​Des jardins potagers en ville : vers une alimentation locale

​Par Abdel Nacer Hammoudi, agronome, de la Direction régionale de la Montérégie-Est du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation.

L'agriculture urbaine et périurbaine se définit comme l'ensemble des activités agricoles pratiquées en ville. Ces activités comprennent les petits élevages de poules et de lapins, l'apiculture, les jardins communautaires, les jardins potagers sur les toits, la culture maraîchère dans les cours résidentielles, commerciales et industrielles, les micropousses, les insectes comestibles, les champignons et même l'aquaculture.

Depuis l'Antiquité, les villes aménagent des espaces pour la construction d'habitations et pour l'agriculture. Avec l'étalement du tissu urbain et périurbain, les espaces agricoles ont progressivement disparu des centres-villes. Cependant, de nombreux jardins occupent toujours une place significative dans le paysage urbain.

Les périodes de crises économiques, comme ce fut le cas après la Première Guerre mondiale et l'effondrement du marché boursier de 1929, ont été des catalyseurs dans la prise de conscience de l'importance de l'autonomie et de la sécurité alimentaire. L'actuelle pandémie de COVID-19 a aussi ravivé le besoin de sécuriser la production alimentaire.

Au Québec, à partir des années 1970, des groupes de citoyens se sont formés pour réclamer l'accès aux espaces urbains dans le but de produire leurs propres aliments et d'en faire des lieux de socialisation et de loisirs. Ce fut la naissance des jardins communautaires à Montréal et à Québec.

On assiste aujourd'hui à un intérêt grandissant pour cette forme d'agriculture. Des potagers sur les balcons des immeubles apparaissent quotidiennement. Aussi, des serres commerciales chauffées sont érigées sur les toits et au sol par de grandes chaînes d'épiceries telles que Metro, IGA et les Fermes Lufa. En 2018, Albert Mondor mentionnait dans un article du Journal de Montréal que l'île de Montréal comptait près de 140 hectares de jardins communautaires et de potagers, ceux-ci étant situés dans les cours et les ruelles ainsi que sur les balcons, les terrasses et les toits. Près de 50 % des Montréalais pratiquent actuellement l'agriculture urbaine, soit plus de 800 000 personnes.

Comme le logement et le moyen de transport, la production alimentaire en territoire urbain et périurbain est en voie de devenir un incontournable dans le processus de planification et d'aménagement des villes.

Les objectifs et les avantages de l'agriculture urbaine

L'agriculture urbaine contribue à une meilleure qualité de vie grâce à ces avantages, dont l'augmentation de la production alimentaire locale et de la biodiversité, ainsi que l'accroissement de la santé et du bien-être de la population. L'environnement, l'éducation et le développement économique sont aussi des visées de l'agriculture urbaine.

Par rapport aux conséquences environnementales, mentionnons que l'agriculture urbaine contribue à l'amélioration de la biodiversité, notamment par la création d'habitats favorables aux pollinisateurs. L'implantation de cultures maraîchères et de couvertures végétales réduit les îlots de chaleur et offre un meilleur drainage des eaux de pluie.

Cette forme d'agriculture a aussi des effets sur la santé. En effet, la pratique du jardinage est considérée comme une activité physique modérée ayant une incidence positive sur la santé. Elle donne également accès à des aliments frais, nutritifs et diversifiés, ce qui contribue à la santé du consommateur.

La pratique de l'agriculture a aussi des effets thérapeutiques : réduction du stress, amélioration de la santé émotionnelle et cognitive et sentiment de fierté et d'accomplissement.

Les jardins collectifs en ville et les fermes périurbaines sont mis en œuvre par des organismes communautaires. Ceux-ci ont pour mission la lutte contre la pauvreté, la sécurité alimentaire et l'éducation à l'environnement. Dans ces jardins, le travail collectif et l'entraide contribuent au renforcement des liens socioculturels et constituent un outil d'intégration des nouveaux arrivants. Ils permettent aussi aux personnes marginalisées de sortir de leur isolement.

