Applications de pesticides par hélicoptère : ce qu'il faut savoir

Les superficies arrosées par hélicoptère ont augmenté depuis quelques années au Québec, passant de 740 hectares (ha) en 2001 à près de 4900 ha en 2016*. Bien que l’hélicoptère permette d’effectuer rapidement des traitements, ce mode d’application présente un risque accru de dérive. De plus, de nombreux paramètres doivent être considérés afin que le traitement phytosanitaire soit efficace.

Les céréales et le soya sont les cultures les plus souvent traitées par hélicoptère. Elles sont, dans la plupart des cas, arrosées de fongicides. Or, lorsqu’on se réfère au dernier Bilan des ventes de pesticides au Québec, on constate qu’en 2014, la contribution des fongicides aux indicateurs de risque a augmenté de 10 % pour l’environnement et de 6 % pour la santé comparativement à la période de référence 2006-2008. Rappelons que l’objectif de la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture 2011 2021 (SPQA) est de diminuer les risques liés aux pesticides de 25 % d’ici 2021.

Ainsi, puisque le recours à ces produits n’est pas sans conséquence, il importe de justifier leur utilisation. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’ils sont appliqués par hélicoptère. En effet, des études démontrent que l’efficacité phytosanitaire d’une application par hélicoptère est réduite par rapport à une application terrestre et requiert une ou plusieurs interventions terrestres supplémentaires pour assurer un contrôle adéquat de l’ennemi de culture.
 

Des règles à respecter

Les applications aériennes sont largement réglementées. Elles sont notamment interdites au Danemark, en Estonie et en Slovénie. Leur application est aussi défendue, sauf exception, en Italie, en Autriche et aux Pays-Bas alors que la France, la Belgique, l’Irlande et le Royaume-Uni imposent des restrictions sévères. Au Canada, toute personne procédant à un arrosage de pesticides en milieu agricole doit respecter la règlementation canadienne ainsi que celles de la province et de la municipalité où elle veut procéder à l’arrosage. Dans tous les cas, pour qu’un pesticide puisse être appliqué par voie aérienne, il faut que l’étiquette du produit en fasse mention.

Au Québec, le Code de gestion des pesticides prévoit certaines exigences particulières que les entreprises qui offrent des services d'application par voie aérienne doivent respecter, par exemple :
  • Baliser les limites des zones d’application permises et interdites sur le terrain (à moins qu’un système de guidage de vol soit utilisé);
  • Avoir à portée de vue une carte ou une photographie aérienne identifiant les zones d’application permises et interdites, incluant une zone de 300 mètres autour;
  • Respecter les distances d’éloignement par rapport aux cours d’eau et aux fossés en milieu agricole de même qu’aux sites de prélèvement d’eau et aux immeubles protégés.

Les risques de dérive

La dérive des pesticides est une problématique mondiale. Celle découlant des applications aériennes a été mesurée dans le cadre de nombreuses études, par différentes méthodes et avec plusieurs cultures. Toutefois, puisque les paramètres opérationnels sont très variables et peuvent avoir un impact énorme sur la qualité de la pulvérisation et les résultats obtenus, les comparaisons sont difficiles et parfois non pertinentes.

À titre d’exemple, certaines études concluent que le rabattement de l’air vers le sol augmente la pénétration du produit dans le feuillage alors que d’autres concluent à une augmentation des risques de dérive due au mouvement d’air. Néanmoins, la majorité des études portant sur une comparaison entre la rampe au sol et l’application aérienne conclut que les risques de dérive sont supérieurs avec l’hélicoptère comparativement à la rampe terrestre. Ils le sont davantage avec l’avion.


De nombreux paramètres à considérer

Il faut retenir qu’un traitement phytosanitaire efficace implique une bonne pulvérisation (donc optimiser la couverture du feuillage) et une faible dérive. Pour cette dernière variable, les composantes de l’hélicoptère et les paramètres opérationnels au moment de l’application sont particulièrement déterminants.

Contrairement à certains avions, l’hélicoptère n’est pas spécifiquement conçu pour les traitements aériens. Ainsi, les composantes de l’appareil auront un impact plus ou moins important sur les risques de dérive. Parmi celles-ci, mentionnons le nombre, la longueur et la géométrie des hélices, la vitesse de rotation et l’orientation du rotor de même que l’aérodynamisme du fuselage. Puisque ces composantes diffèrent d’un appareil à l’autre, l’opérateur doit bien les connaître, tout comme leurs impacts, et être expérimenté pour réussir une application limitant les risques pour l’environnement.

En ce qui a trait aux paramètres opérationnels, la largeur de la rampe et la hauteur de pulvérisation sont les deux composantes qui ont le plus d’impact sur le risque de dérive. Ainsi, afin d’éviter que les gouttelettes de pesticides soient emportées hors de la zone ciblée, la largeur de la rampe ne devrait pas dépasser 70 % de la largeur du rotor. L’hélicoptère devrait se tenir près de la culture (entre 1,5 mètre et 3 mètres du sol, c’est-à-dire 5 à 10 pieds, selon le diamètre du rotor). Par ailleurs, la rampe devrait être positionnée vers l’avant et les buses devraient être orientées vers l’arrière. Quant à la vitesse moyenne d’opération, elle devrait se situer entre 40 et 120 km/h. Au-delà de 145 km/h, les risques de dérive deviennent aussi élevés qu’avec l’avion.

Lorsque vous avez recours aux services d’un forfaitaire pour l’application de pesticides, vous avez le pouvoir (et le devoir!) d’exiger que les conditions gagnantes soient réunies pour assurer l’efficacité du traitement phytosanitaire. Pour diminuer les risques, il est essentiel de voler uniquement quand les conditions météorologiques sont optimales et en appliquant toutes les mesures de réduction des risques de dérive. Il faut aussi prendre en considération le voisinage des zones pulvérisées.

Pour en savoir plus sur les applications de pesticides par voie aérienne, vous pouvez consulter la revue de littérature scientifique réalisée par Marlène Piché.

* La Coop, communication personnelle.
 
Line Bilodeau, agronome, M. Sc.
Conseillère en grandes cultures et en agroenvironnement
 
Ne pas remplir ce champs

Publicité

Institut de technologie agroalimentaire Coin des jeunes Version mobile

Dernière mise à jour : 2017-09-07

Menu de bas de page

Aller au Portail du gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2019