Recommandés, les fongicides foliaires dans le maïs ensilage?

Le maïs ensilage est très populaire auprès des producteurs laitiers, car il procure un grand volume de fourrages et constitue un excellent aliment à intégrer à la ration alimentaire. Toutefois, la qualité de l’ensilage de maïs peut être altérée par des mycotoxines lorsque les conditions météorologiques sont propices à la présence de certains champignons et que la gestion des cultures favorise leur présence. Afin de prévenir l’apparition de taches sur le feuillage et/ou de moisissures sur les épis, des fongicides foliaires peuvent être appliqués. Mais que savons-nous à propos du bien-fondé et de la rentabilité de cette pratique sous nos conditions?

Les maladies foliaires

Selon une récente enquête réalisée par le Centre de recherche sur les grains (CÉROM), les principales maladies foliaires observées au Québec dans les champs de maïs sont la rouille commune, les taches grises, le dessèchement, la kabatiellose et l’anthracnose. Ces maladies foliaires, lorsque répandues dans un champ, peuvent affecter le rendement et la qualité de l’ensilage, non pas en raison de la production de mycotoxines, mais parce que l’ensilage risque d’être moins nutritif pour la vache laitière (plus riche en lignine et plus faible en amidon). Toutefois, au Québec, la pression des maladies sur le maïs est généralement faible. Alors, pourquoi appliquer des fongicides foliaires? La question se pose…

Par ailleurs, certains fongicides pourraient avoir des effets positifs sur les plants de maïs tels qu’un effet de verdissement ou une réduction de la verse. Malgré ces effets physiologiques rapportés par certaines études, les essais québécois effectués dans le maïs grain n’ont pas permis de montrer de telles tendances. En effet, l’application de fongicides foliaires a eu peu d’impact sur la verse, la teneur en eau, le poids spécifique des grains ou encore, l’intensité des symptômes à la surface des feuilles (Tremblay et Rioux, 2012). Cela vaut-il pour le maïs ensilage

Les maladies des tiges et des épis

Outre les maladies foliaires, d’autres champignons peuvent être présents dans le maïs tels que les moisissures d’épis et de tiges. Seules certaines d’entre elles produisent des mycotoxines. Les principales moisissures susceptibles d’être observées sur les épis de maïs sont la fusariose de l’épi ainsi que la fusariose de l’épi et du grain. Ces champignons sont responsables de la production de plusieurs mycotoxines qui, en plus d’affecter le rendement et la qualité nutritionnelle de l’ensilage, peuvent avoir des effets importants sur la santé du troupeau. C’est pourquoi, dans le cas de la vomitoxine, par exemple, une concentration maximale de 1 ppm est tolérée dans la ration des jeunes veaux et des animaux laitiers en lactation.

Un des symptômes de la fusariose de l’épi est la coloration rougeâtre des grains, phénomène qui débute souvent à l’extrémité de l’épi. La progression de la maladie est favorisée par le temps frais et humide, surtout quand ces conditions surviennent deux à trois semaines après l’apparition des soies. Néanmoins, la présence de mycotoxines dans l’ensilage est difficile à prévoir, car la présence de maladies fongiques n’implique pas nécessairement la présence de mycotoxines et vice-versa.

Ce que disent les études

En protégeant la plante du stress causé par les champignons, les fongicides permettraient d’obtenir un ensilage de meilleure qualité et, ce faisant, diminueraient la teneur en mycotoxines de l’ensilage. L’application de fongicides permettrait également d’obtenir de meilleurs rendements. Mais qu’en est-il réellement? Afin de répondre à cette question, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation a réalisé une revue de littérature.

D’entrée de jeu, mentionnons qu’il y a peu d’études portant sur l’effet de l’application de fongicides foliaires sur la composition de l’ensilage de maïs. Les quelques études récentes sur le sujet proviennent toutes des États-Unis, notamment de l’Illinois.

Ainsi, à la lumière des résultats des études consultées, on constate que les applications de fongicides foliaires aux stades végétatifs du maïs ne semblent pas apporter de gain nutritionnel. Par contre, les applications aux stades reproductifs, surtout au moment de la sortie des soies (R1), ont eu un effet positif sur la qualité de l’ensilage en favorisant une meilleure digestibilité. Quant aux mycotoxines dans l’ensilage, une seule étude a analysé cet aspect. Elle n’a relevé aucune différence significative selon que des fongicides foliaires aient été appliqués ou non, quoiqu’une tendance à la baisse semblait se dessiner en faveur des applications de fongicides foliaires.

