Les cultures intercalaires en production maraîchère :
des bénéfices à la tonne!

Isabelle Couture
Conseillère en horticulture maraîchère
Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
Saint-Hyacinthe

Tous les producteurs maraîchers connaissent les mérites des engrais verts. Par contre, la réalité pour plusieurs est que les cultures horticoles se terminent souvent trop tard pour implanter ces précieux alliés.

Il est toutefois possible d’intégrer les intercalaires dans plusieurs cultures comme les tomates tuteurées, les cerises de terre, les aubergines et les poivrons, pour ne nommer que celles-là… et de profiter des avantages de ces engrais verts localisés!

Légende : Champ de tomates.
Crédit photo : Mikael Guillou, MAPAQ

La technique n’est pas nouvelle. Depuis un bon moment déjà, des producteurs de tomates de la Montérégie et des Laurentides introduisent un mélange de graminées entre les rangs de tomates. L’avantage immédiat est de ne plus avoir à appliquer d’herbicide. Terminés les risques de dérive ou de phytotoxicité, le « gazon » prend toute la place! Autre avantage, au moment de la récolte cette fois, les cueilleurs sont heureux : ils ne récoltent plus dans la boue, les paniers et les fruits restent propres, le confort est accru. Entre les deux, tout au long de la saison, d’autres bénéfices peuvent être observés. C’est d’ailleurs pour mesurer ces avantages qu’un projet d’introduction de ray-grass intercalaire dans la culture de tomates tuteurées a eu lieu en 2013 chez l’entreprise Potager Mont-Rouge, à Rougemont. Ce projet a été suivi par le MAPAQ en collaboration avec le Dura-Club inc. et financé par le Programme d’appui au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire.

Deux taux de semis de ray-grass annuel turf-type ont été comparés à un témoin sans ray-grass, soit 35 kg/ha et 60 kg/ha. Le ray-grass a été implanté dans l’entre-rang après  la plantation des tomates, vers le 5 juin. Le ray-grass a été semé à l’aide d’un tracteur à gazon muni d’un semoir à la volée et de déflecteurs pour limiter le semis à l’entre-rang. Avant l’essai, la vitesse du tracteur et l’ouverture du semoir ont été réglées afin d’obtenir les doses de semis désirées. Les graines ont été laissées à la surface. Des entre-rangs sans ray-grass ont été laissés dans la parcelle pour comparer diverses mesures reliées aux propriétés du sol, avec ou sans ray-grass.

Le ray-grass s’est rapidement implanté dans les entre-rangs, pour les deux taux de semis. Au mois de juillet, les entre-rangs semés en ray-grass présentaient une couverture végétale vigoureuse et les mauvaises herbes étaient peu nombreuses.
 

Effets du ray-grass sur les propriétés du sol  


  • Macroporosité et masse volumique apparente du sol

    Un des nombreux avantages des cultures intercalaires de graminées est d’améliorer la structure du sol et son aération. Les racines fasciculées, surtout concentrées dans les 10 premiers cm de profondeur du sol, augmentent la

    Légende : Masse volumique apparente.
    Crédit photo : Isabelle Couture, MAPAQ

     macroporosité essentielle à une bonne aération et au drainage du sol. Pour mesurer cet effet, on a comparé la masse volumique apparente de la surface du sol (0-6 cm) des divers traitements. Ceci consiste à prendre un échantillon de sol à l’aide d’un cylindre creux mesurant 6 cm de hauteur par 6 cm de diamètre, puis de l’enfoncer dans le sol. Le sol non perturbé est ensuite séché et pesé. Pour un même type de sol, plus la masse volumique apparente exprimée en gramme par cm3 est faible, plus le sol est aéré.

Dans l’essai, la masse volumique apparente du sol était significativement plus faible pour les entre-rangs semés à un taux de semis de 60 kg/ha par rapport au témoin (1,62 g/cm3 et 1,73 g/cm3 respectivement) en juillet 2013. Le taux de 35 kg/ha (1,68 g/cm3) ne se démarquait pas des deux autres traitements. Le semis de 60 kg/ha de ray-grass a donc augmenté significativement la quantité de macropores du sol par rapport au témoin. Les masses volumiques apparentes mesurées sont élevées, car les entre-rangs subissent une compaction de la part des cueilleurs et de la machinerie agricole.

  • Porosité et infiltration de l’eau

    Si la porosité du sol est plus grande, la capacité de stockage en eau du sol et sa perméabilité sont généralement augmentées. Par conséquent, lors d’une forte pluie, le risque de ruissellement est atténué. Pour mesurer cet effet, on a comparé la conductivité hydraulique du sol à 10 cm de profondeur dans les entre-rangs des différents traitements. Dans l’essai, la conductivité hydraulique du sol à été mesurée à l’aide d’un perméamètre de Guelph, le 26 juillet. Cet instrument permet d’évaluer la facilité qu’a un sol saturé de transmettre l’eau à travers ses différentes couches.

Selon les résultats obtenus, l’infiltration de l’eau dans le sol est significativement supérieure dans l’entre-rang avec 60 kg/ha de ray-grass par rapport au témoin sans couverture végétale (0,037 cm/h et 0,003 cm/h respectivement). Le taux de 35 kg/ha (0,02 cm/h) ne se démarquait pas des deux autres traitements. Il est normal que les conductivités hydrauliques mesurées dans les entre-rangs davantage compactés soient plus faibles que celles mesurées généralement en plein champ.

  • Bienfaits des cultures intercalaires

En plus de diminuer les herbicides, d’accroître le confort des cueilleurs et de diminuer l’érosion hydrique et éolienne, les résultats de mesures confirment qu’une culture intercalaire de ray-grass, à un taux de semis de 60 kg/ha, augmente l’aération du sol par rapport au témoin sans couverture végétale. L’augmentation de la porosité accroît l’infiltration de l’eau, diminue le ruissellement et accroît la capacité de stockage en eau du sol.

 

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 6 mars 2014.

Photos : MAPAQ

 
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Dernière mise à jour : 2018-04-13

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