Sommes-nous prêts pour la framboise d’automne?
(partie 1)

La framboise d’automne connaît depuis les dernières années un engouement de la part des producteurs. La simplicité de la taille et le volume de production attirent l’attention, mais c’est surtout l’intérêt grandissant des consommateurs pour des fruits frais à longueur d’année qui permet son développement. Le cultivar « Pathfinder » est actuellement largement utilisé, mais il pourrait rapidement se voir surpassé par de nouveaux cultivars plus performants produisant un fruit d’une excellente qualité. 

Même si la framboise d’automne connaît actuellement un intérêt grandissant, cette production n’est pas récente. Certains se souviendront du cultivar « Heritage », présent dès le début des années soixante-dix. Malheureusement, il s’avérait trop tardif pour notre climat, sa récolte ne débutant qu’au milieu de septembre. Dès le début des années quatre-vingt, Michel Lareau, alors chercheur à Agriculture et Agroalimentaire Canada, avait des parcelles et faisait la promotion des nouveaux cultivars « Pathfinder » et « Autumn Bliss» . Malheureusement, les producteurs mais surtout les consommateurs n’étaient pas prêts pour cette production d’automne et cette culture a été jetée aux oubliettes. Aujourd’hui, avec les fraises d’automne bien campées au niveau des marchés et le désir des consommateurs pour des fruits frais, la framboise d’automne renaît.

La framboise conventionnelle requiert normalement une période de froid pour lever la dormance de ses bourgeons et produire une récolte. Ceci implique alors la production de tiges végétatives la première année qui devient fruitières la seconde année. La framboise remontante peut produire des bourgeons à fruits d’une façon tout à fait indépendante du climat (température et photopériode), et ce, dès la première année sur la tige végétative. Les premières fleurs apparaissent toujours en bout de tige qui a terminé son développement pour se poursuivre sur les bourgeons plus bas. Quelques cultivars conventionnels comme «Nova» ont un caractère remontant et peuvent produire une faible récolte sur la tige végétative dès la première année. Cependant, cette récolte est trop tardive et peu abondante.

Concernant la densité de plantation des framboisiers d’automne, on recommande 30 à 45 cm entre les plants lors de la plantation. Toutefois, il est encore plus important de gérer la densité de tiges par la suite, lors des années de récolte, car les framboisiers sont des plantes vigoureuses qui font beaucoup de tiges. La densité optimale est autour de 25 à 30 tiges par mètre linéaire de rang. Cette densité peut être obtenue en rétrécissant la largeur du rang de chaque côté et, si nécessaire, en enlevant des tiges à l’intérieur du rang. Une trop grande densité de tiges va donner beaucoup de fruits, mais ils seront plus petits; les risques de maladies fongiques seront aussi plus élevés à cause de l’humidité qui sera plus persistante à l’intérieur du rang.

Quelques recommandations (guides américains) proposent une production de fruits au printemps (tige fruitière) et à la fin de l’été (tige végétative). Cependant, ces deux récoltes entrent en compétition et le rendement total de l’année ne dépasse guère le rendement d’automne. Cette régie de production requiert aussi une attention particulière,  car elle oblige la taille des tiges fructifères dès la fin de la récolte (mi-août) pour favoriser la production d’automne. Bref, après plusieurs recherches, il s’avère beaucoup plus intéressant de se concentrer uniquement sur une production annuelle plus abondante en automne.

La régie de production entre les framboisiers conventionnels et remontants est relativement identique. La fertilisation de base avant l’implantation demeure la même tout comme les distances de plantation. Le cultivar « Pathfinder » fait cependant exception, car le développement plus faible du plant permet un rapprochement des rangs à  2,4 mètres et moins.

Il n’existe malheureusement pas de grille précise de fertilisation pour la framboise d’automne. La grille d’entretien pour la framboise conventionnelle peut servir de base et, selon les travaux d’Éric Henson, chercheur à l’Université Michigan State, l’apport d’azote au printemps doit être augmenté et fractionné pour répondre aux besoins de croissance des tiges. 

Comme nous visons une production annuelle, la taille de la framboise d’automne se simplifie à une coupe complète, au niveau du sol. Il est très important d’effectuer cette taille le plus tard possible en saison et même, de préférence, au printemps avant le débourrement des tiges. Des études effectuées par Bernadine Strik, chercheuse à l’Université Oregon State,  démontrent que la migration d’éléments de la tige vers les racines se poursuit tard à l’automne. Une taille trop hâtive tout juste après les premières gelées du début octobre réduirait ce transfert d’éléments.

Même si la framboise est moins exigeante que la fraise au niveau des besoins en eau, une attention particulière doit être portée pour la framboise d’automne. Il faut comprendre que nous devons rebâtir annuellement les tiges à une densité qui peut se rapprocher du 25-30 tiges par mètre linéaire de rang. Des essais menés à l’Ile d’Orléans montrent qu’il serait même souhaitable de prévoir deux lignes d’irrigation goutte-à-goutte par rang.
 
Le cultivar « Pathfinder » est actuellement largement utilisé. Le plant est productif et son fruit est savoureux. Son manque de fermeté et sa faible conservation en font un fruit délicat pour le marché. Il serait bon de regarder plus attentivement vers d’autres cultivars. Un prochain article fera le tour des disponibilités.

Luc Urbain, agronome

Avril 2008


Dernière mise à jour : 2016-10-17

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