Pensez-y deux fois avant d'appliquer des fongicides dans le soya!

Yvan Faucher
Agronome, conseiller en grandes cultures
MAPAQ Montérégie, secteur Est


On parle beaucoup de l’augmentation des ventes de pesticides au Québec en ce moment. Les herbicides sont de loin les produits les plus vendus au Québec avec une proportion de 68,2 % des ventes totales de pesticides, alors que les fongicides représentent 15,2 %. Les fongicides sont cependant responsables de la plus forte augmentation des indices de risque pour la santé (6 %) et l’environnement (10%), par rapport à la période de référence 2006-2008 (réf. : Bilan des ventes, MELCC).

Dans la culture du soya, l’utilisation des fongicides est relativement récente et ne fait pas nécessairement l’unanimité et ce, pour plusieurs raisons :

  1. L’efficacité des fongicides peut varier en fonction du type de produit utilisé et de la présence ou de l’absence de maladie (réf. : Gilles Tremblay, chercheur en régie des cultures, CEROM).
  2. Pour la lutte au champignon sclérotinia, l’application doit être effectuée en prévention de la maladie. La décision de traiter ou non repose donc sur de la spéculation. Elle devient un outil de gestion de risque plutôt qu’un outil de gestion intégrée des ennemis des cultures. Cette maladie, communément appelée moisissure blanche, est responsable de la majeure partie des pertes de rendement observés dans le soya.
  3. Dans le soya, la plupart des fongicides homologués au Québec ne contrôlent que partiellement le sclérotinia.
  4. La rentabilité de leur utilisation n’est pas toujours au rendez-vous. Selon Luc Belzile, agronome et chercheur en économie de l’agroenvironnement à l’IRDA, les fongicides foliaires offriraient de faibles perspectives de rentabilité.
  5. Plusieurs maladies foliaires du soya québécois ne sont pas contrôlées par les fongicides : brûlure bactérienne, mildiou, virus de la mosaïque du soya et maladies foliaires d’origine racinaires.
  6. Les fongicides pourraient avoir des effets indésirables comme, par exemple, d’éliminer les champignons entomopathogènes qui sont utiles parce qu’ils s’attaquent aux pucerons du soya. Il semble aussi que les fongicides pourraient être une des causes du syndrome de la tige verte dans le soya. Cette affirmation doit cependant être étudiée plus en profondeur.
  7. Les applications répétées peuvent engendrer le développement de la résistance aux fongicides.

Résultats sur le sclérotinia

Malgré tout, certains résultats d’essais réalisés au Québec dans les dernières années ont témoigné qu’avec des champs affectés par le sclérotinia, deux applications de fongicides foliaires, au stade de croissance du soya recommandé, étaient rentables.

Toutefois, pour être efficace, les applications foliaires doivent être appliquées avant l’éclosion de la maladie, de façon préventive. Il est cependant difficile de prévoir l’éclosion de la maladie.

De plus, on ne peut pas se baser sur un seul moyen de lutte pour contrôler cette maladie. Il est donc primordial, pour le producteur, de prendre les bonnes décisions de régie pour éviter d’avoir à gérer le risque avec des fongicides foliaires qui peuvent aussi diminuer sa rentabilité.

Voici, en rappel, quelques points à considérer pour diminuer l’incidence du sclérotinia :

  • Le choix de la variété : certaines variétés tolèrent mieux la maladie. Choisir des variétés plus courtes ayant une très bonne tenue.
  • L’historique du champ : tenir compte de la présence antérieure de maladie dans un champ.
  • La population et l’espacement entre les rangs.
  • La richesse du champ : le soya serait plus à risque dans les champs ayant une bonne capacité à fournir l’azote (matière organique, antécédent de fumier/lisier).
  • Le travail du sol : le soya en semis direct est moins à risque qu’en travail conventionnel.

Le climat joue aussi un rôle primordial dans le développement des maladies fongiques et les producteurs n’ont aucun contrôle sur cet aspect. Il faut cependant garder en tête que plusieurs conditions, autres que le climat défavorable, sont nécessaires pour se retrouver avec cette maladie dans les champs. Vos décisions de régie peuvent donc faire toute la différence.

Pensez-y deux fois avant d’appliquer des fongicides dans le soya. En tenant compte des points mentionnés plus haut, l’application de fongicides foliaires dans le soya demeure un outil de contrôle des maladies foliaires sans garantie de rentabilité.

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 2 juin 2016

 
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Dernière mise à jour : 2018-12-27

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