Travailler ensemble : un incontournable pour l'avenir

Mais que veut dire ce titre? Pour cette fois-ci, je ne parlerai pas d’agronomie, mais plutôt d’organisation dans le secteur horticole. Pourquoi? Parce qu’en horticulture, chacun est responsable de sa mise en marché. Les regroupements sont très peu nombreux et plusieurs efforts dans ce sens se sont souvent soldés par des échecs dans le passé. Il y a tout de même un bout de chemin que nous devons faire collectivement pour que chacun soit mieux dans son entreprise .

Pas tout de produire…il faut vendre!

Quand on développe une production, la mise en marché va généralement bien au début, car l’offre est souvent plus petite que la demande. Quand on s’aperçoit que quelque chose va bien et semble avoir du potentiel, on peut s’attendre à ce que d’autres producteurs s’y intéressent. Puis, à un moment donné, on commence à se « piler sur les pieds » au sujet du marché. Si les gens se voient comme des compétiteurs, cela peut conduire à des situations qui nous font reculer de plusieurs années en termes de rentabilité (ex. : guerre de prix).

Des compétiteurs bien organisés

Ceux qui, il y a 20 ans, ne croyaient pas à la mondialisation des marchés ont été confondus. Par exemple, à l’épicerie locale, les produits viennent maintenant de partout dans le monde. Nous devons donc concurrencer des joueurs beaucoup plus gros et mieux organisés que nous. Mieux organisés veut dire, entre autres, qu’ils ont des moyens financiers collectifs, souvent obligatoires, afin de faire progresser le secteur (ex. : promotion et recherche, études et rapports, suivis sur les marchés et les prix, etc.).

Même si les Américains sont vus comme les rois de la libre entreprise, les horticulteurs ont des « marketing orders » (offices de mise en marché) et des « commissions » (commissions). Prenons l’exemple de la California Strawberry Commission (calstrawberry.com), à l’image des principales productions horticoles.

Un exemple plus proche de nous : les légumes de serre en Ontario. Chacun vend ses tomates et ses concombres de serre à qui il veut, mais la participation financière au « marketing board » est obligatoire depuis 40 ans. Cette stratégie fait en sorte que les serristes investissent environ 2,5 M$ par année pour promouvoir leurs produits. Ce montant peut aussi être bonifié par divers programmes gouvernementaux. L’organisme dédie également des sommes en recherche axée sur les besoins des producteurs. Là aussi, la mise de fonds de producteurs peut être complétée par les programmes de subvention à la recherche.

Quant aux serristes de la Colombie-Britannique, ils sont organisés de manière similaire aux producteurs de l’Ontario; ils disposent même de quotas de production administrés par la BC Greenhouse Growers' Association

Et nous?

Au Québec, à titre d’exemple, nos producteurs de légumes de serre ne se sont pas dotés de ce genre d’outil. Collectivement, ils n’ont pas d’argent à mettre en promotion ni en recherche. Le Syndicat des producteurs en serre du Québec fait presque des miracles avec le peu de ressources qu’il a, mais cette absence de pouvoir collectif freine de plus en plus le développement de notre serriculture. Pour lutter « à armes égales », il faudrait au moins avoir les outils collectifs dont les compétiteurs disposent.

Un beau succès d’ici : l’APFFQ

Les fraises et les framboises sont populaires depuis longtemps au Québec, mais il y a eu bien des hauts et des bas dans ces productions. Dans le passé, des producteurs ont tenté à plusieurs reprises de financer la promotion sur une base volontaire, mais c’était toujours les mêmes qui contribuaient. De plus, le budget variait d’année en année, jouant autour de 10 000 $ à 15 000 $. C’est donc assez difficile de progresser dans de telles conditions. 

Puis, en 1998, naissait l’Association des producteurs de fraises et framboises du Québec (l’APFFQ), qui exigeait une cotisation obligatoire pour tous. Cette cotisation sert principalement à la promotion des fraises et des framboises et, dans une moindre mesure, au financement de projets de recherche dans le secteur. L’APFFQ gère maintenant un budget de près de 500 000 $ par an. Elle a aussi instauré une « Chambre de coordination et de développement » qui a permis, avec les années, d’asseoir à une même table les producteurs et les principaux acheteurs (chaînes et fruiteries).

La promotion organisée: un incontournable

Pour maintenir et augmenter l’intérêt pour un produit chez les consommateurs, il faut absolument en faire la promotion auprès d’eux. On peut en faire une partie tout seul, mais pour accéder à des moyens plus importants, rien de tel que se regrouper. Dans notre région, soulignons les efforts des producteurs de bleuets en corymbe, qui travaillent de concert depuis deux ans. C’est un bon début et il ne faut pas lâcher!

L’importance de la recherche et du développement

Un secteur qui ne mise plus sur la recherche et l’innovation ne peut progresser et régler les problèmes qu’il rencontre. Toutefois, la recherche peut coûter cher. Difficile de penser que des petites entreprises pourront se la permettre. Toutefois, en groupe, on peut récolter des budgets substantiels qui serviront de mise de fonds pour la réalisation de projets financés par des programmes de recherche.

Pour prendre notre place

Les horticulteurs sont individualistes, mais souvent par défaut. Ils doivent s’occuper de leurs affaires, comme personne ne le fera à leur place. De plus, si on parle de « plan conjoint », de « quotas », d’ « office de mise en marché » et de « syndicat », on risque de ne pas aller loin. Ces termes ne sont pas populaires, même si les productions sous gestion de l’offre (ex. : lait et œufs) font souvent mieux que les autres.

Heureusement, nous avons l’exemple de l’APFFQ cité précédemment. Évidemment, ce ne sont pas tous les producteurs de fraises et de framboises qui sont satisfaits au même degré des initiatives de leur association. Toutefois,  dans l’ensemble, la majorité d’entre eux ne retournerait pas en arrière.

Aujourd’hui, le compétiteur n’est peut-être pas votre voisin, mais plutôt cette grosse organisation de la Californie, du Mexique ou d’ailleurs qui réussit à séduire nos chaînes d’alimentation avec les avantages qu’elle offre (volume, produits disponibles à l’année, bon prix, etc.). Pour faire contrepoids, cela va demander des efforts collectifs. Nous devons en être conscients et passer à l’action!

 

André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

Février 2014

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-12

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