La camerise : nouveau et plein de défis!

Les framboises, les fraises et les bleuets en corymbe n’ont plus à faire leur réputation. Ces petits fruits appréciés de tous sont très convoités par les consommateurs dans les marchés publics et dans les épiceries. Une nouvelle variété de petits fruits, la camerise, fait lentement son apparition dans les champs. Qui est cette belle inconnue? Comment la cultive-t-on? Tous les secrets de cette nouvelle culture maintenant dévoilés.

La plante

La camerise est le fruit du camerisier (Lonicera caerulea), un arbuste de la famille du chèvrefeuille. Il pousse naturellement dans les forêts boréales du nord de l’Europe, de l’Asie et de l’Amérique du Nord. Sa rusticité lui permet de résister, sans aucun dommage, à des températures hivernales de -47 °C. Les fleurs peuvent tolérer jusqu’à -7 °C. Bien adapté aux climats froids comme le nôtre, le camerisier sait résister à nos hivers rigoureux et à nos gels tardifs du printemps. Sous sa dénomination anglophone, la camerise est aussi appelée haskap, honeyberry ou honeysuckle.

Les fruits

Le camerisier produit un petit fruit bleu, riche en antioxydant, dont la forme est semblable à celle d’un gros bleuet qu’on aurait légèrement aplati en le roulant entre nos doigts. Sa texture rappelle aussi celle du bleuet en corymbe. Son goût est cependant unique : il est à la fois sucré, acide et amer. Certains le comparent à un mélange de bleuet, de framboise et de mûre auquel on aurait ajouté une pointe d’acidité et d’amertume. Même si la plupart des gens préfèrent le goût du bleuet ou de la framboise, son unicité lui vaut un intérêt grandissant.

Les variétés

L’engouement récent pour ce fruit s’explique aussi par les travaux d’hybridation réalisés par M. Bob Bors de l’Université de la Saskatchewan. Les résultats ont donné des variétés au goût amélioré ainsi que des fruits plus gros et plus uniformes : Boréalis, Tundra, Indigo-Gem, Indigo-Treat, Indigo-Yum. Puisque le camerisier est autostérile, il faut idéalement en implanter trois variétés compatibles pour obtenir des fruits. Pour polliniser ces nouveaux cultivars, la variété Berryblue est présentement une des variétés les mieux adaptée. Depuis 2014, une nouvelle variété, Aurora, produisant de plus gros fruits, est aussi disponible.

La camerise au Québec

Au Québec, les premières plantations commerciales ont eu lieu en 2007 avec environ 2000 plants mis en terre. En 2013, on estime que ce nombre atteignait près de 460 000 plants, dont le tiers se retrouve dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. En Chaudière-Appalaches, moins d’une dizaine de producteurs s’y sont intéressés. On estime actuellement à 10 000 le nombre de plants dans la région.

La régie

Le camerisier préfère les sols profonds, de types loam ou loam sableux et dont le pH varie entre 6,0 et 7,0. Un verger renferme entre 2000 et 2200 plants par hectare préférablement implantés sur paillis de plastique. Sur le rang, les plants sont espacés de 1 mètre (m) et la distance entre les rangs varie de 4,5 à 5,0 m. Chaque année, les plants sont taillés, fertilisés et irrigués au besoin. Certaines espèces d’oiseaux adorent la camerise et il est recommandé d’installer des filets pour protéger la récolte. À l’exception du mildiou poudreux (blanc), peu d’insectes ou de maladies sont rapportées chez le camerisier pour l’instant.

La récolte

Le camerisier peut produire quelques fruits l’année suivant la plantation. Cependant, il faut attendre au moins trois ans avant d’obtenir une récolte significative. Un plant peut donner près de 0,6 kilogrammes (kg) de fruits à sa 3e année. À maturité, soit vers la 6e année pour les cultivars à croissance rapide, le rendement peut atteindre 3 kg par plant. Les fruits sont prêts tôt en saison, soient tout juste avant le début de la saison des fraises, vers la fin juin.

Le marché

C’est ici que ça se corse. Plusieurs producteurs ont démarré leur production de camerise en prévoyant commercialiser leur récolte à l’autocueillette. Cependant, la camerise est un fruit quasi inconnu et la demande à l’autocueillette est actuellement inexistante. L’utilisation de cueilleurs pour la vente de fruits cueillis s’avère, dans la plupart des cas, une solution non recommandable. La cueillette est longue et difficile, beaucoup plus que pour d’autres petits fruits comme la fraise, la framboise et le bleuet. Le prix de vente de fruits cueillis manuellement devient prohibitif. D’ailleurs, tous ceux qui se lancent dans l’aventure en empruntant la voie de la récolte manuelle semblent abandonner après quelques années.

Même si on peut penser qu’il y aura toujours une très petite place pour le marché frais, il faut savoir que le principal marché visé devrait être celui de la transformation. Il faut alors viser une récolte mécanique ou semi-mécanique. Et le défi de trouver un acheteur demeure entier. Actuellement, les plantations du Québec sont jeunes et le volume de fruits récoltés est encore très faible. Cependant, si tous les plants implantés au Québec à ce jour parviennent à maturité et fournissent le rendement attendu de 3 kg, ce seront près de 1400 tonnes de camerises qui devront trouver preneur dans quelques années. Comme la demande locale demeure à développer, rentabiliser un verger de camerisier demeure un pari risqué.

Une association est née

Le 16 janvier 2014, plus de 80 producteurs de camerises se sont réunis à Saint-Nicolas afin de créer une association provinciale reconnue pour promouvoir cette nouvelle production auprès des instances gouvernementales et d’autres organisations. Ils visent aussi à favoriser les échanges et la concertation sur les enjeux de commercialisation et de mise en marché, à chercher de nouveaux débouchés à un prix équitable, à amorcer ou appuyer des initiatives de promotion de ce petit fruit, en particulier à propos de ses vertus d’antioxydant, à trouver des solutions pour faciliter la récolte et le conditionnement et à assurer un lien avec l’association canadienne Haskap Canada Association.

L’exportation : la voie de l’avenir?

C’est au Saguenay-Lac-Saint-Jean que la camerise se développe le plus rapidement. La récolte est effectuée à l’aide d’une récolteuse mécanique et les fruits sont envoyés à la congélation. Le marché visé est celui de l’exportation. Derrière cette mise en marché se trouve l’entreprise Borealis, spécialisée dans la récolte, l’achat et le conditionnement de la camerise. Avis aux intéressés!

Christian Lacroix, agronome
Conseiller régional en horticulture
Caroline Turcotte, agronome
Conseillère en arboriculture fruitière et viticulture, MAPAQ Estrie

 
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Dernière mise à jour : 2017-03-13

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