Lutte biologique en serre : à l’attaque!

Peu importe le type de culture, tôt ou tard, les maladies et les insectes feront leur apparition… quoi faire? Bien souvent, on se tourne vers l’application de pesticides, car on veut sauver les cultures. Toutefois, les maladies et les insectes développent inexorablement une résistance à ces produits, comme la nature cherche des solutions pour passer au travers. Il faut alors trouver un autre pesticide. Et la lutte biologique, y avez-vous pensé?

Dans la nature, tous les organismes ont quelque part leurs ennemis (ex. : prédateur ou parasite). La lutte biologique met à profit ce processus naturel pour lutter contre les maladies et les insectes qui attaquent les cultures. En serre, un milieu davantage contrôlé, une telle lutte avec des organismes vivants est devenue la norme.

Pourquoi? Tout simplement parce qu’elle est efficace et qu’il y a peu ou pas de développement de résistances. Un autre aspect intéressant : la lutte biologique est inoffensive pour les utilisateurs et ne laisse aucun résidu nuisible sur les récoltes.

Une méthode qui a fait du chemin

Au Québec, on doit l’adoption des techniques de lutte biologique aux premiers producteurs de légumes de serre biologiques des années 80, pour la plupart des Beaucerons que j’ai eu le privilège et le plaisir de conseiller. Avec le temps, après bien des essais et erreurs, les techniques se sont améliorées. Les fournisseurs ont aussi fait beaucoup de chemin afin de livrer des insectes prédateurs ou parasites en bon état et de donner les bonnes recommandations.

Combattre l’ennemi

Les principaux légumes de serre sont la tomate et le concombre; viennent ensuite la laitue, le poivron et plusieurs autres. Ces cultures sont presque toujours attaquées par les mêmes insectes : pucerons, aleurodes, thrips et tétranyques.

Le tableau qui suit précise les principaux ravageurs ainsi que les prédateurs et les parasites utilisés pour les contrer. Par exemple, on peut utiliser cinq insectes différents pour combattre les pucerons. Les noms sont en latin, comme ces appellations sont universelles. Par exemple, pour Aphidius colemani, le premier nom est le genre (Aphidius) et le second est l’espèce (colemani). Pour chaque ravageur, plusieurs possibilités de lutte biologique existent.
En parallèle, d’autres produits de lutte biologique existent, notamment :

  • des champignons qui s’attaquent aux insectes tels que Beauveria bassiana *(ex. : le Botanigard)
  • la bactérie Bacillus thuringiensis (B. t.) s’avère très efficace contre les chenilles en général (ex. : Bioprotec, Dipel, Thuricide)
  • des savons insecticides à base d’acides gras
  • des extraits de fermentation comme le spinosad (ex. : Entrust)

Par ailleurs, divers champignons et bactéries attaquent les plantes et les rendent malades (ex: pourritures ou moisissures). Heureusement, la lutte biologique contre ces maladies a beaucoup progressé. De plus en plus de biofongicides et de bactéricides peuvent remplacer les produits chimiques de synthèse :

  • des champignons « utiles » qui attaquent les champignons responsables des maladies (ex. : Gliocladium (Prestop), Trichoderma (Rootshield), Streptomyces (Actinovate et Mycostop))
  • des bactéries qui attaquent les champignons pathogènes (ex. : Bacillus subtilis (Rhapsody))
  • des produits provenant de la fermentation de sous-produits laitiers (ex. : Cyclone)
  • des extraits de plantes (ex. : extraits d’ail (Influence) et extraits de Reynoutria (Regalia Maxx))

Comment se les procurer?

Au Québec, les produits dont il a été question dans cet article peuvent être commandés auprès des compagnies suivantes :

  • Koppert Canada
  • Plant-Prod Québec

Quelques compagnies québécoises produisent ou distribuent aussi des agents de lutte biologique, dont :

  • AEF Global
  • Anatis Bioprotection

Un atout face à la concurrence

Que de chemin parcouru en 30 ans! Au début, peu de gens croyaient au potentiel de la lutte biologique. Les producteurs, conseillers et distributeurs les plus convaincus n’ont jamais lâché prise et ont continué à parfaire leurs méthodes. Les résultats furent au rendez-vous.

Maintenant, le fait que nous puissions produire des légumes de serre sans pesticides est même devenu un enjeu stratégique afin de mieux positionner nos produits sur le marché par rapport à la concurrence.

* L’organisme vivant est nommé en premier et le nom du produit commercial correspondant suit entre parenthèses.

Principaux insectes et acariens ravageurs en serre
Insectes et acariens prédateurs ou parasites utilisés pour les combattre

 Ravageurs   Prédateurs et parasites utilisés  
Pucerons

Aphidius colemani
Aphidoletes aphidimyza
Aphidius ervi

Chrysoperla carnea
Aphelinus abdominalis
Tétranyques Phytoseiulus persimilis
Feltiella acarisuga
Amblyseius californicus
Amblyseius andersoni
Aleurodes Amblyseius swirskii
Eretmocerus mundus
Encarsia formosa
Eretmocerus eremicus
Thrips Amblyseius cucumeris
Amblyseius swirskii
Amblyseius degenerans
Hypoaspis miles
Orius laevigatus
Orius majusculus
Orius insidiosus

André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

Février 2013

 
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Dernière mise à jour : 2017-09-15

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