Les cultures intercalaires, quand on veut que ça marche

Les Élevages R. Cadorette inc., de Saint-Lambert-de-Lauzon, est une entreprise où l’on valorise, sur de grandes superficies, une technique simple et presque aussi vieille que l’agriculture : la culture intercalaire. Il s’agit de faire pousser, dans le même champ et simultanément à la culture principale, une espèce végétale destinée exclusivement à améliorer le sol. Les résultats sont impressionnants : maintien ou augmentation des rendements, réduction des coûts de production et atténuation des impacts environnementaux liés aux cultures annuelles.

Les Élevages R. Cadorette inc., se spécialise principalement en production porcine (maternités, pouponnières, engraissements). Mais c’est aussi 800 hectares (ha) ou 2000 acres de maïs, canola (de printemps et d’automne), blé d’automne (ou de printemps) et de soya, la grande majorité en semis direct, le restant en travail réduit. Aucune culture n’est répétée deux années de suite dans le même champ : la rotation de quatre ans maïs-canola-blé-soya est rigoureusement respectée. On a même fait le choix d’exporter du lisier plutôt que de faire plus de maïs.

Pourquoi le trèfle incarnat? 


La fertilité des sols (de tous les champs) de l’entreprise repose d’abord sur les apports de lisier de porc, que l’on planifie, calibre et exécute selon des analyses distinctes par strate, et par fosse. De plus, Les Élevages R. Cadorette inc. échantillonne et fait analyser les sols de tous les champs chaque année depuis 1997. Ils ont ainsi pu suivre l’évolution des teneurs en éléments nutritifs au fur et à mesure des changements dans leurs méthodes culturales. Un des constats importants qu’ils ont pu tirer de cette longue expérience est qu’ils peuvent largement subvenir aux besoins des cultures en phosphore, potassium, éléments secondaires et mineurs avec des épandages modérés (900 à 3500 gallons/acre) de lisier de porc. Ils ont aussi noté que, comme démontré par les chercheurs, le passage au semis direct a amélioré la fertilité chimique de leurs champs. Il y avait un manque en azote, qu’ils devaient combler par l’achat d’engrais minéraux. Ayant observé des parcelles de différentes espèces végétales mises à l’essai à la Ferme expérimentale de l’IRDA (voisine de l’entreprise) au cours des années, le trèfle incarnat leur est apparu comme un choix logique : légumineuse qui fixe des quantités considérables d’azote atmosphérique, fournissant l’équivalent de 70 kilogrammes d’azote par hectare (kg N/ha) à la culture suivante, intolérante aux conditions hivernales, compatibilité avec les cultures principales (tolérance à l’ombrage), non-interférence avec les récoltes de grains et de paille. Chacun des 600 ha de trèfle incarnat apporte donc une économie nette de 50 $ uniquement en fourniture d’azote pour la culture suivante (après déduction des frais d’épandage et de semence, mais sans compter les autres bénéfices propres aux cultures de couverture-structure du sol, préparation du lit de semence, réduction des maladies, etc.)

Méthode de semis


Le trèfle incarnat est semé en post-levée du blé, du canola et, depuis 2014, du maïs également. Habituellement, on procède à l’ensemencement tout juste après les traitements herbicides. Il ne faut pas attendre une croissance trop avancée de la culture principale : le trèfle doit pouvoir bien s’implanter avant le recouvrement total du sol par la culture. Ce n’est pas une espèce qui peut nuire au développement ou au rendement de la culture principale. On pourrait même le semer en même temps que celle-ci, si ce n’était que cela réduit le choix d’herbicides compatibles.

On utilise pour le semis de trèfle un ancien épandeur à engrais de type « Vicon » avec bras balayant de gauche à droite, pour une couverture de 12 à 15 mètres de large (40 à 45 pieds). Les champs étant de grande dimension, et la vitesse d’avancement très grande, on arrive à semer entre 20 et 32 ha (50 à 80 a) à l’heure. Avec une telle rapidité d’opération, on peut se permettre de mieux synchroniser le semis avec une pluie imminente (sur sol déjà humide de préférence) et ainsi se passer d’avoir à incorporer la semence. Il s’agit d’une décision basée sur l’observation et le jugement, car bien sûr, la semence de trèfle laissée à la surface sur terrain sec ne germe peut-être qu’à 30 %, et ne dépasse guère le 75 % même dans les meilleures conditions. L’incorporation (par peigne ou autre équipement léger) permettrait certainement de réduire le taux de semis pour le même établissement, mais réduirait passablement la vitesse d’exécution et la chance de bien synchroniser le semis et la pluie.

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures


Décembre 2014

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-11

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