Le compost : bien des avantages à découvrir

Si j’avais à dresser une liste des idées qui ont marqué ma carrière d’agronome et d’horticulteur, l’utilisation du compost se classerait parmi les dossiers les plus importants. En effet, j’essayerai ici de vous convaincre d’introduire le compost dans vos pratiques agricoles et horticoles, rien de moins!

Travailler avec son sol

C’est incroyable de constater la vitalité que recèle le sol. En effet, dans un kilogramme de sol, on y retrouve :

  • 1000 milliards de bactéries
  • 1000 milliards de protozoaires
  • 500 millions d’algues
  • 100 millions de champignons
  • 10 vers de terre
  • Larves d’insectes, fourmis, etc

Il serait vraiment dommage de ne pas exploiter tout ce potentiel. On doit mettre à contribution toutes ces composantes, car le compost s’avère être une des meilleures façons de les exploiter dans leur totalité.

Qu’est-ce que le compostage?

 « Le compostage est une technique consistant à placer en tas aéré des matières organiques pour les faire décomposer et amorcer leur transformation en humus. » (La France, 2007)

Les diverses matières organiques du tas (fumier, paille, bran de scie, feuilles, déchets de légumes, etc.) se décomposent à l’aide des divers micro-organismes (par exemple, les bactéries) pour fournir de la chaleur, du gaz carbonique et de l’eau. La matière résiduelle est de l’humus, stable par définition. Le volume des matières organiques aura diminué significativement. Par conséquent, les éléments nutritifs seront plus concentrés et leur disponibilité sera lente. Voilà une façon élégante de libérer graduellement les éléments nutritifs!

Le compost n’est pas du fumier

On entend encore trop souvent dire que le compost c’est comme du fumier. En réponse à cela, je vous annonce que c’est totalement faux.

En d’autres mots, le fumier, une source d’azote importante, peut servir à faire du compost, mais n’en possède surtout pas les avantages.

On pourrait simplifier en disant qu’au départ, le fumier est un fertilisant organique tandis que le compost est un amendement organique et un activateur de sol par excellence!

L’utilisation du compost

Le contenu en azote (N), de phosphore (P) et de potassium (K) se rapproche sensiblement de celui du fumier. En kilogramme par tonne, cela représente environ:

  • 5 à 8 N
  • 6 à 10 P2O5
  • 4 à 12 K2O

La première année, la disponibilité du phosphore peut aller jusqu’à 65 %, le potassium de 80 à 100 %, ce qui s'apparente au fumier. Ce qui diffère est la disponibilité de l’azote, soit 15 à 30 % pour le compost comparativement au fumier qui se situe entre 40 à 50 %.

Si le sol peut le prendre, en horticulture, on peut mettre entre 40 et 50 tonnes/acres de compost, mais nous devons considérer de plus en plus le compost comme un amendement, et percevoir ses effets sur l’activité biologique des sols.

Les avantages du compost

  • Peut agir sur les propriétés chimiques, physiques et biologiques du sol
  • Améliore la rétention en eau des sols légers
  • Améliore la structure des sols plus lourds
  • Améliore la fertilité et la capacité d’échange cationique
  • Possède un pouvoir suppressif sur certaines maladies des plantes causées par des champignons (ex. Fusarium, Pythium, Rhizoctonia, Phytophthora, etc.), des nématodes ou bactéries lorsqu’il est bien réussi
  • Améliore l’activité biologique du sol
  • Aide à décomposer les résidus de pesticides ou autres résidus synthétiques
  • Diminue la disponibilité de certains métaux lourds
  • Se caractérise comme étant un fertilisant et un amendement organique contenant peu, voire aucun pathogène (champignons, bactéries, insectes, etc.) et mauvaises herbes
  • Ne possède pas de restriction d’application en saison de culture pour la certification biologique, contrairement au fumier

Les quelques inconvénients

  • Il n’y a pas de recette magique pour obtenir un bon compost, c’est avec le temps que vient l’expérience
  • Du temps et des suivis sont nécessaires afin que tout se passe dans les normes
  • Le processus est assez long, cela peut prendre des mois
  • Le compost nécessite de l’espace
  • Cette pratique nécessite de la machinerie, au minimum un tracteur avec pelle et un épandeur à fumier

Un témoignage relatif à l’utilisation du compost

J’ose vous proposer un exemple vécu personnellement sur ma vieille framboisière (1 hectare) qui a donné presque 30 années de loyaux services!

Après une dizaine d’années de fertilisation aux engrais minéraux seulement, la vigueur de la plantation était assez moche. Certaines variétés ne poussaient pas plus haut que 3 pieds, et donnaient de petits fruits.

J’ai décidé d’essayer le compost de fumier de bovins, provenant d’un fabricant commercial. Nous avons appliqué en mai, l’équivalent de 6 tonnes/hectare sur les rangs. Ce n’était pas une grosse application et elle n’a pas été enfouie, car cela est impossible avec les framboisiers. Il n’y a pas eu d’effets notables la première année sur la croissance des tiges, même carence d’azote, mais à la fin de l’été, le sol sur les rangs était complètement bouleversé et meuble! Le compost avait « réveillé » les organismes du sol et ceux-ci sont venus le chercher et l’ont mélangé dans les premiers centimètres.

L’année suivante, surprise! Les nouvelles tiges avaient atteint 5 à 6 pieds de hauteur! Bien sûr, le rendement de l’année suivante (les tiges de framboisiers produisent des fruits la deuxième année) a été à l’avenant!

Nous avons tenté de répéter la même expérience avec du fumier de bovins non composté et non, ce n’était pas du tout la même chose. Il était plus difficile à épandre, moins uniforme et le rendement n’était pas du tout le même.


Que retenir?

  • Les avantages d’un bon compost sont de plus en plus connus
  • Nous nous devons de travailler avec la « vie » qu’il y a dans le sol
  • Les difficultés à fabriquer du compost peuvent être contournées en l’achetant de fournisseurs fiables
  • Le compost est considéré davantage comme un activateur de la vie microbienne du sol au lieu d’un « engrais » et pour cela, pas besoin d’en mettre beaucoup
  • Une importante activité biologique du sol jumelée à des apports de compost de qualité pourraient avoir des effets surprenants sur la qualité et le rendement des cultures

Il y a plusieurs ouvrages de référence sur le sujet et des articles pertinents que l’on retrouve facilement sur Internet.

Pourquoi vous en passer? Tenter l’expérience!

Bon succès!

Source: Denis La France. La culture biologique des légumes

 

André Carrier, agronome, M. Sc.
Conseiller régional en horticulture

 
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Dernière mise à jour : 2014-05-01

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