Comprendre et prévenir la résistance des ravageurs aux insecticides

Mario Leblanc, agronome, conseiller en horticulture maraîchère
Direction régionale de la Montérégie-Ouest
Ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation

Lorsqu’on utilise de manière répétitive le même insecticide pour lutter contre un ravageur, on sélectionne inévitablement à l’intérieur de la population de cet insecte les individus qui sont, en raison de leur génétique particulière, résistants au produit appliqué, et on encourage leur multiplication. Bien qu’au départ le nombre de ces individus soit extrêmement faible, il augmente au fil des générations, de sorte que, après un certain temps, le produit devient inefficace. C’est ce qu’on appelle le développement de la résistance. Plus l’insecte est abondant et plus il se reproduit vite, plus cette résistance progressera rapidement. Le développement de la résistance a de graves conséquences puisqu’il conduit à la perte du produit comme méthode de lutte efficace.

Des cas concrets de résistance

Tous les ravageurs contre lesquels des traitements fréquents sont nécessaires sont susceptibles de développer de la résistance. Au Québec, par le passé, quelques cas de résistance ont pu être confirmés (ex. : le doryphore de la pomme de terre et la fausse-teigne des crucifères). Présentement, on soupçonne un niveau de résistance élevé pour plusieurs combinaisons ravageur-produit (voir l’« État de la situation » mentionné comme référence à la fin de l’article). La résistance ne touche pas que les insecticides de synthèse, elle atteint aussi les bio-insecticides (ex. : spinosad et Bacillus thuringiensis). Elle représente donc une menace bien réelle aussi pour les cultures en régie biologique.

Les mesures préventives

La meilleure façon de prévenir la résistance consiste à utiliser en alternance des insecticides homologués pour le même usage (combinaison culture-ravageur) appartenant à des groupes différents. Les insecticides sont classés par groupes en fonction de leur mode d’action. Lorsqu’un insecte est résistant à un groupe d’insecticides particulier, c’est qu’il possède des caractéristiques qui lui permettent de contourner le mode d’action des produits de ce groupe. Toutefois, à moins de cas spéciaux (résistance multiple ou croisée), cet insecte demeure vulnérable aux autres insecticides possédant un mode d’action différent. Le fait d’utiliser en alternance des produits appartenant à des groupes différents réduit donc considérablement le risque d’apparition d’insectes résistants.

Plus le nombre de produits utilisés en alternance est grand, plus le risque sera faible. Malheureusement, pour certaines combinaisons culture-ravageur, peu d’insecticides de groupes différents sont homologués, ce qui limite les possibilités. Lorsque c’est possible, on peut aussi utiliser des insecticides comme des savons et des huiles. Ces produits, qui ne sont pas associés à un mode d’action précis, ont peu de risque d’être touchés par la résistance.

Quand des méthodes de lutte, autres que les insecticides, sont disponibles, on a tout avantage à les utiliser. Ces méthodes, qui s’attaqueront sans distinction aux insectes sensibles et aux insectes résistants, contribueront donc aussi à réduire la population de ces derniers. Parmi ces méthodes, on peut mentionner l’introduction des espèces utiles comme les trichogrammes. La destruction des tiges de maïs, qui est recommandée pour combattre la pyrale, est aussi un bon exemple.

Un suivi rigoureux mettant à profit le piégeage et le dépistage, parce qu’il permet d’intervenir au bon moment (seuil d’intervention), est également recommandé. Des interventions trop hâtives peuvent avoir pour effet d’augmenter le nombre de traitements requis et la pression de sélection sur le ravageur. De même, les interventions tardives se révèlent néfastes parce que la probabilité de trouver des individus résistants est toujours plus élevée dans une large population que dans une plus petite. On doit aussi veiller à appliquer le produit au moment où l’insecte est à son stade de développement le plus vulnérable.

La qualité des traitements quant à l’uniformité de la pulvérisation a aussi une grande importance. Davantage d’individus résistants seront sélectionnés si la quantité de produit appliquée n’est pas suffisamment élevée et, bien que leur niveau de résistance soit intermédiaire, ils auront plus de chance de se croiser entre eux, pour engendrer ensuite des individus hautement résistants. L’utilisation d’une dose inférieure à celle qui est inscrite sur l’étiquette est donc aussi à proscrire.

Pour en apprendre davantage

Le document de référence suivant, publié par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), permet d’en apprendre davantage sur le sujet : Vanoosthuyse, F., A. Firlej et D. Cormier. 2018. La résistance des insectes et des acariens aux pesticides – État de la situation pour les espèces agricoles présentes au Québec. Feuillet synthèse IRDA. 12 pages.


Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 9 mai 2019

 
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Dernière mise à jour : 2019-05-17

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