J'ai trop d'ouvrage!

La profession d’horticulteur est très exigeante: elle nécessite beaucoup de rigueur, à tous les niveaux, ainsi qu’une planification très sérieuse. Toutefois, il n’y a rien d’impossible (ou presque): tout est dans l’organisation!

D’entrée de jeu, cet article ne plaira pas à tous; en fait, ce n’est pas facile de se remettre en question, bien que ce soit profitable! Ce texte mettra en relief des situations vécues régulièrement en agriculture, par les débutants… ou non.

Bien planifier

La saison morte est la période idéale pour planifier, car en été, vous ne trouverez pas le temps de le faire. Vous serez souvent en réaction à plein d’autres choses. Essentiellement, la planification concerne les catégories suivantes:

  • les travaux aux champs
  • la protection des cultures
  • la main-d’œuvre pour la production, la récolte et la mise en marché
  • l’inventaire de divers intrants (pesticides, engrais, contenants, pièces de rechange, etc.)
  • la promotion et la vente des produits
  • le temps octroyé aux divers problèmes et imprévus (entretien de machineries et de bâtiments, roulement de la main-d’œuvre, etc.)

Enfin, même si ce n’est pas agréable, on doit prévoir l’imprévisible… qu’arrive-t-il si vous tombez malade ou devez vous absenter quelques temps? Si une catastrophe naturelle survient, quel est votre plan B? Si vous prenez du temps pour y penser à tête reposée, vous trouverez les solutions plus rapidement et plus efficacement.

Responsable de son succès ou de son échec

Chez certains producteurs, tout est impeccable et les travaux sont réalisés dans les délais alors qu’ailleurs, on constate un laisser-aller dès le premier coup d’œil. Comment se fait-il? Bien sûr, on doit tenir compte de la personnalité des gens: tous n’ont pas la même vitesse ou la même capacité de travail. Toutefois, la réalité est impitoyable et nous rattrape bien vite.

Vous voulez réussir? N’attendez pas après les autres! Vous êtes le principal artisan de votre succès… ou de votre échec.

Ceux pour qui c’est toujours la faute des autres cachent souvent les problèmes sous le tapis au lieu d’y faire face. Évidemment, on ne peut pas tout connaître; voilà pourquoi il existe des ressources et des services pour vous aider (ex. : services-conseils).

Problèmes fréquents à corriger

Note : si le chapeau vous fait, vous le mettez. Mille excuses pour les autres!

  • Drainage non-adéquat, fossés pas creusés
  • Analyses de sol et de compost inexistantes
  • Lacunes dans la préparation des parcelles pour les années futures
  • Fertilisation approximative
  • Absence de compost sur la ferme ou, du moins, de quelque chose digne de ce nom;
  • Tour des champs et des bâtisses non-entretenu, pas fauché (banque de graines incroyable et refuge à insectes);
  • Préparation inadéquate des champs (ex. : nivellement insuffisant et lit de semences grossier)
  • Mauvaises herbes abondantes et en graines (on peut les faucher avant qu’elles ne produisent des graines. Il faut aussi utiliser plus et mieux la plasticulture)
  • Non-application des notions apprises (ex. : usage de bâches contre la mouche des Crucifères)
  • Mauvaise densité de plantation (entre les rangs et les plants)
  • Absence d’irrigation et manque d’eau
  • Engrais organiques non-enfouis et séchés, donc qui n’agissent pas
  • Mauvais choix de cultivars, dont certains sont sensibles à des maladies incurables
  • Présence d’insectes pollinisateurs non-prévus (ruches d’abeilles ou de bourdons)
  • Manque de mesures préventives contre les insectes et les maladies (pièges collants dans les serres et les tunnels, bâches flottantes, etc.)
  • Absence d’appareils de mesure (pluviomètre, thermomètre minimum-maximum, hygromètre, tensiomètre, etc.)
  • Mauvais taillage et tuteurage des plants (tomates, concombres, poivrons, etc.)
  • Présence de tas de déchets de cultures près des serres
  • Équipement brisé et jamais réparé (ex. : ventilation des serres…ouf!)
  • Manque d’outils ou d’équipements (ex. : absence de pulvérisateur)

…et la liste pourrait s’allonger.

