Les mycorhizes, ça vaut le coup?

Les bienfaits des mycorhizes, ces champignons qui se jumellent aux plantes, sont bien connus et documentés. Ils favorisent la croissance de ces dernières et améliorent la structure du sol. Cependant, la vente et l’utilisation des mycorhizes commerciaux en grandes cultures sont relativement récentes et plusieurs producteurs se questionnent sur leur efficacité. Qu’en est-il?

Portrait du mycorhize

Un mycorhize est un champignon microscopique présent en grande quantité dans la plupart des sols. Afin d’assurer sa survie et son développement, il doit coloniser les racines d’une plante hôte. La symbiose, soit l’association du mycorhize et de la racine, est bénéfique aux deux parties. De son côté, grâce aux mycorhizes, la plante absorbe mieux les éléments nutritifs, particulièrement le phosphore, et tolère davantage le stress environnemental comme la sécheresse. Quant au champignon, il profite des sucres et des nutriments que la plante lui fournit.

Les mycorhizes existent à l’état naturel depuis des millions d’années et la plupart des plantes s’y associent. Cependant, la famille des brassicacées (chou, radis, moutarde, canola, etc.) et des chénopodiacées (betterave, etc.) en sont incapables.

Les mycorhizes représentent environ 25 % de la biomasse microbienne totale dans le sol. Dans un sol typique, au cours d’une même saison, la biomasse microbienne recycle entre 25 et 435 kilogrammes (kg) par hectare de phosphate. Voilà l’une des raisons pour lesquelles le rendement n’augmente pas toujours après l’ajout d’engrais phosphatés : à elle seule, l’activité microbienne peut combler les besoins de la plante. De plus, le travail réduit du sol et, à plus forte raison, le semis direct favorisent le maintien des réseaux de mycorhizes dans le sol. Grâce à ces méthodes, plusieurs éléments (le phosphore, le zinc, l’azote, etc.) s’assimilent mieux. Retenez ceci : une opération culturale effectuée à l’automne est toujours plus risquée pour les mycorhizes que la même opération effectuée au printemps, car les longs mois d’hiver accentuent l’effet destructeur du travail de sol.

Ce qu’en dit la recherche

Les travaux de recherche menés au Québec sur les mycorhizes ont montré que des plants de maïs et de soya bien mycorhizés par les populations indigènes (déjà présentes dans le sol) ont assimilé plus de phosphore que si on les avait fertilisés à 106 kg de phosphate par hectare. Hamel et Smith (1991) ont également démontré qu’une certaine quantité d’azote peut être transférée du soya au maïs poussant dans un même champ grâce aux connections de mycorhizes.

D’autres bénéfices de l’association plante/mycorhize se manifestent, tant dans des sols riches que pauvres : la structure du sol s’améliore grâce à une meilleure stabilité des agrégats, les plantes résistent mieux aux maladies, etc.

  • Créer un milieu propice aux mycorhizes
  • Plusieurs autres pratiques culturales favorisent les mycorhizes :
  • Une rotation comprenant des cultures diverses
  • L’inclusion de cultures de couverture dans la rotation, comme le développement des mycorhizes dépend de la présence de racines vivantes
  • La réduction de l’usage de pesticides
  • Etc.

Lors d’une expérience effectuée en Ontario avec du maïs, l’inoculation avec un produit vendu sur le marché n’a augmenté ni la colonisation mycorhizienne des racines ni l’absorption de phosphore ni la croissance des plants de maïs par rapport au maïs cultivé dans un sol non inoculé. En somme, ces produits ne semblent pas augmenter les rendements du maïs, du soya et des céréales de façon très marquée.

Le canola ne s’associe pas aux mycorhizes. À la suite d’un précédent de canola, on peut même observer un effet dépressif sur le rendement de la culture suivante (par exemple le lin, qui dépend grandement des mycorhizes). Pour ce qui est du maïs sur retour de canola, on a constaté que l’absorption de phosphore diminue en début de croissance, un effet qui disparait plus tard en saison. L’ajout de phosphore dans le démarreur, au maïs qui suit le canola, peut s’avérer alors encore plus important.

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Collaboration spéciale : M. Yvan Faucher, agronome, Direction régionale de la Montérégie-Est, ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

Décembre 2013

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-13

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