La culture de la patate douce

Isabelle Couture, agr. M.Sc.
Conseillère en horticulture maraîchère
MAPAQ Montérégie


La patate douce, contrairement aux apparences et à ce que son nom laisse suggérer, n’est pas du tout de la même famille que celle de notre bonne vieille pomme de terre. La patate douce appartient à la famille des Convolvulacées, qui comprend, entre autres, le liseron des champs et les gloires du matin.

Elle a été découverte au Pérou il y a 10 000 ans puis cultivée depuis plus de 3 000 ans dans les régions tropicales de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale. Entre le 13e siècle et le 16e siècle les échanges commerciaux ont permis à la patate douce de se retrouver en Polynésie, à Hawaï, en Nouvelle-Zélande, aux Philippines, en Inde, puis en Chine et en Afrique. La Chine est d’ailleurs aujourd’hui le plus grand producteur de patates douces au monde avec près de 100 millions de tonnes métriques produites annuellement.

La patate douce est une culture de climat chaud. Elle nécessite un minimum de 3 000 unités thermiques et demande entre 95 et 130 jours pour se développer, selon la variété.

Quelques statistiques

La patate douce est peu cultivée au Canada. L’Ontario est la province canadienne qui en produit le plus. En 2013, dans cette province, c’est plus de 1300 acres qui étaient dédiées à cette culture. En 15 ans, la production ontarienne est passée de 450 tonnes métriques (tm) à 14 000 tm. Comparativement aux quantités importées, c’est peu. Annuellement, c’est autour de 55 000 tm qui entrent au Canada, principalement en provenance des États-Unis, mais aussi du Pérou.

La consommation canadienne de patates douces ne cesse d’augmenter. En effet, entre 2006 et 2010, elle a augmenté de 89 % et est d’environ 0,67 kg/personne alors que celle des Américains est de 3,18 kg/personne.

Contexte favorable aux essais d’introduction

Puisque la production de patates douces est peu présente au Québec, que la consommation de ce légume racine est en constante augmentation et que les consommateurs recherchent des produits locaux, le contexte était tout désigné pour effectuer des essais sur des fermes québécoises. Un essai de variétés et un essai de régie ont ainsi été faits en 2016, autant en production conventionnelle qu’en production biologique.

Essai de variétés

Les boutures des variétés les plus cultivées en Ontario (Covington et Beauregard) proviennent actuellement des États-Unis. Depuis 2009, Vineland, une compagnie ontarienne, travaille à développer des lignées qui sont davantage tolérantes au froid et dont la saison de croissance est plus courte. Afin de connaître le potentiel de ces variétés sous notre climat québécois, un partenariat s’est établi entre le MAPAQ Montérégie et Vineland. Un suivi de quelques lignées ontariennes a été fait dans deux fermes en Montérégie. Nadia Surdek, agronome pour l’entreprise de service-conseil PleineTerre, et moi-même avons fait le suivi tout au long de la saison. Chez les deux entreprises, des boutures non enracinées ont été plantées dès leur réception sur des buttes avec paillis de plastique noir. La distance de plantation entre les plants était de 30 cm. Deux rangs en quinconce ont été plantés par butte.

 

Boutures de patates douces non enracinées plantées dès leur réception sur des buttes avec paillis de plastique noir.
Photo: Nadia Surdek

Rendements très intéressants des lignées ontariennes

Chez la première entreprise, quatre lignées de Vineland ont été testées et comparées avec des boutures américaines des variétés Orléan, Beauregard, Évangeline et Covington (deux provenances différentes). Les variétés de Vineland étaient la V12B.445 et la V12B.456, deux variétés non encore commercialisées, ainsi que les variétés Orléan et Covington.

Pour des raisons qui nous échappent, les boutures nous ont été livrées en deux temps. Celles de l’Ontario ont été plantées le 3 juin et celles venant des États-Unis ont été mises en terre le 10 juin. Aucune couverture flottante n’a été utilisée sur ce site. Les rendements sont comparés au graphique 1. Lorsque la même lettre est présente dans le graphique, les résultats ne sont pas statistiquement différents.

Graphique 1 - Rendement moyen selon les variétés de patates douces dans les catégories de qualité #1 et #2 (site 1, Montérégie)


Selon la première année d’essai, la variété 445 développée par Vineland semble ainsi très prometteuse. 

