Les insectes bénéfiques: de puissants alliés au champ!

Carrolyn O’Grady
Conseillère en agroenvironnement et développement régional
Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
Sainte-Martine


Saviez-vous que seule une fraction des millions d’insectes est considérée nuisible? La vaste majorité des insectes jouent un rôle dans l’alimentation des animaux ou dans le recyclage de la matière organique, nous fournissent des produits, agissent comme pollinisateurs et certains consomment même des organismes nuisibles. Par exemple, les larves de chrysopes sont de voraces prédateurs de pucerons et d’autres insectes à corps mou.

Favoriser une présence naturelle

Ces petites bêtes sont déjà chez vous, mais savez-vous comment les reconnaître? Prédateur, parasitoïde, parasites, champignons… il existe quelques outils pour les identifier :

  • L’application Good Bugs + a été élaborée par le Great Lakes Vegetable Working Group et Ohio State University. Il s’agit d’un guide d’identification complet, pour téléphone intelligent, des ennemis naturels, des pollinisateurs et aussi de plantes indigènes qui les attirent.

    • Pocket guide for natural ennemies : Oregon State University extension service.  

De plus, le menu pour ces petites bêtes varie. Par exemple, les chrysopes consomment entre autres des pucerons, des chenilles et des thrips. La fameuse coccinelle aime les pucerons, les thrips, les psylles, les aleurodes, les cochenilles, les larves de diptères (mouches), etc. Les punaises soldats trouvent les doryphores de pomme de terre délicieux et peuvent consommer environ 10 œufs par jour. Mais quel est l’impact sur les populations des ravageurs? Selon une étude effectuée au Wisconsin, une larve de coccinelle asiatique par sept plants pourrait ralentir une forte croissance de pucerons du soya.

Une autre étude au Michigan démontre que l’abondance de cinq ennemis naturels/m2 en début d’infestation pourrait réduire de façon significative les populations de pucerons du soya dans une période de deux semaines! Leur présence, selon certaines analyses au Centre-Nord des États-Unis, aurait permis de réduire l’utilisation d’insecticides de 25 à 43 % en 2005 et 2006 dans 26 champs à travers quatre états américains.

Il existe plusieurs méthodes pour favoriser la présence des alliés dans nos champs que ce soit en leur apportant de la nourriture ou un refuge; entre autres : implanter des bandes florales ou des haies brise-vent, semer des cultures intercalaires, utiliser des cultures de couverture comme le paillis, choisir un insecticide plus doux pour l’environnement et sélectif contre le ravageur, etc.

Introduction d’insectes bénéfiques

La lutte biologique consiste à introduire des insectes bénéfiques afin de contrôler les ravageurs en remplacement d’insecticides. Pour y arriver, des insectes, des nématodes et des champignons sont utilisés.

En production maraîchère, au Québec, plus de 15 % des producteurs de maïs sucré utilisent les trichogrammes pour lutter contre la pyrale du maïs sur une partie de leur superficie. En Europe, ce sont plus de 150 000 ha en maïs-grain qui sont traités avec ces insectes.

Selon l’Association of Natural Biocontrol Producers (ANBP) aux États-Unis, ses membres ne produisent pas assez pour satisfaire la demande en insectes bénéfiques. Mondialement, il y a près de 130 entreprises de production d’insectes bénéfiques, dont 20 des plus grandes sont en Europe.

Présentement, un seul éleveur d’insectes bénéfiques se situe dans le Nord-Est de l’Amérique du Nord : Anatis Bioprotection, à Saint-Jacques-le-Mineur. En 2013, cette entreprise a produit 500 millions de trichogrammes et plus de 150 000 acariens prédateurs, et ce nombre augmente d’année en année.

Utilisation optimale de produits phytosanitaires

En intégrant des insectes bénéfiques dans un programme de lutte intégrée lorsque c’est possible, il y a des gains significatifs pour la santé et l’environnement. En fait, les trichogrammes peuvent remplacer l’utilisation de plusieurs pesticides homologués au Canada. Par exemple, si l’on remplace les cinq traitements d’un insecticide (ex. Orthene) par les trichogrammes pour une superficie de 100 ha de maïs sucré, nous économisons 655 kg de matières actives!

En plus des effets néfastes sur l’environnement et la santé, l’utilisation de pesticides engendre d’importants coûts pour la société. Selon la firme Forest-Lavoie Conseil, pour chaque dollar dépensé en pesticides sur les fermes, il incombe entre 0,80 $ et 2,00 $ de coûts à la société (coûts sociaux et environnementaux).

L’utilisation des insectes bénéfiques s’avère une alternative efficace pour remplacer les insecticides utilisés par les producteurs en serre ou en plein champ.

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 6 mars 2014.

Photo : IRDA

 
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Dernière mise à jour : 2015-03-18

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