En ce qui a trait au rendement, des effets positifs sur le maïs grain peuvent être observés à la suite d’application de fongicides foliaires, mais ces effets peuvent être très variables, notamment d’un champ à l’autre. D’une manière générale, on peut dire que les gains de rendement seraient plus grands lors des années où les maladies exercent une forte pression sur les plants et pour les hybrides sensibles aux maladies foliaires. Dans une étude québécoise, on rapporte un effet significatif des fongicides foliaires sur le rendement en maïs grain dans un cas sur trois (deux des six essais), avec des gains de 558 et de 591 kg/ha (Tremblay et Rioux, 2012).

Pour ce qui est du maïs ensilage, peu de données sont disponibles. Il est hasardeux de transposer les résultats obtenus dans le maïs grain, notamment parce que les hybrides sont différents. Par contre, on peut conclure que le maïs fourrager ne semble pas réagir autant que le maïs grain aux applications de fongicides foliaires. En effet, dans les quelques études consultées, il n’y avait bien souvent aucune différence significative observée. Seule une faible augmentation du rendement en matière sèche de 6 % a été obtenue dans le cadre d’une étude menée en Illinois.

En somme, l’utilisation des fongicides semble avoir un impact positif, quoique généralement faible, sur la valeur nutritive de l’ensilage et le rendement du maïs fourrager. Toutefois, il importe de rappeler que ces études ont été réalisées aux États-Unis, avec des hybrides de maïs différents des nôtres et sous des conditions différentes quant au climat et à la gestion des cultures, notamment. Ces résultats devront donc être validés pour le Québec. D’ailleurs, un projet débuté en 2018 en Montérégie vise à vérifier l'effet d'une ou de plusieurs applications de fongicides sur le rendement, la qualité et la conservation du maïs ensilage. Cette démarche devrait nous apporter des éléments de réponse prochainement. 

Et la rentabilité dans tout ça?

Même si plusieurs études rapportent des gains de rendement significatifs à la suite de l’application de fongicides foliaires, le fait qu’il y ait un gain de rendement en maïs grain n’implique pas nécessairement que les traitements soient économiquement rentables. Par exemple, dans le cas du maïs grain, l’analyse économique effectuée en 2016 par Luc Belzile, chercheur en économie de l’agroenvironnement à l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), a démontré que les traitements fongicides devraient procurer le double du gain de rendement réellement obtenu afin de les rentabiliser.

Dans le cas du maïs ensilage, il est plus difficile d’évaluer la rentabilité des applications puisque l’ensilage est consommé à la ferme dans la majorité des cas. Toutefois, sur la base des résultats de l’étude réalisée en Illinois en 2015, on peut tout de même calculer l’économie en fourrage que cela pourrait représenter. Ainsi, sur la base de la consommation volontaire de matière sèche par rapport à la quantité de lait produit par vache, l’application de fongicides permettrait d’économiser, au mieux, 43,8 kg de matière sèche (MS) par vache par année, soit l’équivalent de 7,45 $ par vache par année pour un coût de production du maïs fourrager de 170 $/tonne. Or, avec un coût d’application moyen de 75 $/hectare (ha) pour les fongicides et un rendement moyen de 11 400 kg MS/ha observé dans la région, le coût du traitement fongicide foliaire équivaut à environ 33 $/vache. Ainsi, l’affirmation voulant que les vaches qui reçoivent de l’ensilage de maïs traité avec un fongicide foliaire aient une meilleure conversion de la matière sèche pour produire du lait que celles nourries d’ensilage de maïs non traité ne s’avèrerait pas rentable au Québec. Bien que plus de lait soit produit avec moins d’ensilage, les coûts d’application des fongicides sont plus élevés que les gains potentiels, et ce, même pour les meilleurs rendements observés ailleurs au Québec.

Quelles stratégies adopter?

Vous voulez connaître les bonnes pratiques à adopter pour limiter la présence et la prolifération des champignons, tant au champ qu’à l’entreposage? Consultez cet article.

Line Bilodeau, agronome, M. Sc.

Conseillère en grandes cultures et en agroenvironnement

 
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Dernière mise à jour : 2019-03-14

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