 

Récolte de la variété de patates douces 445 développée par l’entreprise ontarienne Vineland. 
Photo : Isabelle Couture, MAPAQ

Chez l’autre entreprise, les variétés V12B.445 et V12B.456 ont été comparées entre elles afin de voir si l’une ou l’autre se distinguait sous les conditions de cultures de l’entreprise. Une couverture flottante a été installée par-dessus les plants afin de maximiser la chaleur. Elle est restée en place jusqu’au 22 juin. Sur ce site, les deux variétés ont performé également et il n’y a pas eu de différence significative entre les paramètres mesurés, bien que la variété 445 ait obtenu en moyenne davantage de qualité # 1 et de # 2 que la variété V12B.456.

Essai de régie

Nous avons aussi fait un essai de régie de patates douces en culture biologique. C’est l’agronome Marie-Josée Vézina, du groupe Pro-Conseil, qui a fait le suivi. Dans cet essai, nous voulions vérifier s’il y avait un avantage à cultiver le légume racine sous tunnel chenille avec et sans couverture flottante (19 g/m2), comparativement à cultiver la patate douce en champ avec et sans couverture.

Dans les quatre traitements, des boutures enracinées en multicellules de la variété Georgea Jet ont été utilisées. Les boutures ont été plantées sur paillis de plastique noir à plat. La distance de plantation entre les plants était de 30 cm où 2 rangs en quinconce ont été plantés. Dans trois des répétitions sous tunnel et hors tunnel, les couvertures ont été installées tout de suite après la plantation et retirées le 27 juin.

Le feuillage des plants sous tunnel chenille était beaucoup plus abondant et vigoureux que ceux des plants hors abris. La récolte et la calibration des patates douces ont eu lieu le 12 octobre.

Pas d'avantages à cultiver sous abris

Entre les traitements avec et sans abris, avec et sans couvertures, les analyses statistiques démontrent qu’il n’y a pas de différence significative pour les paramètres suivants : Nombre de patates douces #1; Poids de patates douces #1; Nb de patates douces #2; Poids de patates douces # 2; Poids des rejets et Poids total (incluant rejet).

Par contre, l’analyse statistique démontre qu’il y a une interaction significative pour les deux paramètres suivants : le nombre de rejet (interaction abri*couverture) et nombre total de patates douces (interaction abri*couverture). Cette interaction peut se traduire ainsi : les réponses en nombre de patates douces totales et rejets évoluent différemment selon les deux traitements appliqués (abris*couverture) en raison d’une interaction entre eux.

Hors tunnel, une couverture réduit le nombre de rejets

Sans tunnel, l’ajout d’une couverture réduit le nombre rejets et, par conséquent, le nombre total de patates douces. Avec tunnel, l’ajout d’une couverture augmente fortement le nombre rejets et, par conséquent, le nombre de patates douces totales.

Ces résultats sont conformes avec une étude qui a été faite en 2012-2013 par le Centre de recherche agroalimentaire de Mirabel où les rendements commercialisables obtenus au champ et sous le grand tunnel n’ont démontré aucune différence significative pour les différents traitements de 2012.

La patate douce cultivée en champ, en plasticulture, s’insère bien dans une rotation, car ce légume-racine ne fait partie d’aucune famille d’autres productions maraîchères. Jusqu’à présent, peu d’insectes et de maladies s’attaquent à cette culture. Les lignées développées par la compagnie ontarienne Vineland semblent prometteuses sous le climat québécois.

Comme dans tout nouveau créneau, il faut toutefois avancer à petits pas pour s’assurer que la qualité post-récolte soit à son meilleur, que les conditions du marché soient optimales et que la rentabilité dans le modèle de l’entreprise soit au rendez-vous.

Je tiens à remercier chaleureusement les entreprises qui ont participé à ces projets ainsi que les agronomes Nadia Surdek et Marie-Josée Vézina. Ces essais ont été rendus possibles grâce au soutien financier du Programme d’appui au développement de l’agriculture et de l’agroalimentaire en région (PADAAR) du MAPAQ. 






Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 4 mai 2017

 
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Dernière mise à jour : 2017-10-05

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