Le semis direct, ce n'est pas seulement changer de semoir

Odette Ménard, ing. et agr.
Conseillère en conservation des sols et de l’eau
MAPAQ Montérégie


Vous avez décidé d’adopter une pratique pour mettre en valeur la santé de vos sols (semis direct, cultures sur billons permanent)? C’est une décision importante qui implique davantage que de changer de semoir! La clé du succès pour adopter le semis direct, et c’est vrai pour tous les choix de gestion faits sur nos entreprises agricoles, c’est d’accepter de voir notre agriculture avec des yeux nouveaux.

Changer sa manière de voir, ça demande beaucoup plus qu’une visite chez le concessionnaire de machineries. Faire du semis direct implique un changement des pratiques agricoles. L’étape «machinerie » arrive très bas dans la liste de réflexion. Voici ce que vous devriez considérer :

1. Les caractéristiques physiques et biologiques de mon sol. Quel est l’état actuel de santé de mon sol? Prenez le temps de faire des profils de sol sur votre ferme et de les interpréter.

2. Mon réseau d’influence. Est-ce que je connais des producteurs qui ont adopté avec succès le système que je préconise? Est-il simple d’aller les visiter? Est-il facile de se joindre à des groupes d’échanges?

3. La gestion de l’eau. Comment se comporte l’eau dans mon champ? Qu’est-ce qui empêche une mouvance optimale, autant en surface du sol que dans son profil?

4. La compaction. Mon sol est-il compacté? Quelle en est la cause? Comment aborder cette cause dans l’élaboration de mon nouveau système?

5. Le pH. Il doit être optimal. Prenez le temps de le corriger avant tout.

6. Les adventices (« mauvaises herbes »). Quelle est leur dynamique? Quelles sont mes méthodes de contrôle? Comment prévenir leur résistance?

7. La fertilité actuelle de mon sol. Quelle est l’efficacité azotée de mon sol? Quelles sont ses capacités de nourrir mes plantes?

8. La rotation. Quelle est-elle? Qu’est-ce qui motive mon choix de rotation? Quelles sont les plantes que je pourrais introduire ?

9. Les cultures de couverture. Ces merveilleuses plantes qui assurent le relais entre l’établissement des cultures commerciales. Quels objectifs est-ce que je veux accomplir avec ces nouvelles compagnes?

10. La récolte. Est-ce que les voitures de grains suivent la moissonneuse et compactent mon sol? Est-ce que je suis toujours pressé, au risque de faire des ornières ?

11. La gestion des résidus. Comment les laisser après la récolte? Quelle quantité sera produite? Comment assurer la reprise au printemps? Quels seront les impacts de ce couvert sur le prochain semis? Est-ce que ma chaine alimentaire est suffisamment dynamique pour décomposer adéquatement et efficacement tous ces nouveaux résidus en surface du sol?

12. Voilà enfin le moment de la machinerie. Prenez le temps de définir vos besoins, de visiter d’autres fermes qui ont adopté une pratique semblable et de choisir le modèle qui conviendra le mieux à vos sols.

Pour assurer un changement optimal, il faut d’abord changer sa façon de voir les choses. N’hésitez pas à demander des conseils à un professionnel qualifié.

 

Adopter la pratique du semis direct va au-delà du changement de semoir sur la ferme. Ça implique de nombreuses étapes, dont celle de bien connaître son sol. (Photo : Francisca Muller) 


Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA) 24 août 2017

 
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Dernière mise à jour : 2018-01-30

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