Épandage de lisier : comment fertiliser sans compacter

Louis Robert
Agronome, M. Sc., conseiller en grandes cultures
MAPAQ Montérégie-Est

Lorsque vous épandez du lisier, ou faites épandre, votre objectif est-il de vider la fosse le plus rapidement possible ou d’améliorer la fertilité de vos champs? Une citerne de 3000 gallons contient l’équivalent de 200 $ en éléments fertilisants, sans compter sa valeur comme amendement (matière organique, stimulation de l’activité biologique, etc.). Mais un seul passage en mauvaises conditions peut aussi occasionner des pertes de rendement cumulatives bien supérieures à 200 $.

Comme gestionnaire d’effluents d’élevage, vous vous sentez souvent coincé : beaucoup à épandre sur une grandeur limitée, peu de temps (pression de l’entrepreneur forfaitaire, semis à réaliser, réglementation, etc.), fosse qui déborde ou presque, voisinage, etc. Autant de facteurs qui ont amenés à voir le chantier d’épandage comme une vidange de fosses plutôt que pour ce que c’est vraiment, soit une opération de fertilisation. Comment sortir de cette impasse? D’abord en planifiant d’avance, et c’est la raison pour laquelle cet article, traitant des bonnes pratiques d’épandage, vous parvient en février plutôt qu’au printemps. Car c’est bien dès cet hiver, lors de la rencontre avec votre agronome, que vous devez planifier vos épandages pour 2016.

On reconnaît maintenant que l’épandage de lisier (bovins, porcs) en octobre peut, sous certaines conditions, procurer une excellente valeur fertilisante, comparable à l’application de printemps, sans accroître les risques environnementaux. De plus, les risques de compactage du profil sont souvent moindres qu’au printemps, étant donné que la nappe d’eau n’a pas encore remontée. De ce fait, on ouvre une fenêtre d’épandage très intéressante (après soya, maïs ensilage, etc.), du moins pour une partie de l’accumulation annuelle. Une opportunité qui devrait être incluse dans le plan agroenvironnemental de fertilisation (PAEF), au même titre que les autres chantiers prévus.

Des mesures visant l’augmentation de la surface de contact des roues sur la surface (réduction de la pression des pneus, doublage des roues, chenilles, etc.) sont de bons moyens pour réduire le risques de compaction « de surface », les traces ou « rayages », mais ne réduisent d’aucune façon les risques de compaction de profondeur qui, eux, sont strictement reliés à la charge par essieu. La charge maximale à ne pas dépasser pour éviter les dommages liés à la compaction est de 9 tonnes métriques/essieu en condition de profil sec (5,5 t.m./essieu si profil humide). Une charge excessive peut causer de la compaction très durable jusqu’à 90 cm de profond sans que ça paraisse en surface. La compaction de profondeur est un problème beaucoup plus difficile à corriger que la compaction de surface. Elle est aussi beaucoup plus répandue.

Le but que vous poursuivez, ou devriez poursuivre, lors de la planification des chantiers d’épandage, est de synchroniser le mieux possible la fourniture de l’azote disponible (nitrates) de l’engrais de ferme, avec la période d’absorption intensive de la culture. La période idéale variera énormément selon le type d’engrais de ferme (fumier pailleux, lisier) et même entre des lisiers en apparence semblable. Votre agronome pourra, en tenant compte de la composition du matériel (proportion de l’azote totale sous forme ammoniacal, rapport C/N) et de votre rotation, vous suggérer plusieurs occasions d’épandage qui seront retenues dans le PAEF.

En fait, il faut garder à l’esprit quelques principes généraux (mais importants) lors de la planification des épandages :

  • Pour assurer la viabilité à long terme de l’entreprise, la charge de phosphore produite par le cheptel ne devrait pas excéder 40 à 50 kg P2O5 par hectare de superficie en culture, et par année (à voir comme un objectif à long terme).
  • Idéalement, on devrait planifier les épandages avant les cultures. Il est toujours plus facile de modifier le choix des cultures que de modifier la composition de l’engrais de ferme, ou du type de sol !
  • Gardez toujours le contrôle des opérations lors des chantiers d’épandage. Si le travail à    forfait ne répond pas à vos exigences, considérez les alternatives, car les dommages       peuvent être durables.
  • Tous les champs de l’entreprise (incluant les locations) devraient bénéficier d’un épandage 
    à dose agronomique et à intervalle régulier, selon le plan de rotation. Par exemple, 3000 gallons à l’acre d’un lisier de porcs de composition moyenne apportent tous les éléments fertilisants requis à une rotation maïs-soya-blé, avec un peu d’azote minéral pour le blé et un démarreur au semis du maïs. 
  • Prévoir dans le PAEF entre trois et six chantiers d’épandage, encore une fois en respect du
    principe de la rotation, et en prenant pour acquis qu’au moins un ou deux ne se réaliseront pas (conditions climatiques, urgence pour autre tâche, bris mécanique, construction, etc.). 
  • En tout temps, respectez la capacité portante du profil, qui est plus importante que celle uniquement de la surface. Il est très facile de créer de la compaction, mais beaucoup plus difficile de la corriger. Un récente étude a démontré que le rendement de maïs et soya avait été réduit de 33 % en moyenne par un seul passage de citerne au printemps en condition de profil saturé d’eau.
  • Procédez à une incorporation peu profonde mais rapide du lisier après l’épandage.

La pesée d’équipement est un service offert par les clubs-conseils en agroenvironnement de la région, en collaboration avec le MAPAQ.

Photo: Louis Robert, MAPAQ




 

Lien utile

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 11 février 2016

 
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Dernière mise à jour : 2016-05-30

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