​​​Déplacer des bovins laitiers, les mains dans les poches? Pourquoi pas!

​Par Marie-Ève Dubuc, agronome et conseillère en productions animales et Catherine Soucy, technicienne agricole, Direction régionale de la Montérégie-Ouest du MAPAQ

Dans un contexte où bon nombre de producteurs laitiers modifient leurs installations pour passer de la stabulation entravée à la stabulation libre, la manipulation des animaux est appelée à se dérouler différemment et peut même représenter un obstacle à l'utilisation optimale  des nouveaux bâtiments. Il y a lieu d'adapter ses habitudes et de mettre à jour les notions de la manipulation des bovins laitiers qui sont fondées sur leurs comportements naturels, de manière à réduire le stress et les blessures que subissent les animaux et à améliorer l'efficacité du travail à la ferme.

Optimiser les performances et assurer le bien-être animal

Il y a plusieurs bénéfices concrets à perfectionner ses méthodes de manipulation des bovins. D'abord, du point de vue des animaux, autant ils peuvent apprendre de la répétition d'expériences positives, diminuant de la sorte leur crainte des humains, autant ils réagissent aux interactions négatives, pas nécessairement répétées, et peuvent développer une peur plus grande des humains en général et à l'égard de certaines personnes en particulier. Confrontés à une situation aversive, les animaux subiront un stress qui affectera tant leur bien-être que leur productivité. À ce propos, la littérature scientifique fait état d'une réduction de la production laitière (notamment en raison d'un plus grand volume de lait résiduel dans le pis après la traite) et de différents effets négatifs sur la fertilité et la santé en général. Par ailleurs, des animaux calmes au moment d'un déplacement dans le bâtiment risqueront moins de se blesser.

De l'autre côté de la médaille, travailler avec des animaux plus calmes est plus sécuritaire. Dans les méthodes de manipulation, tout est une question de positionnement de l'humain et non de force. Des installations bien conçues et de bonnes techniques contribuent à l'efficacité des tâches, comme elles réduisent les besoins en main-d'œuvre pour certaines opérations (ex. : entrer une vache dans le taille-sabot) et rendent le tout plus agréable pour tous. Il y a de véritables avantages économiques à adopter les bonnes pratiques de manipulation et cela ne nécessite aucun investissement majeur.

Observer l'animal et mettre à profit son instinct naturel

Pour profiter de ces avantages, l'observation des animaux est un élément clé. La compréhension de l'animal et de son comportement permet d'ajuster ses méthodes de manipulation de manière à travailler en harmonie avec le troupeau. La vue est le sens prédominant de la vache, qui possède un champ de vision panoramique de 330 degrés. Les seuls « angles morts » où l'animal ne peut voir sont situés sous son museau et à l'arrière, il faut donc éviter de s'y trouver. La position latérale des yeux de la vache est une caractéristique de proie, tandis que l'humain, qui a les yeux en position frontale, fait de lui un prédateur. Les détails, les reliefs, les textures et les zones d'ombrage et de luminosité sont des éléments dont la clarté échappe à la vision de la vache. Pour cette raison, au moment de la manipulation ou d'un déplacement, il est nécessaire de dégager le chemin qu'emprunte l'animal et de limiter les distractions qui pourraient constituer un frein ou causer du stress. Une vache stressée libère des phéromones de stress qui rendront le reste du troupeau attentif à un danger potentiel, en raison d'un sens olfactif développé, ce qui risque d'entraver le déplacement fluide du groupe. De plus, les gestes vifs et trop rapides de l'humain peuvent engendrer la peur chez les bovins, vu leur perception différente des objets en mouvement.

La compréhension des autres sens de l'animal peut aussi nous orienter. À cause de leur audition sensible, les vaches laitières sont très importunées par les cris ou les sifflements au moment des manipulations. Les auteurs d'une étude rapportée dans une conférence de Mme Anne-Marie De Passillé (voir la référence à la fin de l'article) ont analysé la perception des vaches concernant certains comportements des humains et ils ont mis en lumière le fait que crier est perçu comme aussi aversif que le bâton électrique. Crier représente donc un comportement à proscrire en tout temps. Il est préférable d'avoir un environnement calme, sans bruits stridents et dérangeants. Pour s'assurer de la réceptivité de la vache à nos actions, l'orientation des oreilles est un élément à observer. Plus l'animal est calme, plus il est réceptif au message véhiculé par la position du manipulateur. Au contraire, un animal stressé sera imprévisible, il ne verra pratiquement pas devant lui et il réagira instinctivement pour se sauver!

