La lutte à la teigne du poireau : le défi des petites superficies

Mario Leblanc
Agronome
MAPAQ Montérégie-Ouest

La chenille de la teigne du poireau est un redoutable ennemi des cultures de poireau, d’ail, d’oignon et des autres cultures de la même famille. Le suivi réalisé ces dernières années par le Réseau d’avertissement phytosanitaire (RAP) a permis de développer une stratégie d’intervention efficace pour la répression de cet insecte.

À partir des résultats des captures de papillons à l’aide des pièges à phéromones, on arrive à réprimer chacune des trois générations de ce ravageur avec seulement un ou deux traitements insecticides bien synchronisés. Cependant, plusieurs observations nous indiquent que cette stratégie serait moins efficace pour les petites superficies, ce qui inclut les potagers. Voyons ce qu’il en est…

La stratégie de lutte habituelle

La figure 1 montre les périodes normales d’activité des papillons pour les régions autour de Montréal. Bien que le nombre de captures et les dates précises varient selon les sites et les saisons, la courbe de capture conserve toujours à peu près la même allure. Chacune des trois périodes d’activité des papillons est suivie, avec un certain décalage, d’une période d’activité des chenilles. Les traitements insecticides ont pour but d’atteindre un maximum d’œufs et de très jeunes chenilles. Ce stade arrive en été, environ 10 jours après l’accouplement des papillons. Lorsqu’on prévoit une période d’activité des papillons plutôt courte, on intervient une seule fois, 10 jours après le pic d’activité. Si on s’attend à une génération importante, deux traitements espacés de 14 jours et couvrant davantage l’ensemble de la période d’émergence des chenilles sont recommandés.

Figure 1 : Évolution typique des captures de papillons de la teigne du poireau pour le sud du Québec.

Le défi des petites superficies

La difficulté avec les petites superficies est liée à divers éléments :

  1. Ces superficies sont souvent plus abritées que les grands champs. Elles disposent donc d’un microclimat qui favorisera une première ponte plus hâtive au printemps et ensuite une progression plus rapide d’une génération à l’autre.
  2. Les déplacements des teignes semblent plus importants pour les petites superficies. On sait par exemple que des femelles déjà fécondées peuvent se déplacer d’un site à l’autre. Étant donné que les pièges à phéromones ne capturent que les mâles, les relevés effectués ne seront donc pas représentatifs de l’activité réelle de ponte des papillons.
  3. Dans les petits champs, la présence d’une petite population de teigne peut être suffisante pour occasionner des dommages élevés, ce qui est rarement le cas pour les grands champs. La présence de quelques teignes entre deux périodes d’activité plus intense est anodine pour les grandes superficies, mais elle peut avoir un impact très significatif s’il n’y a que quelques plants.

Tous ces éléments mis ensemble font en sorte que, sur les petites superficies, les périodes d’activité des papillons risquent d’être davantage étalées et les attaques plus imprévisibles.

Les potagers situés dans les villes représentent certainement la pire situation : on y retrouve des microclimats très variables, parfois très chauds. Ils sont aussi relativement rapprochés, ce qui facilite le déplacement des papillons d’un site à l’autre. De plus, le contexte urbain favoriserait la survie hivernale des papillons, les teignes étant capables d’utiliser efficacement les bâtiments pour passer l’hiver.

À l’extérieur des zones urbaines, le suivi des populations dans les petits champs à l’aide des pièges à phéromones pourrait être utile dans certains cas, mais plus la superficie est petite, moins les résultats seront fiables ou facilement interprétables.

Dans le contexte où les attaques de la teigne du poireau sont plus imprévisibles sur les petites superficies, la stratégie de lutte habituelle basée sur des traitements insecticides n’est pas appropriée. L’idéal, dans ce cas, est d’opter pour une méthode qui permet une protection sur l’ensemble de la saison. À cet effet, le filet anti-insecte est une méthode qui a fait ses preuves.

 Lien utile

 

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 7 avril 2016

 
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Dernière mise à jour : 2016-05-31

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