Des stratégies pour limiter la présence de champignons dans le maïs

Quelles sont les bonnes pratiques à adopter afin de limiter les risques que votre maïs ne soit affecté par des champignons? Voyez ce qu’il est possible de mettre en œuvre, tant au champ qu’à l’entreposage.

Au champ

Les champignons responsables des moisissures de l’épi du maïs demeurent dans le sol et sur les résidus de culture. Ainsi, la rotation des cultures est l’une des meilleures pratiques pour briser le cycle des maladies. D’ailleurs, plusieurs études démontrent que la rotation des cultures aurait, dans l'ensemble, un effet très positif sur l’intensité des maladies et le rendement en grains. Dans le cas d’un travail réduit du sol, la durée de la rotation devrait être augmentée.

Les infestations peuvent aussi être limitées par :

  • un travail du sol qui permet d’enfouir les résidus
  • le recours à des semences de qualité
  • un drainage adéquat des champs.

Assurez-vous également de choisir des hybrides adaptés à la région et résistants aux maladies fongiques. Les données sur les degrés de tolérance ou de résistance des hybrides à différentes maladies fongiques sont généralement disponibles auprès des compagnies semencières.

Finalement, comme les larves de certains insectes, notamment le ver-gris occidental des haricots (VGOH), peuvent être des portes d’entrée aux champignons, il est conseillé de choisir des hybrides de maïs Bt qui offrent une protection efficace contre ces ravageurs. La liste des technologies Bt homologuées au Canada, notamment celles contre le VGOH, peut être consultée sur le site de la Coalition canadienne contre les ravageurs du maïs (www.cornpest.ca/bt-corn).

Toutefois, il faut savoir que les résultats du dépistage et le suivi des populations effectué ces dernières années par le RAP Grandes cultures montrent que les captures du VGOH sont faibles dans la région. De plus, bien que le VGOH favorise le développement des moisissures de l’épi, rappelons que le taux de mycotoxines et la présence des moisissures ne sont pas toujours corrélés. Si ce n’est pas déjà fait, abonnez-vous au RAP Grandes cultures afin d’être informé sur les ravageurs et les résultats de dépistage pour votre secteur. Pour ce faire, consultez la page Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP)

À l'entreposage 

Les Fusarium contaminent le maïs pendant la saison de culture. Ils ne devraient pas se développer ni produire de toxines pendant que le maïs est dans le silo, mais pour cela, les conditions doivent être complètement anaérobies. Toutefois, un tassage insuffisant de l’ensilage, une couverture qui n’est pas étanche ou un faible taux de désilage favorisent la production de mycotoxines dans l’ensilage. Ainsi, afin d’en préserver la haute valeur nutritive, le maïs ensilage doit être récolté et entreposé dans des conditions optimales. Voici quelques chiffres à retenir :

  • Moment de la récolte : lorsque le taux d’humidité de la plante entière avoisine 65 % (ou 35 % de matière sèche), selon le type de silo. Avec la technique de l’évaluation de ligne de maturité du grain, la récolte devrait se faire lorsque la « ligne de lait » se situe entre la moitié et les deux tiers du grain.
  • Longueur de hachage : un demi-pouce à trois-quarts de pouce (selon le taux d’humidité et la présence, ou non, de rouleaux craqueurs)
  • Hauteur de coupe : entre 12 et 18 pouces
  • Densité minimale : 700 kg par mètre cube (40 livres par pied cube).

Évidemment, il faut s’assurer d’avoir des silos parfaitement étanches afin de protéger l’ensilage contre l’exposition à l’oxygène, au soleil, à la pluie et à la neige. L’emploi d’un inoculant permet également d’abaisser rapidement le pH de l’ensilage et contribue à diminuer la formation de toxines une fois l’ensilage récolté. De plus, souvenez-vous que l’observation visuelle de moisissures ne signifie pas nécessairement que des mycotoxines seront détectées. Vous devrez donc faire analyser l’ensilage afin de connaître la concentration des mycotoxines. Renseignez-vous auprès de votre agronome afin de discuter des conditions optimales de récolte et de la gestion de l’entreposage de votre ensilage.

Des produits qui ne sont pas sans risques

Les fongicides demeurent des pesticides à risque pour la santé. À preuve, selon les données issues du Bilan des ventes des pesticides pour 2016, les fongicides contribuent à la hauteur de 26 % de l’indicateur de risque pour la santé, alors qu’ils ne représentent que 13,4 % des ventes agricoles. Ces produits présentent également un risque pour l’environnement et peuvent avoir plusieurs impacts négatifs lorsqu’ils sont appliqués sans raison ou au mauvais moment, notamment en ce qui a trait au risque de développement de résistances.

Étant donné que la situation peut être très variable d’une année à l’autre, et même d’un champ à l’autre, la décision d’appliquer un fongicide foliaire devrait s’appuyer sur un dépistage au champ, réalisé de deux à trois semaines avant le stade R1 (sortie des soies). Votre décision doit aussi tenir compte des conditions météorologiques prévues durant l’apparition des soies, de l’hybride de maïs et de l’historique des épidémies de Fusarium dans le champ.

De plus, il est important de mentionner que ce ne sont pas tous les fongicides foliaires homologués qui peuvent permettre de diminuer la teneur en vomitoxine de l’ensilage. En effet, seuls deux produits sont actuellement homologués pour la répression (donc pour assurer un certain contrôle) des pourritures de l’épi causées par Fusarium dans le maïs.

Finalement, souvenez-vous que les soies sont très vulnérables à l’infection lors des premiers jours suivant leur sortie. Par conséquent, la fenêtre d’application optimale des fongicides est restreinte et se situerait autour des stades VT (sortie des croix) et R1 (sortie des soies). Référez-vous toujours aux étiquettes des produits pour connaître les détails. Elles sont disponibles sur le site SAgE pesticides (www.sagepesticides.qc.ca).

Consultez votre agronome afin de planifier un dépistage de vos champs de maïs l’été prochain et de discuter de la pertinence ou non d’y appliquer des fongicides.

Ce qu'il faut retenir

La pression des maladies observée au Québec sur le maïs est relativement faible. Il est généralement reconnu que les maladies fongiques font rarement partie des causes de baisse de rendement significative. De plus, les hybrides de maïs ensemencés au Québec sont de bonne qualité et leurs contenus en mycotoxines sont généralement sous les seuils des valeurs critiques acceptées.

Si vous envisagez tout de même l’application de fongicides foliaires, elle devra tenir compte, notamment, de l’historique d’infestation du champ par Fusarium, de l’hybride de maïs et des conditions météorologiques prévues durant l’apparition des soies. Il faut se rappeler que ces maladies sont très étroitement liées aux conditions météorologiques et que la situation peut donc être très variable d’une année à l’autre et même, d’un champ à l’autre. Un dépistage au champ devrait toujours être effectué au préalable afin d’éviter les applications préventives qui peuvent mener au développement de résistances.

En somme, la lutte aux mycotoxines nécessite plus qu’une solution miracle. Elle exige plutôt une lutte intégrée.

Références fournies sur demande à l’adresse suivante : line.bilodeau@mapaq.gouv.qc.ca

Line Bilodeau, agronome, M.Sc.
Conseillère en grandes cultures et en agroenvironnement

 
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Dernière mise à jour : 2019-03-14

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