Ces éléments sont bons à savoir pour tous les types de manipulation à la ferme, soit de la taille des onglons, du passage au bain de pieds et de l'administration des soins jusqu'à la traite. Une proie, instinctivement, veut toujours garder un œil sur un prédateur potentiel, ce qui la mènera à son patron de mouvement caractéristique, soit le demi-cercle. L'utilisation des zones d'influence est un allié pour le déplacement des bovins.  En accentuant ou en relâchant la pression sur la zone de fuite, la zone de perception et le point d'équilibre, il est possible de diriger les animaux.  Comme ce sont des animaux grégaires, il suffit d'utiliser cette technique à l'égard des vaches dominantes pour que l'ensemble du troupeau soit porté à suivre leur déplacement (les références indiquées au bas de l'article fournissent des compléments d'information quant à ces notions clés). Une fois en mouvement, il faut marcher lentement et respecter le rythme de l'animal, puisqu'à sa pleine vitesse, la vache a un pas plus lent que l'humain. À la suite de l'intégration de ces notions à ses méthodes, il s'agit de prendre son temps; les déplacements et les manipulations s'effectueront calmement, les mains dans les poches, en silence et en observant les animaux. De plus, le concept du « budbox » est un atout favorable à la manipulation. Il est possible d'aménager un « budbox » au moyen d'un jeu de barrières dans des installations déjà existantes. Tirer avantage des comportements naturels et instinctifs des bovins laitiers permet de manipuler les animaux sans forcer, sans stresser et sans se blesser.

Au mois de décembre 2019, la Direction régionale de la Montérégie du MAPAQ a tenu trois activités destinées à outiller les producteurs laitiers relativement à la manipulation sécuritaire des animaux à la ferme. Les 52 producteurs laitiers ayant assisté aux ateliers ont signifié l'importance du sujet et les participants sont repartis avec des renseignements concrets pour améliorer la gestion des déplacements des animaux dans leurs exploitations.

Il y a beaucoup d'information en ligne pour acquérir de bonnes techniques de manipulation, par exemple en utilisant l'expression « dairy stockmanship » dans le moteur de recherche de Google. L'éleveur qui souhaite en apprendre davantage peut consulter la liste de sources documentaires et de vidéos, en français, en anglais et même en espagnol (utile pour les travailleurs étrangers temporaires), ci-dessous.

Positions pour faire avancer ou arrêter l'animalSource de l'image : https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/p.45-46-47%20v1.pdf

Références

DE PASSILLÉ, Anne-Marie. « Qu'est-ce qui fait avancer les vaches? », 32e Symposium sur les bovins laitiers, CRAAQ (Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec), 30 novembre 2008, [En ligne : https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/De%20Passile_AR.pdf].​

FOURNIER, Alain. « Dans la peau d'une vache », Le Bulletin des agriculteurs, octobre 2005, [En ligne : https://www.agrireseau.net/bovinslaitiers/documents/p.45-46-47%20v1.pdf], (4 août 2020).​

Institut de recherche de l'agriculture biologique (FiBL). « Bien réussir la manipulation des bovins : percevoir, comprendre, communiquer », 2014, [En ligne : https://shop.fibl.org/chde/mwdownloads/download/link/id/678/], (3 août 2020).

Conseil national pour les soins aux animaux d'élevage. « Code de pratiques pour le soin et la manipulation des bovins laitiers », 2009, [En ligne : https://www.nfacc.ca/codes-de-pratiques/bovins-laitiers/code].

TREMBLAY, Frédéric. « Manipulation des bovins », atelier pratique sur la manipulation des bovins laitiers en stabulation libre, 2019, [En ligne : https://www.agrireseau.net/documents/Document_101778.pdf], (4 août 2020).

TREMBLAY, Frédéric. « Stockmanship 101 », atelier pratique sur la manipulation des bovins laitiers en stabulation libre, 2019, [En ligne : https://www.agrireseau.net/documents/Document_101780.pdf], (4 août 2020).​

Autres sources documentaires

TREMBLAY, Frédéric. « Manipulation des bovins : sécurité, efficacité et réduction du stress pour les animaux », Congrès Bœuf, CRAAQ, 2016. Présentation vidéo en français : https://youtu.be/zkcZZ8UN_VY; présentation PowerPoint en français : https://www.agrireseau.net/documents/Document_94783.pdf.

National Dairy FARM : https://nationaldairyfarm.com/producer-resources/dairy-stockmanship/ (vidéos en anglais et en espagnol).

Dairy Stockmanship Skills. National Dairy FARM : https://youtu.be/RTOqqhHe61E (présentation vidéo en anglais).

The Upper Midwest Agricultural Safety and Health Center : http://umash.umn.edu/dairy-handling/ (vidéos en anglais et en espagnol).

Video Collection on Cattle, Sheep and Pig Handling by Temple Grandin : https://grandin.com/videos/videos.html (vidéos en anglais).​

 
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Dernière mise à jour : 2020-09-02

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