Météo changeante : quelles plantes fourragères choisir?

La sécheresse de l’été 2018 est passée à l’histoire. Dans ce contexte, peut-être appréhendez-vous la prochaine saison de production… Si des conditions météo extrêmes se reproduisent, qu’allez-vous faire pour limiter les pertes de rendement? Bien qu’il n’existe pas de formule miracle, des solutions s’offrent à vous.

L’été dernier, le rendement fourrager a été très faible en première et en deuxième coupe : les troupeaux ont donc manqué de foin. Dans un tel contexte de rareté, le prix à la tonne a doublé par rapport aux années dites « normales ». Le stress et les difficultés à se procurer du foin ont été tellement importants que bien des producteurs se préparent à la possibilité d’un autre été sec.

Les solutions pour réduire les effets d’une sécheresse ne sont pas si simples. Comme nous ne sommes pas en mesure d’irriguer nos champs, comme le font certains pays, il nous faut prévoir une réserve suffisante en foin, comme tout est à sec dans les granges. Idéalement, il faudrait semer entre 120 et 140 % des besoins fourragers ou augmenter en conséquence les superficies en prairie.

Cependant, plusieurs se demandent quelles sont les plantes qui résisteront le mieux à une météo changeante. Et s’il faisait trop froid en 2019? Aurons-nous un été « détrempé » plutôt qu’une sécheresse? L’automne prochain sera-t-il froid, avec un premier gel hâtif comme en 2018? Si oui, cela pourrait affecter la qualité du maïs ensilage, ce qui a des répercussions sur la santé animale des bovins. Bref, que devons-nous semer afin d’obtenir les meilleurs rendements possibles alors que les conditions climatologiques demeurent si incertaines?

Les sols

Il faut d’abord connaître l’état des sols et en améliorer la structure. Voici d’ailleurs des éléments clé d’une bonne productivité :

  • Un pH minimal de 6,5
  • Un bon drainage
  • Une rotation incluant des plantes fourragères et/ou des engrais verts
  • Une fertilisation annuelle en fumier dans de bonnes conditions d’épandage
  • Des récoltes faites au moment où le sol est sec.

Ces éléments sont d’autant plus importants à respecter en présence de sols sableux, surtout en condition de sécheresse, et de sols argileux, qui sont désavantagés si les conditions sont très pluvieuses. Ce qui est idéal? Des sols qui retiennent l’eau lors de sécheresses prolongées et qui en éliminent les surplus lors d’étés pluvieux. Les sols choyés donneront les meilleurs rendements, peu importe la météo.

La plante-abri

Comment implanter les plantes fourragères? Si le début de l’été est sec après le semis, il faut couvrir rapidement le sol de plantes-abri qui pourront protéger les plantules fourragères des vents asséchants. Vous aurez avantage à semer des plantes-abri qui poussent et qui grossissent rapidement.

La plante-abri la plus connue est l’avoine. Elle joue bien son rôle d’abri, mais dans de bonnes conditions de croissance et de fertilisation, elle peut s’avérer trop compétitive et ainsi, nuire aux plantules fourragères en réduisant leur accès à la lumière.

On peut aussi choisir l’herbe de Soudan, une plante-abri qui ressemble au maïs. Elle adore la chaleur, mais elle pousse moins bien si la température passe sous la barre des 20 °C. Dans le cas où la température estivale est trop froide, les rendements fourragers sont tout de même bons. En effet, même si l’herbe de Soudan pousse lentement dans ces conditions de basses températures, les plantes fourragères, elles, peuvent en profiter pour croître rapidement. C’est particulièrement remarquable dans le cas des graminées, qui profitent au maximum d’une température variant entre 15 et 20 °C. Que l’été soit froid ou ponctué de canicules, l’herbe de Soudan a plus d’atouts pour réussir.

Le trèfle d’Alexandrie est une autre option possible. Petite plantule de la famille des légumineuses, ce trèfle pousse vite en présence de chaleur et d’eau, mais réagit mal aux conditions sèches. Les vents asséchants en conditions de sécheresse l’affectent parce que le mélange de plantes fourragères ne couvre pas le sol comme c’est le cas pour les deux autres plantes-abri. C’est aussi une plantule qui ne supporte pas des températures de croissance inférieure à 2 °C.

