La belle, la bête et les chaperons

Ce sont les acteurs d’un scénario d’amour qui durera toute une saison et qui se répètera les années suivantes. Mais qui sont-ils vraiment?

La bête est en quête de sa belle qui est jeune, tendre, savoureuse et abondante. Prolonger la saison des amours : voilà le défi lancé aux chaperons, mais l’histoire n’est pas simple. La belle est si fragile et l’appétit de la bête a mauvaise réputation. Peut-on croire à une fréquentation? Quelle sorte de comportement a cette bête pour qu’elle mette ainsi sa belle à rude épreuve?

Vous l’aurez sûrement deviné : on parle ici des bêtes au pâturage qui sont friandes de pousses fraîches à dévorer. Observons la bête dans un très grand pâturage avec de l’herbe tendre. C’est le buffet à volonté! La bête recherche énergie, saveur et abondance, ce qu’elle trouve dans les feuilles des tendres pousses. Au début, le broutement aléatoire répond à ses caprices gustatifs.

Puis la saison avance…

Les plaques qui n’ont pas été broutées vieillissent. Elles deviennent moins savoureuses, la bête s’en désintéresse et elle cherche les belles, encore jeunes. Elle choisit les endroits déjà broutés où sont situées les plantes succulentes qui recommencent leur cycle de croissance. Pour ajouter l’injure à l’insulte, la bête laisse bouses et pissats qui auront tôt fait de rendre la belle moins attrayante : de 6 à 12 % de la surface est ainsi perdue.

Voilà qu’arrive la canicule : après l’abondance se pointe donc la rareté. La bête n’a toujours de regard que pour les plus jeunes, mais hélas, elles sont de moins en moins nombreuses. En manque de belle jeunesse, la bête broute à ras du sol. La malheureuse, avec les bouses, trouve moins satisfaction, comme la quantité ingérée ne peut combler son grand appétit. Ah! Ces parasites qui assombrissent les fréquentations!  Dorénavant, l’abstinence est recommandée, mais la bête ne peut résister.

L’œil attentif des chaperons

La fièvre du printemps, c’est les premières fréquentations. Les chaperons tolèrent un flirt rapide avec la bête si la belle a moins de 15 cm.

Comme le dit le proverbe : pour en avoir assez, il faut en avoir trop! Toutefois, il faut gérer les refus : plusieurs belles seront délaissées, donc il faut les rajeunir avec une fauche pour qu’elles retrouvent leur atout de jeunesse. Pour assurer la survie de la belle au profit de la bête et des chaperons, il faut subdiviser le pâturage en parcelles et récolter la belle avant la quarantaine (40 cm).

Et tous vécurent longtemps et heureux! En terminant, retenez ceci : c’est avec de l’herbe qu’on fait de l’herbe!

Source : conférence de M. Louis Roy, agronome.

Alain Boily, agronome
Conseiller en production bovine

Avril 2012


Dernière mise à jour : 2016-10-13

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