Les phytoestrogènes : faut-il s’en méfier?

Les phytoestrogènes, ces composés naturels présents dans certaines légumineuses fourragères, ont des propriétés œstrogéniques ayant des effets remarquables chez ceux qui les consomment. Bien qu’ils puissent être favorables chez l’humain, il faut s’en méfier lorsqu’ils sont broutés par les ruminants.

La structure chimique du phytoestrogène est semblable à l’œstradiol, l’hormone produite naturellement par les ovaires de la femelle. En se fixant aux mêmes récepteurs, il mime l’action de l’œstradiol, bien que ses effets ne soient pas nécessairement identiques. Il peut causer des problèmes importants chez l’animal consommant un fourrage qui a une forte teneur en phytoestrogènes.

Chez l’humain, les effets semblent plutôt bénéfiques sur la santé. Les phytoestrogènes auraient des propriétés anticancéreuses, anti-athérosclérotiques et anti-oxydatives. Conséquemment, depuis quelques années, plusieurs compagnies produisent et commercialisent des suppléments alimentaires à base de luzerne ou de trèfle rouge.

Parmi les légumineuses fourragères communément utilisées au Québec, le trèfle rouge et la luzerne sont celles qui contiennent le plus de phytoestrogènes. Toutefois, le trèfle rouge possède des teneurs jusqu’à cinquante fois plus élevées que la luzerne.

L'impact chez les ruminants

Le mouton

Les ovins seraient plus vulnérables aux phytoestrogènes, car leur concentration œstrogénique interne est plus faible que celle des autres ruminants. De plus, la concentration de récepteurs d’œstradiol dans l’utérus de la brebis serait de deux à quatre fois plus élevée que chez la vache, ce qui amène une réponse plus accentuée.

Chez les ovins, deux principales conséquences néfastes seraient liées à la consommation de fourrages ayant un contenu phytoestrogénique élevé, soit l’infertilité temporaire et l’infertilité permanente.

En effet, les brebis en pleine saison d’accouplement se retrouvant sur des pâturages garnis de plantes à forte concentration œstrogénique peuvent développer de l’infertilité temporaire. Leur taux d’ovulation diminue et la possibilité de conception s’en trouve ainsi affectée.  Un gonflement de la vulve, son rougissement et le développement de la glande mammaire sont observables chez les agnelles. Malheureusement, l’éleveur réalise les conséquences de cet état au cinquième mois suivant la période de mise au bélier, soit à l’agnelage. Il remarque alors une diminution des naissances gémellaires et plusieurs brebis ne sont même pas gestantes.

La concentration de phytoestrogènes dans les plantes, le stade de la période d’accouplement ou le poids de la brebis peuvent faire varier la réponse aux phytoestrogènes. L’interaction entre tous ces facteurs est donc importante à considérer. L’infertilité temporaire peut être résolue facilement en quatre à six semaines en déplaçant simplement les animaux dans des pâturages ne contenant pas de plantes à activité œstrogénique élevée.

Si les brebis consomment de fortes quantités de phytoestrogènes durant une longue période, elles peuvent devenir infertiles de façon permanente. Les conséquences sont alors beaucoup plus sérieuses. Le mucus cervical perd de l’élasticité et de la viscosité. Les replis du col de l’utérus de la brebis ne peuvent plus effectuer le transport des spermatozoïdes vers l’ovule à la suite de l’accouplement. Ils s’épaississent et se fusionnent ensemble. Le col devient alors plus court et s’élargit. Tout le tractus génital s’allonge, ce qui altère le fonctionnement de l’organe. Cette transformation du col de l’utérus est malheureusement irréversible.

Si toutefois la brebis est gestante, il y a de forts risques que des avortements, des prolapsus utérins ou de la dystocie à la mise bas surviennent. Le taux d’agnelage sera ainsi très faible. Malheureusement, pour les femelles atteintes d’infertilité permanente, il n’y a pas de retour possible. Les torts causés sont irrévocables.

Le bovin

Les phytoestrogènes causent aussi de l’infertilité chez la vache. On reconnait les effets par différents signes œstrogéniques tels que le développement mammaire, l’enflure de la vulve, l’écoulement de mucus du col de l’utérus et l’hypertrophie de l’utérus. Certaines vaches peuvent également souffrir de kystes ovariens avec des comportements anormaux, incluant un cycle irrégulier, de la nymphomanie et de l’anœstrus. La conception échoue donc. Cependant, on peut résoudre cette condition en supprimant l’alimentation trop élevée en composantes phytoestrogéniques.

Les phytoestrogènes peuvent avoir un effet additif quand ils sont combinés à des implants de croissance. Les bouvillons démontrent un comportement sexuel malgré leur castration alors que les génisses présentent un développement mammaire ainsi que des prolapsus vaginaux et rectaux.

Où sont-ils?

Plusieurs facteurs affectent la concentration de phytoestrogènes dans les légumineuses : les conditions environnementales ainsi que la maturité, la régie et l’origine des plantes. Les concentrations varient selon le stade de maturité, étant plus élevées au stade végétatif, puis diminuant à partir de la floraison.

Contrairement à la croyance populaire, les fleurs de trèfle rouge contiennent beaucoup moins de phytoestrogènes que les feuilles. De plus, les concentrations en phytoestrogènes sont 15 % moins élevées dans le foin et l’ensilage que dans le fourrage frais. Des études similaires réalisées avec la luzerne révèlent peu de différences entre dix cultivars recommandés au Québec. Cependant, de fortes variations ont été observées entre les coupes et les saisons (jusqu'à 200 %).  Il semble aussi que, tel qu’observé avec le trèfle rouge, les concentrations sont moins élevées dans le foin et l’ensilage que dans le fourrage frais.

User de prudence

Les niveaux de phytoestrogènes des légumineuses analysées dans les études réalisées au Québec sont généralement modérés, mais dans certains cas, ils pourraient être problématiques. Comme la présence au pâturage n’est pas vraiment en continue sur le même champ et qu’il est plutôt rare d’avoir des champs exclusivement en trèfle rouge ou en luzerne pour la paissance des animaux, il est peu probable que les phytoestrogènes causent des problèmes majeurs aux animaux des fermes québécoises. Par contre, il faut être bien conscient que les phytoestrogènes sont encore actifs dans les ensilages et le foin, alors la prudence est de rigueur. 

Natalie Sylvain, agronome
Conseillère régionale en production animale

Août 2013

 
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Dernière mise à jour : 2016-10-13

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