Les mauvaises années : comment mieux les traverser?

Il existe différents moyens auxquels il faut recourir lorsque cela va moins bien ou plutôt, avant que ça aille mal! Bon nombre de gens ont parfois la critique facile, mais ont-ils toujours raison de protester?

Quiconque s'établit en agriculture doit savoir que les années ne se ressemblent pas toutes: il y en aura de bonnes et de moins bonnes. Certaines productions sont plus risquées, d'autres moins. L'idée est de minimiser le hasard, car l'agriculture n'est pas du «gambling». Au contraire, des outils et des programmes existent et il faut s'en servir. Les bonnes décisions viennent compléter la formule gagnante!

Diversifier ses cultures

La spécialisation a ses avantages, mais en cas de coups durs, il est plus difficile de s'en sortir. C'est beaucoup plus sécuritaire d'éviter de tout mettre ses oeufs dans le même panier.

Outils de production

On ne peut contrôler la météo, mais on peut au moins en restreindre les inconvénients. Voici quelques façons d'y arriver :

  • L'irrigation, qui protège les cultures contre le gel et la sécheresse.
  • Les serres, les grands tunnels, les abris et les bâches: il va de soi que l'on contrôle mieux les cultures qui sont protégées par un toit. De plus, ces structures permettent d'allonger la saison (primeurs et récoltes tardives).
  • Les alarmes et les génératrices, qui sont utiles aux producteurs en serres, entre autres.
  • Les brise-vents et les clôtures à neige: pour bien des cultures, la protection hivernale par la neige est une bonne garantie de survie lors des mois froids. Les brise-vents permettent aussi de créer des microclimats plus chauds qui donneront de meilleurs rendements dans plusieurs cultures.
  • Le drainage et l'égouttement: cela peut paraître simpliste, mais il s'agit encore d'un point à améliorer pour plusieurs. Les années pluvieuses comme 2008 et 2009 font ressortir les faiblesses de certains sols. Il en coûte cher de retarder une plantation ou un semis parce que le champ n'est pas assez sec.ou de ne pas pouvoir s'y rendre pour la même raison alors qu'il y aurait des travaux urgents à réaliser (ex.: traitements phytosanitaires). Également, les sols trop humides génèrent beaucoup d'humidité dans la culture et favorisent plus les maladies que les sols secs.
  • Avoir ce qu'il faut pour réagir rapidement et adéquatement: certains équipements sont indispensables et doivent être priorisés dans un plan d'investissement. Pensons notamment à un bon semoir, à des sarcloirs adéquats (économie de main-d'oeuvre), à une chambre froide (conservation et maintien de la qualité des fruits et des légumes), à des équipements performants pour épandre les engrais et les composts et à un pulvérisateur versatile pour les diverses cultures.

Capacités de gestion

Particulièrement lors des mauvaises années, de bonnes décisions doivent être prises, d'où l'importance d'être un gestionnaire compétent. Il faut être capable d'analyser adéquatement les situations à l'aide de données réalistes et fiables (cela suppose qu'il faut en obtenir). Certaines dépenses doivent être coupées et des choix plus difficiles doivent être faits; disposer de bonnes données est alors très apprécié!

Assurance-récolte

Quoiqu'on en pense, il existe des programmes d'assurance-récolte dans la majorité des productions. Divers types de protection sont offerts (ex.: seulement la grêle ou tous les risques). Certains programmes sont plus coûteux, car le bassin d'adhérents est petit; c'est souvent le cas en horticulture, mais ces programmes existent et peuvent être vraiment utiles. On peut consulter la liste des programmes sur le site Internet de La Financière agricole du Québec.

Sécurité du revenu

Il est faux de dire qu'il n'existe pas de programmes de sécurité du revenu en horticulture. Vous ne pouvez profiter du Programme d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), mais il existe des programmes qui permettent de sécuriser les revenus advenant des années plus difficiles. Voyez les détails sur le site Internet de La Financière agricole du Québec.

Agri-stabilité
Une partie de la baisse des revenus est comblée par ce programme. Par exemple, en cas de « catastrophe » (baisse de 30 à 100 % de la marge de profit), le programme couvrira 80 % de la baisse. Le gouvernement du Canada contribue à ce programme à la hauteur de 60 %, comparativement à 40 % venant du gouvernement du Québec.

Agri-investissement
Ce programme est basé sur le même principe que l'ancien Compte de stabilisation du revenu net (CSRN), administré par le gouvernement fédéral. Le producteur peut déposer  annuellement jusqu'à 1,5% des ventes nettes ajustées (VNA) dans son compte (fonds 1) et les gouvernements contribuent à la même hauteur (fonds 2). Les appuis gouvernementaux proviennent à 60 % du fédéral et à 40 % du provincial. Lors des mauvaises années, le producteur peut alors retirer les sommes accumulées dans ces comptes.

Subventions
Les gouvernements et autres organismes de développement (ex. : CLD) proposent plusieurs programmes d'aide portant sur différents sujets. Actuellement, de nombreuses publicités font la promotion des programmes de crédits d'impôt à la recherche et au développement. De plus, la relève agricole peut bénéficier de nombreuses formes d'aides, dont la subvention à l'établissement, l'une des plus importantes. Cette aide varie entre 20 000 $ et 40 000 $ par personne, selon le niveau de scolarité atteint (DEP, DEC ou baccalauréat). Il incombe à chacun de s'enquérir de tous les renseignements disponibles et d'en profiter!

Mise en marché et manques de production

La plupart des producteurs exercent leur métier parce qu'ils aiment l'agriculture.pas forcément parce qu'ils apprécient la mise en marché. Cependant, il y a beaucoup de travail à faire pour réussir sa mise en marché, ce qui peut s'avérer très payant.

Beaucoup d'argent est perdu en raison du manque de renseignements sur les marchés et d'une mauvaise fixation des prix. Cette information existe et même si elle n'est pas toujours gratuite, elle vaut son pesant d'or (ex. : le service Info-Prix du Conseil québécois de l'horticulture).

D'autre part, si un producteur cumule plusieurs pertes de récoltes et qu'il ne peut combler son marché, il doit considérer l'option de s'approvisionner ailleurs afin de répondre à la demande et de faire en sorte que le client ne le délaisse pas. C'est une situation « temporaire » que vous devez expliquer à votre clientèle, qui comprendra certainement!

En bref!

Il faut être conscient que l'agriculture comporte sa part de risques, puisqu'on ne peut en contrôler toutes les variables. Mais les exploitants ont tout de même leur part de responsabilité à assumer. Ceux et celles qui sont informés, préparés et prévenants auront toujours une longueur d'avance.

Bon succès!

André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

Août 2009


Dernière mise à jour : 2016-10-13

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