​La sclérotiniose dans la culture du soya en 2019 : qu'avons-nous appris?

​Yvan Faucher, agronome, conseiller en grandes cultures
Direction régionale de la Montérégie-Est
Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation


 

Depuis plusieurs années, nous étudions le comportement de la sclérotiniose dans la culture du soya. Cette maladie très complexe demande, pour favoriser son développement, que certains facteurs soient réunis au bon moment, notamment une température plutôt fraîche, de l'humidité et une plante hôte au stade de croissance approprié. Aussi, bon nombre d'entre vous ont remarqué une apparition assez tardive de la maladie dans les champs de soya en 2019. Observons ce qui s'est passé par rapport aux deux années précédentes.

Tableau 1 – Température, précipitations et degrés-jours moyens pour les mois de juillet et août 2017, 2018 et 2019.


 

Le tableau précédent détaille les moyennes des données météo des trois dernières années pour les mois de juillet et d'août. On se souvient de l'année 2018 comme d'une année très chaude et sèche. La sclérotiniose n'a pas été très présente en 2018, principalement pour ces raisons. Les données météo du mois de juillet 2019 ressemblent beaucoup à celles de juillet 2018. Pour le mois d'août, on note des températures et des degrés-jours inférieurs en 2019 par comparaison avec 2018. Le mois de septembre, qui n'est pas représenté dans le tableau, a aussi été plus frais. Comme nous l'avons mentionné plus haut, la sclérotiniose se développe plus facilement par temps frais.

Les précipitations moyennes sont semblables pour les deux mois. Par contre, ce ne sont pas seulement les quantités de pluie qui peuvent influer sur le développement de la maladie, mais aussi leur durée et l'humidité du sol.


 

Figure 1 – Stade de croissance du soya et apparition de la 1er apothécie pour les trois dernières années en Montérégie. 

Légende :

S : Date du semis.​

R1 : Stade R1 du soya, correspondant au début de la floraison.

R3 : Stade R3 du soya, marqué par le début de la formation de la gousse.

R5 : Stade R5 du soya, correspondant au début de la formation des graines.

1re A. : Apparition de la première apothécie. Les apothécies sont les champignons qui libèrent les ascospores pour infecter la plante, principalement par l'entremise des fleurs du soya.​


La figure qui précède est très intéressante, car elle met en évidence les stades phénologiques du soya dans le temps à l'égard des trois dernières années. On peut considérer l'année 2017 comme « normale » sur le plan du développement phénologique dans le temps. En 2018, par contre, les stades sont plus hâtifs en raison d'une saison plus chaude. À l'opposé, en 2019, les stades sont retardés, principalement à cause d'un semis plus tardif et d'un climat moins favorable. La même tendance est observée dans la culture du maïs.

Si on regarde l'arrivée des premières apothécies, entre les stades R1 et R3, l'année 2017 est aussi considérée comme « normale ». Par contre, pour les années 2018 et 2019, les apothécies sont apparues après le stade R5. En 2018, les conditions climatiques n'étaient pas favorables au développement des champignons et des spores, ce qui explique la quasi-absence de la maladie en Montérégie. En 2019, le retard de la croissance du soya et les conditions climatiques ont provoqué l'apparition de la maladie en fin de saison. Nous avons aussi observé des champs très matures (stade R6-R7) infectés par la maladie (voir la photo).

Le stade R5 du soya, soit le stade du remplissage des graines, constitue une étape cruciale dans le développement du soya, car le plant connaît alors son pic d'activité. Un plant frappé par la maladie à ce stade aura des pertes de rendement importantes. Par contre, plus le plant est mature, moins la perte de rendement sera grande.

Ce résumé ne reflète pas toutes les situations observées dans leur détail. Comme nous l'avons indiqué d'entrée de jeu, la maladie est complexe et d'autres facteurs de risque, comme le cultivar de soya, l'espacement des rangs, la population, la fertilisation, etc., peuvent avoir eu une incidence sur le développement de la maladie.

Aurait-il été justifié d'utiliser des fongicides foliaires contre la sclérotiniose en 2019? Dans le cas d'une sclérotiniose tardive, les spores à l'origine de l'infection sont relâchés très tard, soit au stade R5 ou après. Des applications aux stades R1 et R3 comme cela est recommandé normalement sont inutiles étant donné l'absence de l'agent pathogène et le délai entre l'application du fongicide et l'arrivée des spores. Qui plus est, l'emploi d'un fongicide au-delà du stade R4 n'est pas recommandée.1

Références 1. Communication personnelle de Damon L. Smith, Ph. D., Université du Wisconsin-Madison.

Plant mature affecté par la sclérotiniose (voir la zone blanche de la tige, encerclée en rouge sur la photo). La perte de rendement sera minime.


 

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 6 février 2020


 

 
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Dernière mise à jour : 2020-02-17

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