Érable à sucre, sol et espèces compagnes

Les rendements de votre érablière stagnent malgré vos nombreux efforts à redresser la situation? Les causes de ce phénomène se trouvent peut-être dans les lignes qui suivent…

Érablière à sucre sans espèce compagne

Il arrive que certaines érablières sucrières qui sont en exploitation depuis plus de 50 ans présentent de sérieuses carences et obtiennent des rendements stagnants, malgré un changement d’équipement et la réalisation d’un travail convenable en forêt (ex. : réparation des fuites, tuteurage, etc.). La raison peut apparaître de manière évidente quand on s’attarde à trois ou quatre indicateurs comme le dépérissement de la cime, la prolifération de fougères acidophiles ou la faible régénération en semis d‘érables à sucre.

Généralement, ce pronostic peut être confirmé lorsque l’on prélève une carotte d’un arbre à l’aide d’une sonde de Pressler et qu’on observe une diminution de l’accroissement des derniers cernes annuels des érables de l’exploitation acéricole. Devant une telle constatation, le réflexe est de penser à chauler l’érablière, puisque le sol semble pauvre et acide. Mais, il aurait pu en être autrement et, dans certains cas, la raison est bien simple : une érablière sucrière pure a tendance à « s’auto-acidifier » et à « s’auto-appauvrir ».

Feuilles d'érable: acidité et pauvreté

Les feuilles des érables à sucre et des érables rouges ont une très haute acidité, à savoir un pH de 4. Ce pH est l’un des plus acides parmi ceux des feuillus nobles. D’ailleurs, sur le plan de l’acidité, les feuilles d’érable ont un pH identique à celui des aiguilles du pin blanc.

En outre, les feuilles d’érable ont une très faible concentration d’azote et sont très pauvres en oligo-éléments, comme le calcium et le magnésium. En conséquence, les feuilles d’érable se décomposent lentement et le mouvement des éléments nutritifs dans le cycle des éléments nutritifs y est très lent.

De plus, la litière de feuilles d’érable se dissout moins rapidement sous son propre couvert d’érables que sous le couvert des autres espèces voisines telles que le tilleul, le caryer ou le peuplier. Autre élément d’importance, les feuilles d’érable ont des tanins qui ont une concentration élevée, si bien que cette litière s’avère un substrat particulièrement hostile pour les détritivores (insectes et bactéries qui se nourrissent des détritus organiques présents dans le sol).

Système racinaire des arbres

Dans un sol « parfait » qui ne comporte aucune contrainte (ex. : sol profond, à la texture légère, sans couche indurée, etc.), la profondeur d’enracinement d’un érable rouge et celle d’un érable à sucre peuvent atteindre respectivement 3 mètres et 3,5 mètres. Toutefois, dans la forêt, la situation est tout autre. Les espèces sont en compétition pour l’eau, la lumière et les ressources nutritives. Ainsi, il est souvent mentionné qu’en milieu forestier, 95 % des racines se trouvent dans les 30 premiers centimètres de profondeur du sol et 99 % des racines, dans le premier mètre.

On distingue deux types de racines en milieu tempéré : soit le réseau racinaire plongeant, dont les racines remplissent notamment un rôle de fixation et de stabilisation de l’arbre, et les racines superficielles ou absorbantes. Ces dernières sont, en effet, très superficielles et elles ont pour fonction d’absorber les éléments nutritifs présents dans les premiers centimètres du sol. Mais, qu’est-ce qu’on trouve dans les premiers centimètres de sol? L’humus, ou la litière faite de feuilles… d’érable.

Des espèces nourricières pour les érables

De nombreuses espèces compagnes permettent d’équilibrer l’érablière tout en nourrissant les érables. Quelques espèces compagnes sont décrites dans le tableau qui suit.

Caractéristiques de certaines espèces compagnes dans une érablière en exploitation

Tilleul d’Amérique
  • Fonction stabilisatrice des sols
  • Fort pourcentage de calcium dans les feuilles
  • Décomposition facile
  • Feuille au pH de 6
Bouleau jaune
  • Contribution à la réduction de l’acidité du sol
  • Contribution à l’augmentation du calcium
  • Feuille au pH de 5
Caryer cordiforme
  • Un des feuillus qui améliorent le mieux le sol
  • Feuillu souvent lié aux sols neutres
  • Grande valeur marchande du bois
Ostryer de Virginie
  • Feuilles ayant une concentration de calcium plus élevée que celles des autres feuillus dans le même emplacement
Bouleau à papier
  • Mouvement rapide des éléments nutritifs dans le cycle des éléments nutritifs grâce au maintien de la disponibilité élevée d’azote et participation à l’amélioration des sols
  • Décomposition rapide des feuilles
  • Feuille au pH de 5

Enfin, il faut mentionner que, de manière générale, outre qu’elle permet de bien nourrir les érables, la diversité des espèces dans une exploitation acéricole favorise la santé et la résilience d’un écosystème par rapport aux perturbations futures (ex. : changements climatiques, épidémies d’insectes, maladies, etc.).

Notons en terminant qu’une conférence portant sur ce sujet a été prononcée au cours des Journées acéricoles organisées par le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation. Vous pouvez consulter cette présentation ayant pour titre « L’érable et son environnement : ce que la science nous apprend ».

David Lapointe, ingénieur forestier

 
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Dernière mise à jour : 2019-03-14

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