Des bandes fleuries sur votre entreprise? Pourquoi pas!

Elisabeth Lefrançois, agr.
Conseillère en productions fruitières émergentes et horticulture biologique
MAPAQ Montérégie


Entreprise découlant du travail de cinq générations sur la terre du Grand Rang à Saint-Hyacinthe, Les Serres Rosaire Pion se spécialisent dans la production de vivaces et de fines herbes. La 6e génération a même déjà commencé à travailler dans différents secteurs de l’entreprise. Cette entreprise cultive son savoir-faire en s’entourant de professionnels au sein de l’entreprise, en travaillant avec des conseillers externes ainsi qu’en étant ouverte à l’innovation. Ceci avec l’objectif d’offrir des produits de qualité et un environnement de travail sain pour leurs employés. C’est d’ailleurs le souci de la santé des travailleurs et de l’environnement qui les a dirigés, il y a plus de 10 ans, vers la lutte intégrée.

L’adoption des pratiques de lutte intégrée s’est faite sur plusieurs années à mesure qu’ils se familiarisaient avec les techniques et découvraient de nouveaux produits. Leur travail avec l’Institut québécois du développement de l’horticulture ornementale (IQDHO) a fortement contribué à l’évolution de l’entreprise. Cette démarche a démarré avec l’équipe responsable de la gestion phytosanitaire dans l’entreprise. Les propriétaires, Caroline et Dominic Pion, ont tout de suite accepté l’idée et y ont adhéré. Ces pratiques ont été implantées en premier lieu dans les serres et les tunnels de production. Ils commencent tranquillement à déployer ces pratiques sur les tapis de production et en champ.

Biopesticides et introduction d’insectes bénéfiques

Parmi leurs pratiques de lutte intégrée, Les Serres Rosaire Pion utilisent des biopesticides et introduisent des insectes bénéfiques. L’introduction entre autres d’Orius sp. pour le contrôle des thrips donne de très bons résultats dans les serres. De plus, la réduction des traitements phytosanitaires leur a permis d’observer une diversité d’insectes bénéfiques présents naturellement sur l’entreprise. C’est ainsi que l’idée d’augmenter la biodiversité naturelle par l’utilisation de bandes fleuries a fait son entrée.

Projets biodiversité en 2016

En 2016, l’entreprise a implanté deux projets en biodiversité. Isabelle Fortin, agronome responsable de la phytoprotection dans l’entreprise, était la chef d’orchestre de tout cela. En juin, l’entreprise a implanté une bande fleurie dans un champ adjacent aux tapis de production qui était habituellement laissé en jachère. Ce projet a été réalisé en vertu du sous-volet 1 du programme Prime-vert 2013-2018 du MAPAQ.

L’implantation, composée d’annuelles et de vivaces, a donné une belle zone fleurie, mais a aussi permis de faire plusieurs apprentissages. L’un de ces apprentissages est le fait que la caractérisation et la préparation du terrain sont des étapes primordiales pour obtenir une bande uniforme et vigoureuse. Elles ne doivent pas être laissées au hasard.

Garder une portion des semences peut aussi être une bonne idée. Voici pourquoi : suite à l’implantation de la bande, l’équipe des Serres a retrouvé énormément de galinsoga dans leur champ, une mauvaise herbe qu’ils n’avaient encore jamais vue dans cette parcelle. En 2016, ils n’avaient pas gardé de semences, et ils n’ont donc pas pu vérifier la présence de graines de galinsoga dans le mélange. Par la suite, ce fut fait. Un producteur averti en vaut deux ! Malgré tout, la bande fleurie s’est très bien développée et au mois de juillet, il y avait une quantité et une diversité d’insectes impressionnante. Il n’y a pas eu de suivi scientifique strict, mais cette année-là, ainsi que la suivante, aucun traitement insecticide n’a été requis dans les chrysanthèmes sur le tapis de production adjacent à la bande fleurie.

Le deuxième projet avait pour objectif d’évaluer l’implantation de bandes fleuries sur les populations de thrips dans les hémérocalles en pot. Ce projet a été réalisé en collaboration avec l’IQDHO, l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA) ainsi que le MAPAQ. Des pots fleuris ont été distribués dans une parcelle d’hémérocalles en pot. Les espèces florales (alysson, calendule et cosmos) ont été sélectionnées pour leur attrait à Orius sp., un prédateur connu des thrips. Des tournesols ont été ajoutés à la demande des propriétaires, en mémoire de leur père.

Pendant toute la saison, des observations sur les populations de thrips, des autres insectes ravageurs connus, ainsi que des insectes bénéfiques ont été faits dans les hémérocalles et les bandes fleuries. Les mêmes observations ont été réalisées dans une parcelle d’hémérocalle témoin à plus de 30 m des bandes fleuries. Les résultats ont été présentés lors de la journée des producteurs de serre de l’IQDHO en février 2017. La présentation est disponible sur le site d’Agri-Réseau. Ce projet a permis d’en apprendre plus sur les dynamiques des populations de thrips et leurs prédateurs au cours de la saison, de se familiariser avec le suivi requis par les bandes fleuries, ainsi qu’avec les différentes espèces de plantes à fleurs.

Retombées pour l’entreprise et vision pour l’avenir

La démarche vers la lutte intégrée et les projets de bandes fleuries ont eu plusieurs impacts très positifs pour l’entreprise. En plus de réduire l’utilisation des pesticides, et ainsi d’améliorer les conditions de travail, l’adoption de la lutte intégrée a changé le rapport des employés avec les méthodes de contrôle des ravageurs. Isabelle Fortin raconte : « Quand on voit un ravageur, on ne dit plus : “ Ah non! Je vais devoir appliquer un pesticide”, on se dit plutôt : “Oui! Je vais mettre des insectes bénéfiques” ». De plus, l’équipe de phytoprotection a su créer un climat de collaboration avec les différents employés des autres secteurs de l’entreprise qui contribuent tous par leurs observations anecdotiques à bonifier les observations faites lors des dépistages hebdomadaires. Par ailleurs, les projets de bandes fleuries permettent aux employés de libérer leur créativité, et de casser la monotonie. Ils sont une source d’apprentissage et de développement des compétences.

L’équipe de phytoprotection est très proactive pour se créer des outils de travail. Ils ont créé un guide pour faciliter le suivi entomologique pour la lutte intégrée et ont monté une banque de photos pour suivre le développement des bandes fleuries et des insectes présents dans celle-ci. Tous ces aspects contribuent au sentiment de fierté des employés.

Les bandes fleuries sont là pour rester aux Serres Rosaires Pion. Une nouvelle bande devrait être implantée en 2018 dans un champ d’hémérocalles. L’objectif est encore une fois de favoriser la présence d’Orius sp. qui est un excellent moyen de contrôle pour les thrips, lorsqu’introduits. « Il serait vraiment intéressant de pouvoir implanter des bandes fleuries tout le long des tunnels, plutôt qu’avoir à gérer les mauvaises herbes », conclut Isabelle Fortin.

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Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 7 juin 2018)

 
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Dernière mise à jour : 2018-07-11

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