Comment ne pas perdre les savoir-faire intuitifs de vos opérateurs et en réussir la tranmission

François Beaulieu
Conseiller en transformation alimentaire
MAPAQ Montérégie-Ouest

La vague prévisible de départs à la retraite d’ici 2020 dans les entreprises manufacturières devrait particulièrement inciter les chefs d’entreprises du secteur de la transformation alimentaire à l’importance de consolider les savoir-faire d’individus ayant souvent cumulé plusieurs dizaines d’années d’expérience. Ne pas agir peut compromettre le maintien de la qualité des produits qui seront confectionnés dans ces usines.

Dans certaines entreprises alimentaires, il existe un savoir relativement ancien, basé sur l’expérience, qui n’est pas formalisé et que les employés ne savent pas forcément expliquer. Par exemple, quand la température ou l’humidité change dans l’usine, les opérateurs modifient les paramètres des fours de cuisson, en s’appuyant sur des réflexes et des habitudes développées au fil des décennies. De subtils ajustements qu’il faut identifier et consigner pour être capable d’expliquer aux recrues quels réglages effectuer, quand les faire et surtout pourquoi agir de la sorte. À défaut d’identifier ces savoir-faire et de bien les transmettre, une entreprise pourrait subir une baisse marquée de l’apparence d’un produit en l’absence fortuite d’un opérateur clé sur la chaîne de fabrication. Une telle situation pourrait avoir pour résultante le rejet d’un grand nombre d’unités, ce qui réduit passablement la productivité de l’entreprise. Imaginez l’impact si l’opérateur clé ne peut pas reprendre son poste!

Capter les savoir-faire clés de l’entreprise


Capter les savoir-faire clés de l’entreprise (tant sur la façon de produire que de conditionner les produits), puis transmettre ces connaissances aux nouveaux qui arrivent est un objectif et même un enjeu de taille pour plusieurs industriels. La très petite entreprise (TPE) de type artisanal n’y échappe pas, particulièrement lorsque le savoir-faire n’est pas dans les mains du chef d’entreprise.

Maîtriser les bons niveaux de savoir


Dans les usines de plus grande taille, des tuteurs potentiels sont identifiés et pressentis par leur contremaître, le responsable de la formation ou le patron. Ceux qui acceptent cette mission sont regroupés par métier pour formaliser les bonnes pratiques et développer des modules de formation spécifiques, depuis la réception des matières premières jusqu’au conditionnement. Les experts du groupe s’assurent que les bons niveaux de savoir seront transmis. Les apprenants sont ceux entrés récemment dans l’entreprise ou affectés à un nouveau poste. De plus, il faut impérativement miser sur la polyvalence des opérateurs. Les formations sont à la fois théoriques et pratiques, en salle et sur la ligne de production. Le tuteur devra enseigner, animer des sessions face à ses collègues et partager ses savoir-faire. Les sessions peuvent durer qu'un seul quart de travail ou s’étendre sur deux à trois jours. Pour développer l’entraide et réduire la pression, elles réunissent souvent deux tuteurs et quatre élèves. Un tutorat individuel peut aussi être mis en place. L’apprenant est suivi par un tuteur jusqu’à ce qu’il maîtrise le savoir-faire.

Une façon de faire « payante »!


À terme, les employés ainsi formés sont plus autonomes, efficaces et épanouis, car ils maîtrisent mieux ce qu’ils font. Des liens plus étroits se tissent immanquablement entre les générations d’opérateurs. Les tuteurs y trouvent une vraie satisfaction et en sortent majoritairement ravis.

Cette approche permet de transmettre la fierté d’un travail noble, parfaitement maîtrisé, hérité parfois d’un savoir-faire ancestral sur des produits de qualité. Un levier supplémentaire de motivation et d’engagement.

La principale difficulté? S’organiser pour libérer les ressources afin que les formations se déroulent malgré les impératifs de production. De plus, il faut pouvoir gérer les arrêts de production pour les travaux pratiques et prendre en compte les coûts associés.

Cela dit, il est difficile de chiffrer les gains à court terme. Il faut être convaincu de la démarche. Mais une chose est certaine, si vous agissez maintenant sur vos savoir-faire, vous ne serez pas pris au dépourvu lorsque la vieille garde ou l’opérateur clé tirera sa révérence. Un jour ou l’autre, cette démarche sera « payante »!

Comment ne pas perdre les savoir-faire intuitifs

Photo :  www.les-photos-gratuites.com

Texte intégral: journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 4 juin 2015

 
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Dernière mise à jour : 2015-07-28

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