La détresse psychologique en agriculture: un mal méconnu!

Mélanie Poirier
Agronome et conseillère en relève agricole
MAPAQ Montérégie-Ouest

Nathalie Tanguay
Agronome et coach en entreprise agricole
www.nathalietanguay.com

Un agriculteur québécois sur deux souffrirait de détresse psychologique. Dans la population en général, c’est une personne sur cinq qui en souffre. Ça frappe, n’est-ce pas? En effet, c’est ce que révèlent les recherches sur le sujet.

Les causes de stress élevé les plus fréquentes menant à la détresse psychologique chez les producteurs sont les facteurs économiques (diminution des revenus, hausse des dépenses, endettement, etc.), les obligations environnementales, la « paperasse » et la bureaucratie grandissante, la charge de travail ainsi que l’instabilité des marchés. Travailler avec du « vivant » et avec des conditions météorologiques imprévisibles est aussi une grande cause de stress. Le manque de reconnaissance sociale est également souligné par Mme Ginette Lafleur, chercheure sur la santé psychologique des agriculteurs à l’UQÀM.

Le contexte fait en sorte que les agriculteurs travaillent souvent seul dans leur entreprise. Bien qu’ils rencontrent plusieurs intervenants dans une journée avec qui discutent-ils de leurs semis, des prix, de leur troupeau, de la météo et même de politique… quand parlent-ils de ce qu’ils ressentent vraiment? Pratiquement jamais! La fierté, l’indépendance et la peur du jugement sont des raisons soulevées. Le sujet est souvent tabou.

Malheureusement, la relève agricole n’est pas épargnée par le phénomène. De plus en plus éduquée, elle revient dans l’entreprise avec de nouvelles idées qui entrent couramment en conflit avec celles des cédants. La pression du milieu est forte. En agriculture, il est souvent ardu de dissocier l’entreprise de la personne. Il est donc difficile de prendre du recul lorsque le besoin s’en fait sentir.

Quand la détresse s’installe, il est urgent d’agir. Consulter un médecin de famille ou le CLSC permet d’être référé au bon spécialiste de la santé. L’organisme Au Cœur des Familles Agricoles propose de l’accompagnement et du répit. La ligne de Tel-Aide offre une écoute aidante. En situation d’urgence, les centres de prévention du suicide répondent aux appels.

En posant les bonnes actions au bon moment, on peut prévenir la détresse. Seul, face à un problème, il faut avoir le réflexe de trouver qui peut nous aider. Pour un problème technique, agroenvironnemental ou de gestion, les Réseaux Agriconseils aguillent les entreprises agricoles vers les bonnes ressources. Les coachs en entreprise en sont un exemple. Ils aident les gens à comprendre ce qui ne fonctionne pas et à trouver des solutions. Ils peuvent par exemple aider pour un problème de stress, d’épuisement, de même que lorsque les relations sont difficiles ou face à un sentiment de « tourner en rond ».

Bien qu’il soit difficile d’aller chercher de l’aide, il faut penser autrement. Se faire aider est un geste de force et de courage, et non de faiblesse. En donnant l’exemple, toute personne issue ou impliquée dans le domaine agricole peut faire une différence. À chaque problème, il y a une solution. Prendre le téléphone et le temps pour se faire aider, c’est investir dans un meilleur futur, pour changer sa vie de façon positive, un pas à la fois!

Des ressources à votre écoute

Réseaux Agriconseils
Montérégie-Est : 450 774-6383
Montérégie-Ouest : 450 427-2000, poste 5130

Au Cœur des Familles Agricoles : 450 460-4632

Tel-Aide : 514 935-1101

Ligne provinciale d'interv​ention téléphonique en prévention du suicide : 1 866 APPELLE (277-3553)

 
Texte intégral: journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 16 juillet 2015

 
Ne pas remplir ce champs

Dernière mise à jour : 2020-06-30

Menu de bas de page

Aller au Portail du gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2022