La compaction : sachez la reconnaître!

Quel élément nutritif limite le plus les rendements des cultures en Chaudière-Appalaches? L'azote? Le phosphore? Les éléments mineurs? Non. Il semble bien que la carence d'oxygène soit la plus fréquemment rencontrée dans notre région. La compaction est alors l'un des ennemis à abattre!

Sol cherche oxygène

Au cours des dernières années, les constats sur le terrain, particulièrement ceux faits dans les années humides de 2008 et 2009, confirment hors de tout doute qu'un manque d'aération cause des séquelles aux cultures. Non seulement le manque d'air dans la couche explorée par les racines est responsable de la baisse de rendements, mais il affecte aussi, bien souvent, la possibilité de récolte. C'est notamment le cas du maïs.

N'oublions pas que TOUTES les plantes cultivées ont besoin d'une importante proportion d'air dans le sol (environ 25 %) une fois l'eau de gravité évacuée. Leurs racines peuvent ainsi respirer et bien se développer.

Assurément, les pluies abondantes restreignent encore plus l'aération des sols, ce qui donne lieu à davantage de lacunes dans les champs. Malgré tout, les champs bien structurés ont, une fois de plus, tiré leur épingle du jeu cette année. Dans presque toutes les municipalités, on peut voir ces champs, qui comportent les mêmes caractéristiques et qui ont été affectés par le même climat, s'en sortir avec de bons résultats.

Le manque d'aération peut être le résultat d'un mauvais égouttement de surface ou d'un mauvais drainage, qu'il soit de cause naturelle ou non. De plus, un travail trop intensif de la terre pulvérise le sol. Le passage de machineries dans des conditions trop humides cause la fameuse compaction. On a tort de penser que seuls les sols argileux sont sensibles à la compaction : dans notre région, où la texture de sol dominante est le loam sableux, on constate toujours plus de cas de compaction.

Les profils de sol

Comment reconnaître la compaction? Bien sûr, le premier indice de compaction nous est souvent donné par l'allure de la culture: plants chétifs et pâles, infestation de mauvaises herbes, accumulation d'eau en surface (flaques), etc. Il n'y a pas de raccourci: on doit procéder à des profils de sol, c'est-à-dire à des examens en profondeur (80 cm ou 30-32 pouces). On creuse alors un trou dans des endroits représentatifs des champs où l'on soupçonne une compaction.

On excavera donc dans cette zone un trou à la pelle ronde ou une tranchée à l'aide d'une excavatrice. Idéalement, un deuxième trou sera creusé dans une zone moins affectée du champ. Ce second profil nous servira de repère pour interpréter les observations faites dans la première analyse. Notons qu'il est très important d'atteindre le sous-sol: on doit creuser à environ 30 pouces ou moins dans le cas de roc près de la surface. Contrairement à la croyance populaire, il arrive souvent que la zone compacte se situe bien en-deçà de la « semelle de labour ».

Il est recommandé de faire cet exercice accompagné de son agronome. Avec les analyses de sol et l'historique des parcelles, l'examen des propriétés du profil complète le diagnostic du problème et nous donne des indications sur les suites à donner (recommandations de correctifs, travail du sol, aménagement de la surface).

Des signes éloquents

Même pour quelqu'un qui n'a pas de formation spécialisée, les symptômes de compaction sont assez faciles à détecter :

  • Densité : le petit couteau est un instrument simple, mais irremplaçable si l'on veut évaluer un horizon plus compact. De petits coups portés avec un angle d'environ 45 degrés sur toute la paroi du profil, et aussi dans le profil repère, nous indique s'il y a compaction et où elle se situe. N'oubliez pas de noter la profondeur.
  • Structure : si le sol se défait en gros blocs sous la pression des mains, il y a compaction.
  • Couleur : tous les sols, peu importe leur texture (argile, loam sableux, etc.) auront une teinte grisâtre s'ils sont privés d'oxygène. Pour sa part, un brun-rouille indique que le sol est bien aéré. Toutefois, la présence de taches de rouille (« marbrures ») dans une couche grise signifie une capacité d'infiltration ralentie.
  • Présence d'eau : en sol humide, le profil d'un sol compact se remplira à partir des côtés, tandis qu'un sol avec un problème de drainage souterrain (pas drainé ou drains bouchés) se remplira d'eau en provenance du fond. De ce fait, s'il y a véritablement compaction, on constate souvent un sol plus humide en surface qu'au fond.
  • Développement racinaire : la compaction freine la croissance des racines, même celles de la luzerne ou du radis fourrager (bye-bye cultures « décompactrices »).

Le bon diagnostic

On le constate: pour faire un bon diagnostic de compaction ou de drainage, il faut voir ce qui se cache sous la surface de la terre, à défaut de quoi, on risque d'appliquer le mauvais remède et de procéder à un correctif coûteux et inutile. D'ailleurs, on confond souvent l'effet de la compaction et la carence en azote ou le lessivage. Toutefois, si c'était le cas, il n'y aurait pas de «belles zones» à l'intérieur d'un même champ et les coteaux, là où l'eau de lessivage circule plus rapidement, seraient plus affectés.

Dans un prochain article, voyez les correctifs à la compaction!

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Octobre 2009

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-13

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