La santé des sols, ça s'évalue comment?

​Louis Robert, agronome
Direction régionale de la Montérégie, secteur Est 
Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation


​On dit souvent que le sol est un écosystème « vivant ». Complexe, mais vivant, dans le sens de dynamique, d'évolutif. Une petite quantité de sol, comme celle que l'on prend dans une main, contient plus de micro-organismes (bactéries, champignons microscopiques, etc.) qu'il y a d'êtres hum​ains sur terre. Comme dans le cas de la santé humaine d'ailleurs, la santé du sol est d'abord une affaire de condition physique.

Un examen de santé du sol se déroule d'ailleurs pas mal comme un examen chez le médecin : auscultation (visuelle et tactile, mais pas auditive!), discussion avec le producteur sur les pratiques culturales passées (habitudes de vie), analyse de sol (sang), recommandations (traitement, ordonnance, etc.). Les étapes de l'auscultation et de la discussion sont extrêmement importantes parce qu'elles permettent d'établir un bon diagnostic, un préalable qui est, dans le cas du sol, trop souvent escamoté.

Certains vous proposeront, et ils ont déjà commencé, des analyses de laboratoire qui donneraient lieu à un diagnostic quantitatif, exprimé par une cote, de la santé de votre sol à l'aide d'un échantillon. Cela semble très attrayant : fini les « à peu près »! On obtient simplement un score (elle n'est pas si compliquée, la santé du sol !) et on n'aurait qu'à envoyer un échantillon (pris par un technicien ou par un agronome). Si elles peuvent être utiles dans certaines situations, de telles analyses ne sauraient remplacer une évaluation visuelle, au champ, de la structure du sol. C'est la conclusion d'une étude très sérieuse qui comparait des tests de laboratoire à un examen au champ : « Une évaluation visuelle semble être la seule méthode fiable pour déceler des dommages à la structure » (Mueller et al., « Evaluation of Soil Structure in the Framework of an Overall Soil Quality Rating », Soil and Tillage Research, mars 2013, vol. 127, p. 74-84).

Il ne faut pas se leurrer : il y a plusieurs propriétés physiques et biologiques d'un sol de champ qui ne peuvent être estimées de façon fiable au moyen d'un petit échantillon, forcément très perturbé et souvent peu représentatif : porosité, respiration microbienne, cohésion et structure. Vous sentiriez-vous en confiance si, pour un examen de santé, le médecin ne se basait que sur une « prise de sang », sans vous examiner ni vous rencontrer?

Il n'y a pas plus de raccourci possible pour ce qui est de votre sol : il vous faudra sortir votre pelle ronde, votre ruban à mesurer et votre couteau de poche pour l'ausculter, c'est-à-dire creuser des « profils » de 75 cm de profondeur, à différents endroits dans le champ. À chaque « horizon » (couche de sol qui se distingue visuellement par sa couleur ou sa texture), on note la façon dont se défont les mottes, la couleur, le degré d'humidité, l'étendue des racines, les galeries et la présence des vers de terre, les résidus de culture, etc. Il n'est vraiment pas nécessaire d'avoir fait des centaines d'examens pour en apprendre beaucoup sur le sol : le fait que l'on compare des horizons et des endroits dans le champ (mauvais ou bon rendement) aide beaucoup à l'interprétation et mène assez rapidement vers des pistes de solution. C'est une application très concrète de la méthode scientifique. Ne vous fiez jamais à un seul profil. Si vous ne vous sentez pas à l'aise de procéder par vous-même, faites-vous accompagner par un agronome. La plupart des clubs-conseils en agroenvironnement de la Montérégie comptent dans leurs rangs des agronomes formés aux profils de sol et offrent déjà le service.

Il existe également un autre indicateur, complémentaire des profils de sol, qui est très facile à utiliser : le « rendement relatif ». Il s'agit de mesurer le rendement en maïs, dans un champ donné, d'une parcelle sans azote (autre que le « démarreur ») par rapport au rendement du champ ou d'une parcelle juste à côté de la première, mais fertilisée d'azote comme l'ensemble du champ. En divisant le rendement à 0 N par le rendement à pleine fertilisation (X 100), on obtient un pourcentage qui s'avère représentatif de la capacité du sol à produire du grain sans aide extérieure, soit l'essence même d'un sol en santé. Dans le contexte qui nous intéresse, les réponses du maïs aux autres éléments fertilisants sont extrêmement rares. De surcroît, la mise en disponibilité de l'azote organique du sol est directement liée à l'activité microbienne, alors que la circulation de l'azote disponible (les nitrates) dans le sol ainsi que l'accès des racines à ces éléments dépendent en grande partie de la structure du sol. Outre qu'elle fournit une estimation quantitative propre à votre ou à vos champs quant à leur état de santé, cette donnée – le rendement relatif – est le facteur le plus important pour déterminer la bonne dose d'engrais azoté à utiliser (Schwalbert et al., « Corn Yield Response to Plant Density and Nitrogen: Spatial Models and Yield Distribution », Agronomy Journal, 2018, vol. 110, no 3, p. 970-982).

Rappelez-vous cependant : pour évaluer la santé du sol, rien ne peut remplacer les profils!

Un sol argileux compact (les racines empruntent les galeries des vers). Photo : Louis Robert, MAPAQ

La même texture de sol (argileux) et une belle structure grumeleuse. La structure d'un sol n'est pas statique; aussi les pratiques culturales auront des répercussions importantes sur la structure et sur la productivité du sol. Photo : Louis Robert, MAPAQ


​Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 9 janvier 2020

 
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Dernière mise à jour : 2020-01-09

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