Cultures couvre-sol : une question de racines

Les cultures couvre-sol pourraient bien s’avérer l’un de vos principaux alliés. Toutefois, il faut savoir qu’avec ce type de culture, la clé de la réussite se trouve sous nos pieds, là où les racines des couvre-sol font un travail primordial en amenant de nombreux bénéfices.

Tout d’abord, plus des deux tiers des racines ont un diamètre inférieur à 0,2 mm et sont donc invisibles à l’œil nu. La distribution des racines dans le sol ressemble à un cône inversé. Bien que la majorité d’entre elles se trouvent dans les 15 premiers centimètres de sol, elles doivent pouvoir s’enfoncer jusqu’à 60 centimètres. C’est d’ailleurs la hauteur maximale de la nappe d’eau à partir de laquelle on recommande l’installation de drains souterrains, ou leur nettoyage. Selon le type de culture, les profondeurs d’enracinement maximales et le poids en tonnes de matière sèche à l’hectare varient.

Les racines : tout un agent structurant du sol

En poussant et en explorant le sol, les racines des plantes produisent des substances organiques appelées exsudats, qui diffèrent selon l’espèce végétale. Très riches en carbone, ils sont une source de nourriture pour les micro-organismes du sol, principalement les bactéries et les fungi (mycorhizes). Les populations microbiennes sont donc très prolifiques dans l’environnement immédiat des racines.

Le principe est à la fois simple et remarquable : les plantes envoient un signal aux micro-organismes réceptifs à leurs sécrétions spécifiques. Ainsi, plus il y a d’espèces différentes dans la rotation, incluant les cultures couvre-sol, plus la microflore du sol sera diversifiée. Cette variété réduit les risques de maladies causées par les bactéries et les fungi pathogènes.

Présents en grand nombre dans l’environnement immédiat des racines, les micro-organismes y produisent des quantités importantes de substances organiques. L’une des plus importantes est la protéine glomaline, produite en grande quantité par les mycorhizes.

Les exsudats racinaires et les substances organiques sont formés de molécules qui « collent » ensemble les particules du sol, du sable, du limon et de l’argile, avec l’humus. Voilà la clé pour obtenir une bonne structure dans le sol : ces petits agrégats permettent à l’eau et à l’air de circuler, aux racines de proliférer et, ultimement, aux sols d’être plus productifs.

Maintenant que vous connaissez bien l’importance d’un bon système racinaire, voyons ce que les cultures couvre-sol peuvent vous apporter comme bénéfices, notamment grâce à leurs racines.

Pas miraculeux…

On a attribué beaucoup de vertus aux cultures couvre-sol. Or, certaines conclusions semblent exagérées par rapport à ce qui a été prouvé grâce à la recherche. Pensons entre autres à leur capacité de décompacter un sol. On a même surnommé le radis fourrager « sous-soleuse biologique ». S’il est vrai que les racines fines du radis fourrager peuvent coloniser des zones de sol plus denses que la majorité des autres espèces, elles n’arrivent toutefois pas à défoncer à elles seules un horizon compacté. Il faut l’utiliser comme complément au sous-solage effectué dans de bonnes conditions, avec un équipement adapté et ajusté. Bref, les cultures couvre-sol auront un impact très limité si le sol est soumis à un mode de travail ou de préparation trop intensif. On ne devrait pas non plus introduire ces cultures uniquement pour augmenter la teneur en matière organique du sol, car leur tissu est trop « tendre » et faible en carbone pour hausser la matière organique stable.

…mais très bénéfiques!

Malgré cela, les effets positifs des cultures couvre-sol sur la structure du sol ont maintes fois été démontrés. Principalement, elles émettent des composés organiques liants, tel que mentionné précédemment, et elles protègent la surface du sol contre les agents destructeurs comme le travail du sol, les précipitations et le ruissellement.

Les effets des couvre-sol sur les propriétés physiques du sol diffèrent peu selon l’espèce choisie. D’autres critères sont plus importants à considérer : la compatibilité avec la rotation, la culture subséquente et précédente, la date de semis prévue et celle requise par l’espèce, les critères liés à la diversification de la rotation, le contrôle des ennemis de culture, etc.

En introduisant des cultures couvre-sol dans la rotation, on prolonge la période où interagissent les racines vivantes et les populations microbiennes du sol. Ainsi, on agit sur deux plans : on fait en sorte que les agents liants sont produits en plus grande quantité et plus longtemps, et on réduit la période où le sol est vulnérable à la dégradation de la structure.

Les couvre-sol et les éléments nutritifs

Tant pour le phosphore et le potassium que pour l’azote, les éléments recyclés ou rendus disponibles par les couvre-sol ne proviennent pas de la biomasse, du moins pas de façon proportionnelle. Encore une fois, ce sont les racines et leurs effets sur la structure du sol qui sont importantes et non la biomasse aérienne.

Même si l’effet se limite aux premiers pouces, les plantes qui suivront la culture couvre-sol profiteront d’un meilleur accès au phosphore, au potassium et aux nitrates, comme le couvre-sol aura amélioré la structure du sol. Le meilleur exemple provient du soya : il réduit les besoins de 25 à 35 kg d’azote par hectare (N/ha), non pas en transférant de l’azote d’une culture à un autre, mais bien en facilitant l’accès aux nutriments déjà présents dans le sol. Quant aux trèfles, ils engendrent un crédit de 50 à 75 kg N/ha pour la culture suivante. Les vesces en font peut-être encore plus, en autant que leur période de croissance soit suffisamment longue pour qu’ils puissent atteindre leur plein développement.
 

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Décembre 2013

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-13

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