Un sol en santé est un sol productif : voyez-y!

Depuis quelques années, les agronomes et producteurs agricoles de plusieurs régions du Québec se questionnent sur les causes des rendements inférieurs à ceux escomptés. Les cas sont assez courants pour affecter les statistiques provinciales de rendements moyens de plusieurs cultures, dont le blé, l’orge et le soya.

Ces plus faibles rendements ont même été constatés dans des champs nivelés, drainés et dont le pH et autres paramètres chimiques avaient été redressés. Il ne s’agissait pas simplement de l’effet de conditions climatiques défavorables : même lors de saisons humides, on peut remarquer, dans à peu près toutes les régions et municipalités, des champs qui s’en tirent mieux, beaucoup mieux même, que la moyenne.

De façon pratique et à la portée de tout producteur agricole, il y a moyen d’investiguer, d’identifier et de comprendre le ou les différents problèmes affectant un champ donné. C’est l’étape incontournable du diagnostic, qui doit précéder toute action à poser sur le champ. Les mesures correctives, qui sont recommandées selon la problématique spécifique pour ensuite être mises en place, sont souvent bien plus simples, accessibles et profitables que l’on pense.

Le diagnostic

Le diagnostic comporte bien évidemment une ou plusieurs visites du champ auxquelles l’agronome et le producteur doivent participer. Si votre agronome porte un jugement sur la productivité et même sur la fertilité de votre champ sans l’avoir vu, posez-vous des questions!

Avant les visites, il faut rassembler soigneusement tous les documents et références utiles pour poser le diagnostic. Diverses sources d’information complémentaires peuvent s’avérer utiles : rapport pédologique, cartes ou relevés topographiques, cartes de rendement, plan de drainage, plan de nivellement, plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), etc.

Trois éléments constituent l’assise fondamentale du diagnostic : l’analyse chimique, l’historique du champ et une série de profils de sol. À peu près tous les champs cultivés au Québec sont analysés chimiquement au moins une fois tous les cinq ans. Même si les paramètres chimiques du sol ont été grandement améliorés, notamment en raison de la fertilisation et du chaulage des années passées, il ne faut jamais négliger l’aspect chimique du diagnostic. Toutes ces données se retrouvent dans le PAEF que l’agronome a préparé. Toutefois, contrairement à la conception traditionnelle qui est malheureusement largement répandue aujourd’hui, la fertilité du champ ne repose pas uniquement sur la dimension chimique du sol. De fait, la majorité des cas de mauvais rendements constatés maintenant sont causés par des lacunes de nature biologique ou physique du sol. Pour s’en rendre compte, la meilleure façon consiste à effectuer un examen du sol par des sondages à différents endroits dans le champ, soit les profils de sol.

Nul ne connaît mieux le champ examiné que le producteur lui-même. Il peut informer l’agronome de la pratique culturale, du traitement particulier de telle ou telle zone (tas de roches enterré, par exemple), de la fertilisation et des rendements des années passées, bref, de tout ce qui constitue l’historique du champ.

Au champ : observations préliminaires

Une fois au champ, il faut tout d’abord prendre connaissance de sa configuration : est-il en planches (peu ou fortement arrondies et leur largeur)? Quelle est sa longueur et sa largeur? Quelle est sa topographie? Voilà qui pourrait expliquer en partie les mouvements de l’eau. On examinera ensuite le périmètre du champ, entre autres les fossés : sont-ils obstrués? Qu’en est-il des sorties de drains? Les rigoles sont-elles gorgées d’eau? Ainsi, les zones humides en surface seront localisées. Prenez note de tout ce qui vous semble utile au diagnostic. La surface de sol retiendra aussi l’attention, surtout si elle apparaît croûtée, ce qui est un symptôme du phénomène de battance. On remarquera également s’il y a présence de résidus de culture. En somme, il faut observer l’état de la culture dans les différentes zones du champ, en fonction des caractéristiques que l’on vient de nommer.

Les profils

Les profils de sol sont généralement utilisés pour identifier les causes de faibles rendements dans une partie de champ ou dans sa totalité. Toutefois, ils peuvent très bien servir au producteur et à son agronome en tout temps, question d’approfondir leurs connaissances générales des sols de l’entreprise. Par exemple, les profils de sol sont essentiels lorsqu’on choisit d’installer des drains souterrains ou encore, avant de changer le mode de travail du sol (ce champ convient-il au semis direct?). De temps en temps, on procèdera également aux profils pour vérifier la réaction du sol à des changements aux pratiques culturales (ex. : effets du travail à la déchaumeuse).

Un profil de sol est en fait une tranchée, un trou ou une excavation sur une profondeur de 80 cm, dans un endroit représentatif de la surface à examiner. Si le but est de diagnostiquer un problème de rendement, on effectuera au moins deux profils par zone ou par champ à corriger : un dans la zone affectée et un autre dans la partie en bonne condition (profil témoin). De cette façon, on isole le ou les facteurs pouvant être en cause, car tous les autres demeurent inchangés entre les deux profils : variétés, pratiques culturales, climat, etc. Les profils peuvent être faits à peu près n'importe quand au printemps, à l’été ou à l’automne. Il est évidemment plus facile, pour les cas de rendements, de s’y rendre en saison de croissance.

Par contre, si le problème potentiel en est un de drainage souterrain, vaut mieux y aller tôt au printemps ou tard à l’automne, lors des périodes de recharge de la nappe phréatique. Si la nappe d’eau monte à moins de 60 cm de la surface, la pose de drains souterrains (ou leur réparation) sera recommandée. Pour être certain qu’il s’agit bien de l’eau de la nappe, vérifiez que le trou se remplit par l’eau provenant du fond et non par l’eau suintant des parois du profil. Dans ce dernier cas, il s’agirait alors d’eau de surface, et le problème ne devrait pas être corrigé par le drainage souterrain. S’il y a de l’eau en surface, mais que c’est plus sec en profondeur (symptôme très courant), l’infiltration de l’eau est donc limitée. Elle est sans doute due à des passages d’équipement alors que le sol était humide.

Consultez le tableau ci-dessous concernant les propriétés à examiner lors de vos visites au champ. Tout ce dont vous aurez besoin pour cet examen rapide : un couteau, un gallon et une pelle.

 Physiques

Biologiques

Chimiques

Texture
Pédologie

Décomposition des résidus
Concentration de la matière organique

Test HCl

Structure (travail du sol) Racines  
Densité (sous-solage) Macropores (rotation)  

Couleurs
Marbrures

Vers de terre  
Écoulement de l’eau Odeur  

 

Ce que l’on trouve…

Les simples profils de sol, bien qu’anodins en apparence, peuvent apporter la solution aux problèmes, une option la plupart du temps très accessible. Ils aident à comprendre les causes de l’improductivité de certains champs. Souvent, une demi-journée suffit pour convaincre le producteur de changer sa façon de travailler un champ. L’objectif est d’améliorer la structure du sol par des méthodes peu coûteuses. Rappelez-vous ceci : un sol en santé est gage de rendements élevés et stables ainsi que de moindres pertes à l’environnement.

Louis Robert, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en grandes cultures

Octobre 2012

 
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Dernière mise à jour : 2017-03-07

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