Une méthode qui rend un ravageur majeur des vergers confus et désorienté

Daniel Cormier
Chercheur en cultures fruitières
IRDA, Centre de Saint-Bruno-de-Montarville

Karine Bergeron, agronome,
Conseillère en pomiculture et viticulture
MAPAQ Montérégie


En 2016 débutait une méthode de lutte alternative à l’utilisation d’insecticides pour lutter contre le carpocapse de la pomme, ravageur prépondérant depuis une dizaine d’année dans les vergers de pommiers du Québec.

Cent dix pomiculteurs québécois répartis dans les régions de la Montérégie, des Laurentides, de l’Estrie et de la Capitale-Nationale, et dont les vergers couvraient 987 ha, ont utilisé la méthode de lutte par confusion sexuelle pour lutter contre ce ravageur qui peut attaquer plus de 50 % des fruits en l'absence de mesure de lutte.

La méthode consiste à saturer le verger d’une phéromone sexuelle synthétique incluse dans des diffuseurs, de façon à confondre les papillons mâles dans leur recherche de papillons femelles et de s’accoupler. Dès la première année d’utilisation de la lutte par confusion sexuelle, nous avons observé, à l’échelle provinciale, une réduction de 95 % des captures de carpocapse de la pomme mâle dans les pièges Multi-Pher 1, comparativement à la moyenne des deux années précédentes. La réduction des captures indique que la méthode par confusion sexuelle a été efficace durant toute la saison dans ces vergers en modifiant le comportement sexuel des mâles. Ceux-ci ayant plus de difficulté à rejoindre les femelles, nous pouvions anticiper une réduction des accouplements et donc de la ponte ainsi que des dommages aux fruits.

Nous avons effectivement observé dans les vergers sous confusion sexuelle une diminution de 34 % des dommages aux pommes en fin de saison ainsi qu’une réduction de 34% du nombre de traitements insecticides ciblant le carpocapse de la pomme.

Ces résultats ont été possibles grâce au financement du MAPAQ dans le cadre du programme Prime-Vert, volet 1 (intervention en agroenvironnement par une exploitation agricole) et du volet 3,2 (utilisation à grande échelle de la confusion sexuelle pour lutter contre le carpocapse de la pomme dans les vergers québécois).

Débuté au printemps 2016 sous la coordination du chercheur Daniel Cormier de l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA), le projet s’est déroulé en cinq étapes. La première étape a consisté en cinq rencontres d’échanges et d’information destinées aux pomiculteurs. Ces rencontres se sont effectuées au mois de mars et d’avril 2016 dans les régions pomicoles de la Montérégie-Ouest, de la Montérégie-Est, des Laurentides et de la Capitale-Nationale. La seconde étape consistait à réunir tous les conseillers pomicoles privés et publics afin de les renseigner sur cette méthode de lutte dont les bases sont différentes de celles de l’utilisation des insecticides. Par la suite, les conseillers ont assisté les pomiculteurs lors de l’implantation de la méthode dans leurs vergers et du suivi de l’évolution des captures de mâles et des dommages aux fruits durant la saison de croissance. Suite à la compilation des données et à leurs analyses, les résultats ont indiqué : 

  • une augmentation de 288 % des surfaces (ha) en confusion comparativement à 2015
  • une augmentation de 223 % du nombre de producteurs utilisant la méthode de lutte
  • une diminution annuelle de 0,92 application d’insecticide contre le carpocapse
  • une diminution des dommages aux pommes de 1,18 % à 0,78 % selon la densité de population du ravageur et les antécédents.

Pour 2017, nous souhaitons une augmentation de la participation des pomiculteurs afin que la lutte par confusion sexuelle contre le carpocapse atteigne une superficie de 1 250 ha à l’échelle provinciale. Nous pouvons également anticiper une réduction supplémentaire du nombre de traitements insecticides dirigés contre le carpocapse. Cette réduction combinée à celle de 2016 contribuera à la réduction de 25 % des risques associés à l’utilisation des pesticides, telle que visée par la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture.

Liens utiles

Pour plus d’informations concernant ce projet et les critères d’admissibilité, les pomiculteurs sont invités à manifester leur intérêt auprès de leur agronome conseil ou de leur conseiller pomicole du MAPAQ.

Daniel Cormier

La méthode de la confusion sexuelle consiste à saturer un verger d’une phéromone sexuelle synthétique incluse dans des diffuseurs, de façon à confondre les papillons mâles dans leur recherche de papillons femelles et de s’accoupler.

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 6 avril 2017

 
Ne pas remplir ce champs

Dernière mise à jour : 2017-09-19

Menu de bas de page

Aller au Portail du gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2019