​Le bicarbonate de potassium, un outil efficace pour lutter contre la tavelure des pommiers

Evelyne Barriault, agronome, conseillère viticole et pomicole, Direction régionale de la Montérégie-Ouest du MAPAQ

L’Agence de réglementation de la lutte parasitaire (ARLA) ayant récemment retiré l’homologation de certains fongicides (Polyram) et modifié l’usage de quelques autres (captane), les pomiculteurs devront changer leurs habitudes. Le bicarbonate de potassium pourrait bien représenter une solution intéressante. En plus d’être très efficace contre la tavelure, il est très peu toxique pour la santé et l’environnement et il est aussi peu coûteux. Toutefois, pour en assurer une pleine efficacité, il faut repenser la stratégie de lutte employée contre la tavelure et adapter ses façons de faire. Voici quelques conseils à ce sujet.
 
Tout d’abord, il faut savoir que, contrairement aux fongicides habituels, il est inutile de l’appliquer en protection avant la pluie. Il faut plutôt attendre que l’infection soit confirmée et l’appliquer durant la période de germination des spores de tavelure lorsque celles-ci sont présentes sur les feuilles de pommier. Le modèle RIMpro, accessible gratuitement en ligne, est particulièrement utile pour déterminer la période propice au traitement. En effet, le modèle indique par une ligne rouge le début de l’infection (élément no 2 de la figure). On peut voir, au bas du graphique, l’heure à laquelle l’infection débute. C’est à partir de ce moment que le traitement au bicarbonate peut commencer. La durée de la période optimale pour procéder au traitement varie selon la température : plus il fait chaud, plus il faut agir rapidement. C’est pourquoi il est question d’une période de 250 degrés-heures pour intervenir (soit 250 divisé par la température en degrés Celsius). Par exemple, s’il fait 10 ◦C, nous avons 25 heures pour appliquer le bicarbonate, mais s’il fait 20 ◦C, nous ne disposons que de 12 heures 30 minutes. Dans le graphique du modèle RIMpro, la période d’intervention se termine lorsque la ligne rouge de l’infection croise celle du nuage blanc (éléments nos 3 et 4 de la figure). Au-delà de cette période, le traitement perd graduellement de son efficacité jusqu’à l’atteinte du sommet du nuage orange, qui correspond à 400 degrés-heures après le début de l’infection.
 
Ainsi, on pourra commencer le traitement sur les variétés les plus sensibles à la tavelure ou dans les sections des vergers où la maladie était plus importante l’année précédente. Le traitement au bicarbonate peut être appliqué même s’il pleut, à condition que cette pluie ne soit pas trop intense (maximum de 3 mm à l’heure). Il est même recommandé de l’appliquer sur feuillage mouillé puisque cela entraîne une meilleure distribution du produit sur les feuilles. Lorsque la pluie s’intensifie, on peut arrêter le traitement et le reprendre lorsque l’intensité des précipitations diminue.
Graphique_texte_Evelyne.JPG

​Légende : 

  1. ​​Nuage blanc : spores en germination
  2. Ligne rouge : progression de l'infection
  3. Point où la ligne rouge d'infection croise celle du nuage blanc : environ 250 degrés-heures
  4. Période optimale pour intervenir à l'aide du bicarbonate de potassium : du 4 mai à partir de 20 h 45 au 5 mai vers 2 h 30 ​

Si vous n’avez pas accès au modèle RIMpro, vous pouvez vous fier à l’heure du début de la pluie. On considère généralement qu’il y a infection de tavelure lorsque le feuillage reste mouillé pendant 140 degrés-heures (ou 14 heures à 10 ◦C). Vous pouvez alors entreprendre le traitement de bicarbonate à compter de ce moment et poursuivre jusqu’à environ 300 degrés-heures après le début de la pluie.
Si vous craignez de ne pas pouvoir appliquer le produit sur la totalité du verger à l’intérieur de la période optimale de 250 degrés-heures, vous pouvez en limiter l’usage à certaines parcelles, le temps de vous familiariser graduellement avec le produit et d’en maîtriser l’utilisation. De plus, lorsque les risques d’infection sont très élevés, c’est-à-dire qu’un maximum de spores de tavelure sont matures, il est préférable d’opter pour une stratégie de type « ceinture et bretelles », qui consiste à utiliser un fongicide en protection avant la pluie (soufre ou autre fongicide conventionnels) et à intervenir au moyen du bicarbonate durant la période de germination des spores (période de 250 degrés-heures). Toutefois, hormis le soufre, qui accentue l’efficacité du bicarbonate, il ne faut pas le mélanger avec d’autres traitements au risque de réduire son efficacité. 
 
Le bicarbonate de potassium est utilisé avec succès par de nombreux pomiculteurs en régie biologique et en production fruitière intégrée, notamment ceux qui participent au projet des vergers vitrines. Certains pomiculteurs ont remplacé jusqu’à huit traitements fongicides conventionnels par le bicarbonate de potassium dans les parcelles à moindre risque, sans impacts négatifs sur le pourcentage de dommages à la récolte. 
 
Le bicarbonate est vendu par la coopérative Naturpac de Deux-Montagnes et il est préférable de commander le produit à l’avance pour s’assurer d’en avoir une quantité ​suffisante. Le sac de 25 kg coûte 98,70 $; une dose d’application est de 4kg par hectare, un traitement coûte donc un peu moins de 15,80 $ l’hectare, ce qui est beaucoup moins cher que les autres traitements habituels contre la tavelure. Pour en accroître l’efficacité, il est recommandé de combiner le bicarbonate avec une part de 4 kg de soufre par hectare. Même avec la combinaison soufre-bicarbonate, le coût du traitement reste bien raisonnable à moins de 25 $ l’hectare. On peut également utiliser le produit Sirocco, qui est une préparation commerciale à base de bicarbonate et de soufre et qui revient à environ 70 $ pour le traitement d’un hectare. 
 
N’hésitez pas à parler de cette méthode avec votre conseiller pomicole, qui pourra vous accompagner pour réussir les traitements que vous entreprendrez. Surveillez aussi les messages du Réseau d’avertissements phytosanitaires en cours de saison.​

 
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Dernière mise à jour : 2020-04-20

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