Résultats d'un réseau de parcelles avec et sans atrazine

Stéphanie Mathieu, agr.,
Conseillère en grandes cultures
MAPAQ Montérégie

Historique du projet

La Stratégie phytosanitaire québ​écoise en agriculture (SPQA) a comme objectif principal de réduire de 25 % les indices de risques pour la santé et l’environnement associés aux pesticides d’ici 2021. À l’automne 2015, nous réalisions que nous n’avions que peu de chances d’atteindre l’objectif provincial de la SQPA. Ainsi, en collaboration avec les clubs-conseils en agroenvironnement (CCAE) de la Montérégie, nous avons mis sur pied un projet nous permettant de redoubler d’efforts afin de diminuer les risques liés aux pesticides sur les entreprises. Pour ce faire, nous avons ciblé l’usage de deux pesticides à haut risque, soit les traitements de semences insecticides de type néonicotinoïdes ainsi que l’atrazine. Le présent article traitera du volet herbicide du projet.

Caractéristiques de l’atrazine

L’atrazine est un herbicide du groupe 5 qui contrôle principalement des feuilles larges telles que la petite herbe à poux, le chénopode blanc, la renouée persicaire, etc. La seule graminée indiquée à l’étiquette est la folle avoine. Cet herbicide pénètre la plante principalement par les racines, mais également par le feuillage, et il migre ensuite vers ses points de croissance. L’atrazine est utilisée en raison de son action résiduelle et de son faible coût. Elle est homologuée avec plusieurs herbicides et se retrouve dans de nombreuses formulations commerciales. Depuis la venue des herbicides du groupe 27, l’atrazine a regagné en popularité pour son effet synergique avec plusieurs de ces produits. Par exemple, elle est ajoutée au Callisto® pour améliorer le contrôle de la petite herbe à poux.

L’atrazine est le cinquième pesticide le plus vendu au Québec en plus d’être utilisée sur près du quart des superficies en maïs sur le territoire (Présence des pesticides dans l’eau du Québec, 2011-2014, MDDELCC). Depuis mars 2018, le Code de gestion des pesticides en restreint l’usage en l’incluant dans la liste des pesticides qui peuvent être utilisés « sous prescription ».

Parcelles comparatives

Au cours des saisons 2016 et 2017, 46 parcelles comparatives avec et sans atrazine ont été réalisées sur des entreprises de la Montérégie. Les régions de Lanaudière et de Chaudières-Appalaches ont également pris la même initiative. Ces deux régions ont respectivement fait 19 et 20 parcelles pour un total de 85 sites pour les 3 régions. Dans le cadre du projet, le traitement herbicide à l’essai était au choix du producteur. Au cours des deux années, 89 % des mélanges pulvérisés contenaient un herbicide du groupe 27. Avant le passage de l’herbicide, un plastique était installé à cinq endroits dans chacun des traitements. Cette surface non traitée servait de témoin enherbé. Pour chaque parcelle, une bande équivalant à la largeur du pulvérisateur et contenant le traitement herbicide sans atrazine était comparée à une surface similaire traitée avec le même traitement contenant de l’atrazine. Environ quatre semaines après le traitement herbicide, une lecture du recouvrement de chacune des mauvaises herbes était réalisée dans les quadrats enherbés et dans ceux traités. Également, des prises de rendements manuels ont été effectuées à l’automne à proximité des cinq quadrats pour chacun des deux traitements.

Des résultats rassurants

Si l’on regarde le portrait de la pression des mauvaises herbes des 79 champs à l’essai, on constate que 70 % d’entre eux étaient considérés comme infestés de mauvaises herbes. Cela constitue un bon point de départ pour un essai portant sur des herbicides.

Les données obtenues ont été traitées de façon statistique. Sur 85 parcelles, 6 parcelles ont été éliminées en raison d’erreurs techniques. Sur les 79 parcelles conservées, seulement 5 ont révélé une efficacité de désherbage moindre avec le traitement sans atrazine comparativement au traitement avec atrazine. Le tableau ci-dessous donne un aperçu de l’efficacité du désherbage dans ces champs.

   Traitement herbicide
(avec et sans atrazine)
   % de recouvrement moyen des témoins enherbés    % de recouvrement moyen des quadrats traités   Espèces de mauvaises herbes moins bien contrôlées 
 Sans atrazine  Avec atrazine  Sans atrazine  Avec atrazine
 Armezon  81  80  16  0,2  Petite herbe à poux, chénopode, panic
 Amerzon, glyphosate*  86  35  4,3  0,8  Renouées, chénopode
 Converge Flexx  4,9  2,2  3,0  0,4  Renouée liseron, Echinochloa pied-de-coq
 Glyphosate  23  8  7  1,4  Chénopode, galingsoga ricinelle, pied-de-coq, etc.
 Halex + glyphosate  31  6  6,0  0,2  Pissenlit et ricinelle


Le seul champ qui a subi une baisse de rendement causée par la pression des mauvaises herbes est identifié par un astérisque. Fait à noter, dans les témoins enherbés, il y avait 50 % plus de mauvaises herbes du côté du traitement sans atrazine. Ce champ ayant été désherbé tardivement, il est fort probable que l’impact sur le rendement ait eu lieu avant le traitement herbicide.

À la lumière de ces résultats, il est difficile de tirer des conclusions ou de faire des recommandations élargies par rapport à l’utilisation ou non de l’atrazine dans les mélanges herbicides. On peut cependant dire que, dans 94 % des champs étudiés dans le cadre de ce projet, l’atrazine n’a pas été essentielle à l’obtention d’un désherbage satisfaisant.

En somme, les parcelles, telles qu’elles ont été réalisées dans le cadre de ce projet, sont une façon accessible de recueillir de l’information fiable dans les conditions réelles de l’entreprise.

À l’approche de la saison de culture 2018, il est à souhaiter que ces résultats alimenteront la réflexion des producteurs et de leurs agronomes et les inciteront à faire leur propre essai à la ferme.

Liens utiles 

 

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 10 mai 2018

 
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Dernière mise à jour : 2022-04-01

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