En outre, les potagers permettent l'acquisition de compétences, contribuent grandement à embellir les quartiers et favorisent le sentiment d'appartenance.

Les fermes urbaines offrent une diversité d'occasions d'affaires et sont un levier pour la création d'emplois. Par ailleurs, les résidences situées près de jardins communautaires sont embellies et peuvent avoir une valeur ajoutée dans le marché immobilier. Enfin, les projets d'agriculture urbaine peuvent constituer une vitrine de marketing pour les aliments locaux et les métiers de l'agriculture.​

Les défis de l'agriculture urbaine

L'agriculture dans un contexte urbain comporte cependant des contraintes et des défis. Puisqu'il s'agit d'une activité en émergence, il y a peu de connaissances agronomiques et technologiques sur le sujet. L'espace disponible est restreint soit par la pollution ou par la proximité des voisins qui peut parfois être problématique en lien avec les odeurs et les bruits de certains types d'élevages ou l'apiculture.

Notons aussi que la réglementation des activités agricoles est plus stricte en ville qu'en milieu agricole. De plus, les compagnies d'assurances ne sont pas habituées à couvrir les risques liés aux activités agricoles en ville, notamment dans les secteurs commercial et industriel.

Ce type d'agriculture soulève aussi des enjeux de réglementation puisqu'il faut conjuguer avec les règlements des activités agricoles et les règlements municipaux. Il faut alors remettre en question ces règlements et arrimer les règles d'urbanisme et de zonage, l'utilisation des pesticides en ville, l'assainissement des eaux usées, la construction et la transformation des bâtiments, l'hygiène et la salubrité des aliments, etc.

Une offre de formation à développer

L'offre de formation en agriculture est très peu développée. Il y a des manques à combler quant aux connaissances en agronomie, en gestion humaine, en gestion financière et en mise en marché. Avec la crise sanitaire actuelle, le virage numérique est devenu une nécessité pour toutes les entreprises. Plusieurs organisations, telles que les universités et les centres de recherche, de développement et de formation, comme le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) et le Carrefour de recherche, d'expertise et de transfert en agriculture urbaine du Québec (CRETAU), travaillent de concert pour développer des formations, des guides et des fiches de production en agriculture urbaine et des outils, tel qu'Agro-démarrage du CRAAQ. Un répertoire des ressources existantes est aussi mis en référence à la fin de cet article.

Des cégeps, comme celui de Victoriaville, offrent maintenant une formation collégiale en gestion et technologie d'entreprise agricole spécialisée en agriculture urbaine. D'autres organismes, comme les réseaux Agriconseils, offrent des services-conseils et de l'accompagnement en agronomie et en environnement alors que des consultants privés offrent du soutien en matière de gestion. Les formations sont de plus en plus offertes sous forme de séminaires, de forums, de conférences et d'ateliers. Elles sont initiées par des centres de recherches, dont le Laboratoire en agriculture urbaine du CRETAU, des universités d'été, auxquelles l'Université de Montréal et l'Univ​ersité McGill participent, etc.​

Des projets et des initiatives en Montérégie

Dans la région, plusieurs villes ont adopté des politiques ou des initiatives d'agriculture urbaine. La Ville de Brossard s'est notamment dotée d'une politique en la matière alors que la municipalité de Saint-Amable poursuit deux projets (poules urbaines et potagers en cour avant). La ville de Saint-Bruno-de-Montarville, grâce à sa politique de ville nourricière et à son projet d'agriculture urbaine, aspire à devenir un pôle d'excellence en recherche et en développement agricole et invite sa communauté à participer à cette initiative. D'autres municipalités de la Montérégie-Est entament également des démarches en agriculture urbaine. Gageons que plusieurs autres beaux projets émergeront dans les années à venir.


Références

Politique d'agriculture urbaine, Brossard

Guide de démarrage en entreprise agricole urbaine, CRETAU

Agriculture urbaine, Collectivités viables

Agro-Démarrage​​

 
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Dernière mise à jour : 2022-06-10

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