Produire plus sur moins grand!

Par définition, l'horticulture est intensive puisque beaucoup de produits sont récoltés par unité de surface. Par exemple, nos meilleurs producteurs en serre récoltent maintenant jusqu'à 60 kilogrammes de tomates par mètre carré; c'est quand même 600 tonnes à l'hectare! Voici donc quelques idées qui pourraient permettre d'augmenter la productivité et la rentabilité de l'entreprise horticole.

D'entrée de jeu, rappelons pourquoi il est important de produire plus intensément. Tout d'abord, si on cultive moins grand, on a moins besoin de grosses machineries qui coûtent cher; de petits équipements feront souvent l'affaire et les gros travaux pourraient être donnés à forfait. Une superficie moindre signifie aussi moins de dépense pour plusieurs autres postes budgétaires: façons culturales, fertilisation, entretien, protection phytosanitaire, etc. Cela laisse aussi plus de latitude pour les rotations des cultures. En culture biologique, les sarclages sont un gros problème; ils sont ainsi diminués. Et, qui dit culture intensive, dit aussi présence plus longue sur les marchés; ceci est un élément très intéressant pour la rentabilité.

Afin de produire plus sur moins grand, divisons les moyens en 2 catégories: ceux qui permettent d'améliorer la productivité comme telle et ceux qui permettent de prolonger la saison.

Moyens d'améliorer la productivité

Tout d'abord, votre site de production doit être à son meilleur. Cela veut dire que le sol doit être bien drainé et que son pH, son pourcentage de matière organique et sa fertilité doivent être à leur niveau optimal. En agriculture biologique, on apportera une attention spéciale à la qualité des composts utilisés.

Plusieurs sites pourraient bénéficier de haies brise-vent. Un site moins venteux signifie plusieurs degrés-jours de plus à la fin de la saison. Donc, des plantes qui fourniront davantage de rendement.

Le choix des meilleurs cultivars est vraiment un point majeur. Il existe d'importantes variations dans le rendement et la qualité des divers cultivars et dans leur résistance aux maladies et aux insectes. Cela fait souvent une grande différence à la fin de l'année. Prenez le temps de bien vous renseigner auprès des pépiniéristes et grainetiers.

L'irrigation est un incontournable. Il s'agit en effet de la meilleure assurance contre le gel (jusqu'à -5 °C avec l'irrigation par aspersion) et l'un des plus gros facteurs de rendement puisque les plantes sont constituées de plus de 95% d'eau! Avec les changements climatiques que nous vivons, l'irrigation doit faire partie du plan d'affaires de tout horticulteur. Dans une exploitation, il faut les deux types d'irrigation, par aspersion et par goutte-à-goutte, puisque chacun a ses justifications selon les diverses situations rencontrées.

La culture sur planches étroites de 1 à 1,5 mètre, qui comportent plusieurs rangs rapprochés passant sous le tracteur, est aussi beaucoup plus logique que la culture en rangs uniques espacés de 90 cm. Donc, beaucoup moins de sarclage en perspective! Si le sol est un peu trop frais et lourd, l'utilisation de billons ou de planches surélevées sera un atout pour une croissance hâtive et pour les rendements.

Moyens de prolonger la saison

La culture de la fraise nous donne un excellent exemple des progrès réalisés à ce chapitre au Québec. Il y a quelques années, le temps des fraises durait trois à quatre semaines. Maintenant, les fraises québécoises sont disponibles quatre mois, de la mi-juin à la mi-octobre! Comment cela se peut-il? Cela est rendu possible grâce à :

  • l'utilisation de cultivars de différentes maturités (hâtifs, de saison et tardifs)
  • l'utilisation de cultivars à jours neutres ou remontants (fraises d'automne) qui fleurissent peu importe la saison
  • l'utilisation de bâches flottantes sur la culture; posées tard à l'automne et enlevées à la floraison le printemps suivant
  • la plantation de divers types de plants (en mottes, à racines nues, «frigo», etc.), à diverses périodes, pour arriver à des moments précis sur les marchés avec des fruits de qualité
  • la culture sur billons recouverts de plastique, avec irrigation goutte-à-goutte par-dessous

Certains producteurs essaient même de produire des fraises et des framboises sous grands tunnels de plastique. Nous en sommes encore au stade de l'expérimentation, mais il est certain qu'il y a un avenir pour les grands tunnels en horticulture. Un grand tunnel est, au fond, une serre modique. C'est une structure légère recouverte d'un plastique que l'on retire l'hiver, car elle ne peut pas supporter le poids de la neige. L'investissement est d'environ 1 $ le pied carré. C'est tout de même 40 000 $ l'acre! Les cultures qui y seront pratiquées doivent être payantes. Le but visé par ces grands tunnels est, bien sûr, de prolonger la saison, mais aussi d'améliorer la qualité. À titre d'exemple, la majeure partie des framboises qui nous viennent de la Californie sont produites sous tunnels. Ces structures pourraient, à la limite, comporter un chauffage simple en cas de trop grands froids. C'est l'étape avant la vraie serre chauffée qui, toute équipée, peut coûter entre 15 $ et 20 $ le pied carré.

Si on revient au champ, les semis successifs de quelques variétés permettent d'allonger la saison. L'utilisation de transplants, au lieu d'un semis direct, permettra une récolte plus hâtive ou la culture de plantes qui, autrement, n'auraient pas suffisamment de temps pour pousser à partir d'un semis.

Tel que mentionné précédemment dans l'exemple de la fraise, les billons, les paillis plastique et les bâches sont des outils très valables pour prolonger la saison. Il y a maintenant des paillis biodégradables, davantage acceptables d'un point de vue environnemental. Il y a aussi la possibilité des mini-tunnels plastique. Il s'agit d'arceaux de 125 cm de largeur par environ 50 cm de hauteur, recouverts de plastique. Cela a l'effet d'une mini-serre. Le principal inconvénient de ces structures est le temps qu'il faut pour les surveiller, car s'il fait chaud, il faut les ouvrir puis voir à les refermer par la suite.

En Europe, l'usage de « filets agronomiques » est en train de se répandre. Ces filets transparents sont posés sur des structures légères dans lesquelles on peut entrer avec la machinerie. Parmi les avantages, mentionnons la protection contre la grêle, un climat plus chaud et une restriction en regard des insectes ravageurs qui sont alors empêchés d'entrer. Des essais sont actuellement réalisés au Québec.

Est-il nécessaire de rappeler qu'une chambre froide et/ou un entrepôt permettra aussi d'allonger la saison? Un tel investissement, en permettant d'écouler les produits sur une plus longue période, favorisera une hausse des revenus qui pourra être des plus profitables.

En terminant, disons que nous aurions beaucoup à apprendre des pays européens par rapport à la productivité. Leur tradition ainsi que leur expérience en horticulture sont supérieures aux nôtres. Comme le prix et la rareté des terres agricoles les ont amenés à rechercher une bonne productivité, les gens ont dû être inventifs et profiter au maximum de ce qu'ils avaient. Souvent, on retrouve dans les fermes maraîchères européennes tous les stades de production, du plein champ à la serre de verre. De même, ils ont dû concevoir des machineries et équipements plus petits, adaptés à un genre d'exploitation qui ne couvre souvent que quelques hectares.


André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

Décembre 2007


Dernière mise à jour : 2016-10-13

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