Nouveaux développements dans les cultures intercalaires et cultures de couverture

Georges Lamarre
Ingénieur et agronome
Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation
Sainte-Martine


Le travail du sol, le manque de rotation et la diminution des apports de matière organique sont des facteurs qui affectent la productivité des sols. Ils contribuent à en dégrader la structure et à réduire la vie dans le sol. L’utilisation de cultures de couvertures ou d’intercalaires, afin de coloniser le sol avec des racines, favorise l’activité biologique dans le sol. On améliore ainsi la santé et la productivité, tout en réduisant les besoins en intrants.

Plusieurs options existent pour introduire des cultures de couverture à la ferme. Voici quelques pistes de solutions, mises en pratique en Montérégie-Ouest ces dernières années dans le cadre de projets réalisés grâce au soutien financier du MAPAQ régional.

Cultures de couverture en fin de saison

Le semis d’une culture de couverture après la récolte d’une céréale est une pratique de plus en plus répandue. La moutarde est une espèce populaire, peu coûteuse et facile à implanter. D’autres espèces, dont les semences sont plus dispendieuses, présentent un potentiel intéressant et pourraient être utilisées. Le pois fourrager en est un exemple. Cette légumineuse apporte notamment une quantité appréciable d’azote pour la culture suivante. Comparons les effets de la moutarde et du pois fourrager sur le rendement en maïs et la dose d’azote requise.

Sur le précédent de pois fourrager, le rendement maximal en maïs de 14 213 kg/ha a été obtenu avec une dose totale d’azote minérale de 80 kg/ha (40 kg/ha au semis et 40 kg/ha en post-levée). Sur le retour de moutarde, le rendement maximal en maïs de 13 408 kg/ha a été obtenu avec la dose de 160 kg/ha d’azote minérale (40 kg/ha au semis et 120 kg/ha en post-levée), soit 80 kg/ha d’azote de plus et 805 kg/ha de maïs en moins que sur le précédent de pois.

Les calculs économiques ont permis de conclure que l'économie d'azote minéral et l'augmentation du rendement en maïs attribuables au pois fourrager compensaient largement pour le coût de sa semence. La réalisation de cet essai permet également de conclure que d’autres facteurs que l’apport d’azote sont en cause, puisque même en apportant une dose de 240 kg/ha sur le retour de moutarde, le rendement en maïs obtenu n’a pas été aussi élevé que celui obtenu avec 80 kg/ha d’azote, sur le retour de pois. Il est fort probable que le pois a des effets bénéfiques sur l’activité biologique du sol différents de ceux obtenus avec la moutarde. Ces résultats militent en l’utilisation d’un mélange de plusieurs espèces de cultures de couverture, afin de combiner ces effets bénéfiques et d’en améliorer l’impact sur la culture suivante.

Essai en 2013 de l’hybride sorgho-herbe de Soudan en remplacement de la culture pour décompacter le sol

La compaction des sols est également un problème important, en lien avec la dégradation de la structure. Le sous-solage est souvent considéré comme une solution à la compaction. Cependant, les effets bénéfiques sont souvent de courte durée. Les spécialistes s’entendent sur le fait que le sous-solage doit être utilisé en combinaison avec le semis de cultures de couverture afin d’en accroître les bénéfices sur l’amélioration des différentes propriétés du sol.

L’Université Cornell, aux États-Unis, a étudié l’hybride sorgho–herbe de Soudan (HSHS) comme plante améliorant les sols. Selon l’étude, ses racines pénètrent les sols compactés après que la plante ait été fauchée une fois durant la saison. À cet effet, elle procure en un an des résultats supérieurs à la moutarde, au seigle et à la luzerne. Elle apporte une quantité importante de matière organique et produit également des substances allélopathiques pour plusieurs mauvaises herbes. Afin d’en maximiser les effets, elle doit bénéficier de deux mois de croissance sans gel. Toujours selon Cornell, cette plante a des effets extrêmement positifs sur le rendement de la culture suivante et ce, en un an seulement. Il est recommandé de la semer en mélange avec une légumineuse telle la vesce, pour son apport en azote qui permet de contrer l’immobilisation d’azote l’année suivante. Le système racinaire de l’hybride sorgho-herbe de Soudan offre un potentiel intéressant pour améliorer la structure des sols. Suite au passage de la sous-soleuse, la culture a repris sa croissance et son système racinaire a rapidement colonisé les fissures ainsi crées.