Passer à l’action!

Bon. Plusieurs d’entre vous sont peut-être un peu fâchés… Là n’est pas le but premier, bien que cela fasse partie du processus. L’idée est plutôt de vous faire réfléchir.

Il n’y a pas de problème à ce qu’une personne commette des erreurs, surtout si c’est un débutant. Cependant, la situation s’aggrave lorsque les mêmes erreurs sont reproduites, année après année, sans correction. On doit les identifier et régler le problème en passant à l’action!

Certaines erreurs coûtent cher à ne pas corriger, même très cher. Pensons à un côté de serre ou de tunnel ouvrant qui ne fonctionne plus. Qu’arrive-t-il? Chaleur excessive dans les serres, difficulté d’y travailler, plants stressés et en perte de vigueur, étiolement, pollen peu ou pas fertile, chute des fleurs, développement accéléré des insectes et des acariens… Le résultat? On obtient peu de rendement et pas de rentabilité.

Cela coûte trop cher à réparer? Cette excuse ne tient pas la route. La magie n’existe pas en agriculture: on doit passer à l’action, à défaut de quoi on sera vite hors-circuit.

Quelles sont mes priorités?

N’essayez pas de tout corriger d’un seul coup, car vous allez vite vous décourager. Planchez plutôt sur ce qui presse, sur ce qui accroîtra la rentabilité de votre entreprise. Bien sûr, si c’est vraiment trop cher pour vos moyens, réglez un autre problème.

Bien s’entourer

Évidemment, chaque personne a ses limites et il est impossible de tout faire seul, même avec une acre de légumes. Assurément, des employés doivent être mis à contribution. Vous devez toutefois vous charger des tâches ayant des répercussions importantes sur l’entreprise.

Une ferme horticole qui n’a pas les moyens d’engager de la main-d’œuvre doit se poser des questions. Si vos activités ne génèrent pas suffisamment de revenus, interrogez-vous sur la structure et la taille de votre entreprise. D’ailleurs, plusieurs exploitations cultivent de trop grandes superficies pour leurs capacités. Il est préférable, et de loin, de produire intensivement sur de moins grandes surfaces.

Travaux réalisés dans les délais

En agriculture, l’élastique n’est pas long…Généralement, si quelque chose doit être fait, ça ne doit pas attendre. Par exemple, si on annonce de la pluie pour le lendemain, c’est aujourd’hui qu’il faut sarcler. Sinon, vous risquez de ne pas pouvoir le faire durant plusieurs jours et les mauvaises herbes prendront le dessus.

C’est de l’ouvrage!

Ceux et celles qui se lancent en horticulture doivent le savoir: ils devront travailler fort, très fort.

Quelqu’un m’a déjà dit qu’il ne voulait pas travailler le soir…oubliez ça! Certaines tâches doivent être réalisées en soirée, notamment les arrosages de pesticides et d’engrais foliaires; même chose pour les samedis et les dimanches. Les plantes n’arrêtent pas de travailler et de faire des fruits la fin de semaine; on doit donc s’en occuper.

En saison, on doit s’attendre à travailler des journées de 10 à 15 heures…désolé pour ceux qui ne le savaient pas. Quand les employés quittent à la fin de la journée, les patrons, eux, planchent sur d’autres tâches, ne serait-ce que la paperasse, les appels téléphoniques et la planification du lendemain.

Au bout du compte…

La quantité de travail est un sujet chaud en agriculture. On doit aimer ce que l’on fait, sinon on risque de trouver le temps long. Une entreprise doit pouvoir compter sur l’équipement et la main-d’œuvre nécessaires à la réalisation des travaux. Elle doit identifier ses problèmes, faire la liste de ses priorités et passer à l’action en utilisant toutes les ressources à sa disposition.

Bon, je vous laisse, j’ai de l’ouvrage!

André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

Août 2010


Dernière mise à jour : 2016-10-13

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