Optimiser les engrais de ferme en travail réduit

La rotation des cultures est essentielle au succès de tout système de travail réduit, y compris le semis direct. Toutefois, pour que ce système soit rentable, il faut tirer profit des engrais de ferme et de leurs éléments fertilisants en choisissant les bonnes périodes d’épandage ainsi que les bonnes méthodes et périodes d’incorporation au sol.

Pour une entreprise agricole dont le cheptel et les superficies sont équilibrés, une bonne gestion des engrais de ferme apporte son lot d’avantages. En plus de minimiser ses impacts environnementaux, l’exploitation est plus autonome, sinon autosuffisante en matière d’éléments fertilisants. De plus, elle maximise la productivité de toutes ses parcelles grâce à l'effet d'amendement sur la structure de sol.

Importante, la rotation

Généralement, lorsque l’on travaille un sol de manière conventionnelle, les cultures atteignent des rendements 10 % plus élevés avec des rotations que ceux obtenus en monoculture (deux ans d’une même culture ou plus).

D’autres facteurs font en sorte que la rotation est importante lorsque l’on effectue un travail minimal du sol tel que le semis direct. Pensons à la gestion des résidus, à l’allélopathie (toxicité de certains produits de décomposition des racines et des résidus), aux associations des microbes et des racines ainsi qu’à la stimulation de la vie microbienne de la rhizosphère (environnement immédiat des racines) par une plus grande diversité des populations. Ces facteurs expliquent pourquoi le rendement associé à la rotation augmente de 10 à 25 % avec le travail réduit.

L’efficacité des engrais de ferme

Chaque type d’engrais de ferme contient une proportion différente d’azote minéral et d’azote organique. Les engrais diffèrent aussi par leur contenu en carbone et en azote (rapport C/N). Selon ces proportions, l’azote sera disponible plus ou moins rapidement, ce qui fait aussi varier le délai de réponse et la nécessité d’utiliser un complément d’engrais minéral.

Comparativement aux engrais minéraux, les engrais de ferme libèrent plus efficacement le phosphore assimilable par les cultures, et ce, sur une longue période. Les deux types d’engrais sont toutefois équivalents en ce qui concerne le potassium et les autres éléments. Ainsi, une ferme laitière équilibrée sur le plan du cheptel et des superficies ne devrait pas avoir besoin d’importer ces éléments.

La décomposition de l’engrais

Plus l’engrais de ferme à épandre est fibreux, plus les microorganismes du sol prennent du temps à le décomposer. Idéalement, un fumier de bovins pailleux et très fibreux devrait être épandu assez tôt lors de la saison précédant la culture (août à début septembre). Lorsque le fumier est épandu en septembre ou en octobre, la période de décomposition active n’est pas assez longue. Ainsi, au printemps suivant, la culture n’absorbe pas adéquatement l’azote.

Toutefois, si la dose est appropriée et qu’elle est immédiatement incorporée, un épandage d’automne de fumier pailleux produira à peu près le même effet qu’un épandage de printemps. La décomposition débutera dès que le sol commencera à se réchauffer (à partir de 5 à 10 °C); l’azote ainsi que les autres éléments organiques ne seront libérés qu’après la période des besoins maximaux de la culture.

Dans le cas des lisiers, le délai de décomposition est beaucoup plus court. Ainsi, lorsque l’on procède à l’épandage en pré-semis, l’azote est libéré au moment où la culture l’absorbe le mieux. Comparativement au lisier de porc, le lisier de bovin a besoin d’un temps d’incubation un peu plus long. Ainsi, l’épandage de lisier de bovin en post-levée du maïs est généralement déconseillé; l’azote est libéré trop tard par rapport aux besoins des plantes. L’épandage de lisier en octobre, après une récolte de soya par exemple, peut être avantageux : comme le sol est froid, l’ammoniac a moins tendance à se transformer en nitrates. Il se conserve jusqu’à la reprise de l’activité microbienne, au printemps (effet « frigidaire »).

Le temps de décomposition des engrais de ferme ne dépend pas uniquement du type d’engrais. La texture et l’aération du sol exercent également une influence. Plus un sol est léger et aéré en plus de se réchauffer rapidement (comme c’est souvent le cas des sols sableux), plus rapide sera la décomposition.

Bref, on ne gère pas les engrais de ferme en respectant à la lettre une période dans un calendrier. Il faut plutôt déterminer les chantiers possibles, idéalement dans un Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF). Ensuite, on doit éviter les dommages au sol (compaction), respecter les doses agronomiques et incorporer les engrais le plus rapidement possible, dans les premiers pouces de sol.

L’incorporation

À l'exception des épandages dans les prairies en production, la valorisation optimale des engrais de ferme repose sur une incorporation rapide et superficielle. Mais pourquoi procéder à l’incorporation?

  • Les éléments fertilisants sont placés près de la zone active (du point de vue microbiologique) et explorée par les racines. Ainsi, ils sont plus efficaces.
  • L’incorporation réduit, voir même élimine, les risques de volatilisation de l’ammoniac. Elle diminue les risques de pertes par ruissellement et érosion.
  • L’incorporation réduit l’émanation des odeurs.
  • Elle brise les canaux d’écoulement préférentiels (fentes de retrait).

En employant cette technique, on maintient ou augmente le rendement en plus d’accroître l’efficacité fertilisante. Dans le cas des engrais de ferme, qui sont très riches en phosphore par rapport à l’azote, on ne peut se permettre des pertes d’azote, un élément clé du rendement.

La présence de résidus de culture accentue les pertes dues à la volatilisation de l’azote ammoniacal. Pour incorporer les engrais de ferme de manière efficace, un simple brassage des deux ou trois premiers pouces de sol suffit. Même en semis direct, il vaut mieux choisir l'incorporation mécanique superficielle. Ainsi, l’engrais se trouvera sous la couche de résidus et non pas au-dessus.

Les prairies répondent aussi très bien à l’application d’engrais, surtout les plus vieilles, qui sont dominées par les graminées. Cependant, cette option présente de nombreux défis: la barrière physique créée par la culture rend l’incorporation pratiquement impossible et le délai d’intervention est court avant la repousse. 

À défaut de pouvoir incorporer les engrais sur les prairies en production, les producteurs peuvent passer une herse à pacage dans le cas d’une gestion de fumiers, question de l’émotter un peu. En ce qui concerne les lisiers clairs et les purins, on fait plutôt usage d’une rampe à pendillards.

Une opération profitable

Le travail réduit du sol constitue une opération de fertilisation. En passant du système conventionnel de labour aux systèmes de travail réduit, les besoins externes des cultures en éléments nutritifs diminuent, puisque le sol est davantage en mesure de les fournir.

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Octobre 2010


Dernière mise à jour : 2016-10-13

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