Cette pratique de semer cet engrais vert en culture principale pourrait, par exemple, s’appliquer à des secteurs de champs situés dans des baissières et souvent compactés, avant de procéder au nivellement.

La réalisation de ce projet durant la saison 2013 seulement n’a pas permis de vérifier l’impact de cette plante régénératrice sur le rendement de la culture suivante. Cette donnée est essentielle avant d’en recommander l’utilisation et afin de dresser le bilan économique de cette pratique. Un suivi sur les propriétés du sol et le rendement de la culture devrait être réalisé en 2014.

Semis sur couverture végétale permanente (SCV)

Le semis sur couverture végétale permanente — ou SCV — combine le semis direct et l’implantation de cultures intercalaires vivaces. Cette technique a été développée par l’agronome Lucien Séguy et fait ses preuves en France et au Brésil. Après la récolte de la culture commerciale, la plante de couverture occupe le sol du champ récolté jusqu’au semis de la culture suivante, qui se fera sans aucun travail de sol, dans le couvert végétal vivant. Une application d’herbicide en début de saison permettra de ralentir les intercalaires, sans les détruire, afin de permettre à la culture principale de prendre le dessus.

Des essais de SCV ont débuté en 2012 en Montérégie-Ouest, dans le cadre d’un projet réalisé grâce à la collaboration de plusieurs partenaires, notamment des clubs-conseils en agroenvironnement, du MAPAQ régional, ainsi que du Centre de recherche sur les grains (CÉROM). Ces essais sont appuyés financièrement par la Conférence Régionale des Élus Vallée-du-Haut-Saint-Laurent (CRÉ) et le programme Prime-Vert du MAPAQ.

Selon les résultats préliminaires obtenus en 2012 et 2013, certaines espèces se démarquent quant à leur capacité à s’implanter dans le maïs. Ainsi, la luzerne, la vesce, le ray-grass et festulolium (croisement entre la fétuque et le ray-grass) ont procuré des biomasses intéressantes en fin de saison durant les deux années d’essais et à tous les sites, dans la mesure où le semis était réalisé avant que le maïs ne ferme ses rangs (entre quatre à six feuilles).

Les deux années de réalisation du projet ont permis de constater que l’implantation des SCV dans le maïs ne permet pas de bénéficier d’une biomasse importante en début de saison. Ainsi, les SCV ne peuvent aider au contrôle des mauvaises herbes la première année, pas plus qu’elles peuvent bénéficier au maïs par d’autres aspects (fixation d’azote, amélioration de la biodiversité, etc.). L’implantation des SCV l’année précédent la culture du maïs, lors de la défoliation du soya par exemple, représente une avenue à explorer. Les SCV seraient ainsi déjà établies au moment du semis du maïs, ce qui lui permettrait de profiter davantage des bénéfices de ces cultures intercalaires. Bien d’autres années d’essais seront nécessaires avant de développer et d’adapter cette technique aux conditions du Québec, mais le défi est passionnant !

L’aération du sol avec une sous-soleuse doit être accompagnée de racines de cultures de couverture pour une plus grande efficacité et durabilité.
Photo: Sylvie Thibaudeau

Trèfle blanc nain en intercalaire dans le soya au stade trifolié en 2013
Photo: Sylvie Thibaudeau

Lotier corniculé au printemps 2013 semé en intercalaire dans le maïs en 2012 
Photo : Sylvie Thibaudeau

 







 

 

 

 

 

 


 

 
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Dernière mise à jour : 2016-11-29

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