiques à l’agriculture durable est tangible, et ce, dans chacune des dimensions des activités de développement […] ». Ce rapport nous apporte donc des preuves concrètes des nombreux avantages environnementaux, économiques et sociaux de l’agriculture biologique.  Personnellement, j’y ai toujours cru.

Source : site du MELCC, rubriques Milieu agricole, Rapports d’études : Contribution des systèmes de production biologique à l’agriculture durable.

Jonathan Roy, agronome
Conseiller en agriculture biologique

Février 2013

 
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Dernière mise à jour : 2018-12-27

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