Les plantes fourragères

Si l’été prochain est similaire à l’été 2018, le mil serait de nouveau le grand perdant. Il déteste manquer d’eau et se fane lorsque la chaleur persiste. Lors du printemps sec et froid de 2018, les champs de mil étaient clairsemés en première coupe et de moindre hauteur que les autres graminées fourragères. À la deuxième coupe, en juillet 2018, le mil n’avait démontré aucun regain, comme la chaleur persistait. Mentionnons que si l’été à venir est humide, la plante performera très bien et donnera un bon rendement lors des deux premières coupes. Le fourrage serait alors appétent et apprécié des animaux.

Le brome est aussi une bonne plante fourragère, mais il est autant affecté par la sécheresse que le mil en raison de son système racinaire en surface. Par ailleurs, son implantation est plus difficile, ce qui laisse plus de place aux pissenlits. Les rendements fourragers s’en trouvent diminués, surtout quand la luzerne persiste moins bien durant l’hiver.

Le dactyle, une graminée fourragère très hâtive au printemps, dépanne bien quand les réserves en fourrage sont à sec. On le coupe tôt et il est le champion de la repousse rapide! N’appréciant pas les sols mal drainés, il résiste très bien à la sécheresse, car il forme des buttes serrées qui font front au vent asséchant. De plus, il couvre rapidement le sol et le protège ainsi de l’évaporation de l’eau en surface.

Quant à la fétuque élevée, c’est une plante adaptée à tous les sols. Elle n’est pas trop perturbée par des conditions climatiques difficiles, pourvu que ses racines puissent profiter d’un sol profond. Dans le cas où le temps est pluvieux et froid, elle performe même si le sol est très humide. À l’inverse, en conditions de sécheresse, elle est plus résistante que les autres graminées fourragères et elle donne un meilleur rendement. Ses feuilles rigides sont bien plus épaisses que le mil et le brome, ce qui lui permet de diminuer l’évapotranspiration. Parlant de feuilles, on sait que celles de la fétuque n’ont pas particulièrement bonne réputation en matière d’appétence pour les vaches. Toutefois, il existe des variétés dont les feuilles sont plus souples : en foin sec, les vaches les apprécient davantage.

Les légumineuses fourragères

La luzerne, la plus exigeante à l’égard des sols, demeure la grande championne en termes de résistance aux conditions sèches. Cela s’explique par sa racine pivotante très profonde. Elle donne de meilleurs rendements lorsqu’on l’associe au dactyle ou à la fétuque élevée en condition de sécheresse persistante.

Par ailleurs, le trèfle rouge s’est curieusement comporté en 2018. Lors de la première coupe, il a bien poussé, profitant de l’humidité des sols au printemps. Par contre, juste avant la deuxième coupe, ses feuilles se sont ramollies en raison de la sécheresse. Au regain suivant, sans pluie, le trèfle rouge a pris la forme d’une petite boule, se composant de tiges très courtes et se préparant à produire quelques fleurs pour assurer sa reproduction. Il n’a pratiquement pas engendré de rendement fourrager parce qu’il était trop court. Rappelons que son système racinaire est moins profond que celui de la luzerne.

Le lotier s’établit souvent difficilement parce qu’il déteste être en compétition avec d’autres plantes fourragères. L’été dernier, il n’a pas donné de regain fourrager puisqu’il était en détresse, tout comme le trèfle rouge.

Finalement, il existe aussi des plantes pouvant produire du fourrage de secours. Toutefois, soyez rapide après la première coupe : plus tôt vous renouvelez une prairie qui comporte trop de pissenlits, meilleurs seront les rendements fourragers à l’automne. On peut choisir de semer l’avoine fourragère ou l’herbe de Soudan si on opte pour des plantes fourragères. Le sorgho Soudan peut être ensemencé pur, mais il est moins appétent et sucré que l’herbe de Soudan. À noter qu’on ne peut implanter de plantes fourragères avec le sorgho Soudan, comme ses feuilles sont trop larges et que l’ombrage créé affecte négativement la croissance des plantules fourragères.

Bien qu’on ne puisse contrôler les conditions météo, il est possible de choisir des plantes ayant une meilleure résistance aux aléas de Dame Nature. N’hésitez pas à consulter vos spécialistes en plantes fourragères pour vous éclairer dans vos choix.


France Bélanger
, agronome

Conseillère en développement régional

 
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Dernière mise à jour : 2019-03-14

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