À l’assaut des tétranyques

Parmi les acariens ravageurs des cultures abritées, le tétranyque à deux points Tetranychus urticae prend d’assaut bon nombre de cultures. Heureusement, des solutions biologiques existent pour l’enrayer efficacement.

Ce ravageur, aussi appelé tétranyque tisserand, araignée jaune ou araignée rouge, est polyphage, c'est-à-dire qu’il se nourrit de plusieurs espèces de plantes. Il est à peine visible à l’œil nu (entre 0,3 et 0,5 mm) et affectionne tout particulièrement les climats secs et chauds (minimum de 12 °C et maximum de 40 °C) que l’on retrouve sous les serres et les grands tunnels.

Le cycle de vie

Afin de dépister adéquatement le tétranyque et d’agir rapidement pour contrôler les populations, il est important de bien connaître son cycle de vie. Ce ravageur peut se développer très rapidement; il varie selon la température, l’humidité et la plante hôte. Par exemple, il faut 36 jours à 15 °C, 10 jours à
25 °C ou 6 jours à 35 °C pour compléter un cycle complet « œuf à œuf ». À 25 °C, une femelle peut pondre jusqu’à 170 œufs, ce qui donne une bonne idée de la vitesse à laquelle des dégâts irréversibles peuvent apparaître. À partir du mois d’août, les femelles fécondées, de couleur rouge-orangé, se cachent et entrent en diapause pour survivre à l’hiver. Tant les œufs que les adultes passent ensuite au mode « hivernation ».

Les dommages

Cet acarien est un piqueur-suceur : il vide les cellules de la plante de leur contenu. Le tétranyque à deux points se retrouve généralement sous les feuilles, mais lors de fortes infestations, il prend également place sur les feuilles. En réponse à cette attaque, le feuillage devient jaunâtre et, à la limite, se dessèche et meurt. Pour se déplacer d’une feuille à l’autre ou d’un plant à l’autre, les nymphes et les adultes tissent des toiles, mais à ce stade, les dégâts sont très sérieux. 

La prévention 

Comme dans toute situation, la prévention est la règle d’or. En fin de saison, après la dernière récolte des cultures annuelles, on peut appliquer une huile de dormance afin de détruire la végétation, les insectes et les acariens présents. Ensuite, on procède à l’arrachage des plants et des mauvaises herbes afin de limiter les cachettes où les tétranyques pourraient hiverner. Finalement, on effectue un grand ménage et une désinfection. 

Le dépistage 

Au tout début de la saison, il faut commencer le dépistage visuel sur les plantes les plus attractives telles que le haricot, l’aubergine, le concombre et le framboisier. La stellaire moyenne, une mauvaise herbe commune aussi appelée « mouron », est également très attirante pour les tétranyques.

Qui dit acarien dit quatre paires de pattes, comme les araignées. Toutefois, lors du dépistage, soyez bien attentifs : au stade larvaire, le tétranyque ne possède que trois paires de pattes, comme les insectes. Ses deux yeux rouges permettent alors de le distinguer. En saison de culture, lors des journées chaudes et sèches, la brumisation est efficace puisqu’elle nuit aux tétranyques et favorise les insectes et les acariens favorables, appelés auxiliaires. 

La lutte biologique : de petits soldats efficaces 

En présence de tétranyques à deux points, la lutte biologique est la méthode à privilégier. On retrouve d’ailleurs sur le marché plusieurs auxiliaires efficaces.

Le premier auxiliaire à considérer est l’acarien prédateur Phytoseiulus persimilis, le plus actif de tous. Disons-le : c’est un vrai « killer », un « casseux de jambes ». À une température de 15 à 25 °C et un taux d’humidité assez élevé, cet acarien est aussi à l’aise qu’un poisson dans l’eau. Dans ce contexte, il peut se développer deux fois plus rapidement que le tétranyque. Cependant, il est très spécifique et disparaitra rapidement en absence de proie. Mais attention! Il faut préciser le type de culture lors de la commande afin de recevoir des auxiliaires qui y sont adaptés.

Lorsque la température est chaude et sèche (plus de 30 °C et moins de 60 % d’humidité), il faut introduire un autre acarien prédateur, soit Amblyseius californicus. Contrairement à P. persimilis, il se nourrit des œufs de tétranyques. En l’absence de proie, il se nourrira de nectar, de pollen et même de thrips, un insecte ravageur important.

Vous êtes aux prises avec de fortes infestations? Vous pouvez introduire, en association avec
P. persimilis, une petite mouche dont la larve est prédatrice et très vorace, soit Feltiella acarisuga. Puisque la femelle vole, elle ira pondre ses œufs dans les foyers d’infestation, les « hot spots ». Pour reprendre un vocabulaire sportif, cette mouche est le joueur qui va chercher la rondelle dans les coins…

On peut aussi se procurer Stethorus punctillum, une petite coccinelle noire prédatrice. Celle-ci se nourrit presque exclusivement d’acariens et l’adulte peut voler pour trouver les foyers d’infestation. Elle ne doit pas être utilisée sur les plants de tomates, qui sont dotés de poils collants.

Les biopesticides

Si la situation est trop critique pour employer la lutte biologique, il existe des biopesticides tels que les savons insecticides Opal ou Safer’s. Toutefois, comme ces produits peuvent nuire aux organismes bénéfiques présents, il faut les utiliser en dernier recours.

À retenir

Bref, prévention, dépistage et lutte biologique sont les mots d’ordre. C’est aussi vrai pour plusieurs autres acariens et insectes ravageurs. Bon succès!

Jonathan Roy, agronome
Conseiller régional en agriculture biologique
 
Ne pas remplir ce champs

Dernière mise à jour : 2017-07-27

Menu de bas de page

Aller au Portail du gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2020