L'épandage de lisier en octobre, c'est encore possible

Comme les vieilles habitudes, les croyances populaires sont coriaces. Je rencontre encore régulièrement des producteurs qui croient que tout épandage d’engrais de ferme n’est pas permis après le 1er octobre. Pourtant, comme expliqué lors de nombreuses journées d’information dans toutes les régions du Québec, l’automne tardif peut, dans certaines situations, présenter d’excellentes occasions d’épandage, tant du point de vue agronomique qu’environnemental.

Si cette possibilité vous intéresse, il faut y penser dès le début de l'automne. En effet, comme tout chantier d’épandage, cela doit être planifié d’avance, préparé avec votre agronome et prévu dans le Plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF).

Obligations réglementaires

En effet, l’article 31 du Règlement sur les exploitations agricoles (REA) du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) stipule que l’agronome peut prévoir une autre période d’épandage que celle généralement permise, soit du 1er avril au 1er octobre. On y interdit également tout épandage sur sol gelé ou enneigé et limite le volume ainsi épandu à moins de 35 % du volume annuel produit par le lieu d’élevage. Toutes ces précisions sont en fait parfaitement compatibles avec les recommandations agronomiques usuelles et le bon sens en général.

Considérations agronomiques et pratiques

La limite du 35 % n’est vraiment pas difficile à accorder avec les bons principes agronomiques : il n’est jamais souhaitable, bien que cela se fasse souvent, de tout épandre l’accumulation annuelle au cours d’un seul chantier d’épandage, que ce soit en octobre ou en mai, mais beaucoup plus bénéfique de prévoir (et de réaliser) plusieurs occasions d’épandage au cours de l’année. On parle ici d’environ trois à cinq épandages. Ça permet une flexibilité d’opération, en plus de permettre à plusieurs champs de bénéficier de l’apport d’éléments nutritifs et d’amendements que renferme le fumier ou le lisier. De plus, le respect d’une rotation de cultures diversifiées offre déjà plusieurs fenêtres d’épandage appropriées.

Quant à l’obligation de ne pas épandre sur sol gelé ou enneigé, cela va de soi : on ne doit pas se débarrasser de l’engrais de ferme, mais lui permettre de pénétrer dans le sol avant qu’il soit entraîné hors du champ par ruissellement, le mettre en contact avec les microorganismes du sol pour ultimement fertiliser le sol et améliorer sa structure. Pour cette raison également, on favorisera une incorporation (pas d’injection ou d’enfouissement) superficielle (5 centimètres maximum) et rapide. Comme pour tout autre épandage ou passage de machinerie dans un champ, il faut, dans la mesure du possible, respecter la portance du sol. Il faut tenir compte ici non seulement de l’humidité de surface, mais aussi celle de tout le profil jusqu’à 80-90 cm. Le passage d’équipement lourd sur un sol humide en surface, mais sec dans le profil laissera certainement des traces de roues, mais peu d’impact en profondeur. Par contre, le même passage dans un champ dont le sous-sol est gorgé d’eau endommagera de façon quasi permanente la structure du sol, sa vulnérabilité aux dommages à l’environnement, ainsi que les rendements des cultures, et ce, même si peu de roulières sont produites en surface. La nappe d’eau étant la plupart du temps beaucoup plus élevé au printemps, alors même que s’assèche la surface du sol, il est facile de comprendre que les risques de compaction par l’épandage d’engrais de ferme sont généralement beaucoup plus élevés au printemps qu’en octobre.

L’agronome doit justifier ses recommandations en s’appuyant, entre autres, sur les règles de l’art de la science agronomique. Beau principe et facile à appliquer dans le cas des épandages en octobre. En effet, on peut trouver toute la logique, le raisonnement et les conditions propices à de telles recommandations dans la ligne directrice sur les épandages de matières fertilisantes en post-récolte et dans la revue de littérature publiée sur le site Internet de l’Ordre des agronomes du Québec. On y comprend entre autres comment l’azote du lisier de porc peut être mieux conservé et valorisé s’il est épandu en octobre plutôt qu’en septembre : l’azote ammoniacal (65 à 75 % de son azote total) y sera beaucoup moins transformé en nitrate dans un sol plus froid, dans un milieu où l’activité microbienne est ralentie.

La recommandation ultime relève de la responsabilité de l’agronome qui réalise le PAEF, et que toute pratique, bien que fondée sur de bons principes, ne peut s’appliquer à toutes les situations. Mais il est certain que, lorsqu’approprié pour un champ ou une entreprise en particulier, on devrait cesser de traiter l’épandage d’octobre comme une porte de secours, le soumettre à une « dérogation » à la sauvette, et plutôt le planifier dans le PAEF, comme toutes les autres pratiques de fertilisation pertinentes.

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Octobre 2014

 
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Dernière mise à jour : 2016-12-02

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