​​​​​Le pari des Pays Bas

« Préserver les liens précieux et indissociables ent​re l'agriculture, la nature et l'alimentation »​​

Il est 20 heures aux Pays-Bas. Les étudiants s'entassent au Science Cafe de l'Université de Wageningen pour s'immerger dans l'agriculture du futur. Cette université, qui fait partie de l'écosystème économique de la Food Valley, surnommée ainsi pour son réseau de jeunes pousses agrotechniques, figure parmi les cinq universités les plus réputées au monde en matière d'écologie. L'Université de Wageningen accueille chaque année 12 000 étudiants venant de plus de 100 pays.

La Food Valley se caractérise par les nombreuses solutions innovantes de classe mondiale qui en émergent dans les domaines de l'agroalimentaire et de l'alimentation, ainsi que par la coopération constructive entre entreprises, établissements de savoir et gouvernements. Selon les prévisions, dans près de dix ans, la population de la Terre atteindra neuf milliards de personnes. C'est pourquoi, dans cette partie de l'Europe, on s'emploie à concevoir des solutions pour répondre aux besoins alimentaires des populations et assurer la protection de l'environnement sans hypothéquer l'avenir de la planète.

Les Pays-Bas 

Réunissant 16 millions d'habitants répartis sur une superficie de 41 500 kilomètres carrés (à titre de comparaison, le Québec compte 8 millions d'habitants sur une superficie de 1,5 million de kilomètres carrés), les Pays-Bas sont aujourd'hui le deuxième exportateur de produits agricoles au monde, après les États-Unis. Les espaces ruraux souffrent de la forte pression du développement urbain causée par la densité élevée de la population (on dénombrait 502 personnes au kilomètre carré aux Pays-Bas en 2015, contre 6,5 personnes au kilomètre carré au Québec en 2017 et plus de 1 000 personnes au kilomètre carré dans la Communauté métropolitaine de Montréal la même année). Trouver un équilibre entre l'agriculture, la nature, les activités industrielles, le lotissement et l'infrastructure routière représente un défi constant pour les administrations publiques. Les 64 000 exploitations agricoles néerlandaises, dont la taille moyenne est de 28 hectares, produisent de façon intensive et sont hautement mécanisées, ce qui n'est pas sans conséquences.

Dans la Food Valley, quelque 8 000 chercheurs et 1 500 entreprises agroalimentaires collaborent depuis 15 ​ans, alignés consciencieusement sur la vision gouvernementale : « Agriculture, nature et alimentation : des liens précieux et indissociables. Les Pays-Bas à la pointe de l'agriculture circulaire ». Ainsi, la recherche se concentre sur quatre axes principaux : l'économie circulaire, les protéines de remplacement, les aliments santé et l'intelligence artificielle.

Les Pays-Bas visent à devenir des chefs de file mondiaux de l'économie circulaire

Ce qui caractérise le secteur bioalimentaire néerlandais, c'est l'accent qui est mis sur la réduction des coûts et sur l'augmentation de la production, de manière à réaliser des économies d'échelle. Sur le marché, cela se traduit, pour de nombreux exploitants agricoles, par des marges faibles, parfois même négatives. Ce parti pris pour la réduction des coûts et l'augmentation de la production nuit cependant à l'environnement. Aussi, aux Pays-Bas, la sécurité de l'approvisionnement alimentaire ne peut être garantie sans passer par une logique d'économie circulaire, viable d'un point de vue écologique et économique à la fois. Suivant la logique de l'économie circulaire, les déchets du secteur agricole et de la chaîne alimentaire (résidus de culture, déchets alimentaires, rebuts industriels, fumier, compost, etc.) sont valorisés et traités  pour créer d'autres produits.  Les entreprises de l'économie circulaire s'attachent à consommer le moins d'énergie possible en recourant le plus possible à des énergies renouvelables. Les Pays-Bas visent ainsi à devenir d'ici 2030 les chefs de file mondiaux de l'économie circulaire. 

Un exemple de projet ambitieux

Depuis mai dernier, le port de Rotterdam abrite une ferme laitière technologique qui compte 32 vaches. La ferme fonctionne selon une logique d'économie circulaire et locale. Près de 80 % de la nourriture des vaches provient des déchets alimentaires de Rotterdam qui sont collectés et acheminés en camionnettes électriques. Les animaux sont nourris de l'herbe tondue des pelouses de la ville, des terrains de golf, ainsi que de la pelouse du stade de Rotterdam; font aussi partie de la diète animale les déchets alimentaires des brasseries locales et les pelures de pommes de terre des restaurants du voisinage. 


 

Sur la plateforme flottante où est aménagée la ferme, de l'herbe sera cultivée, de même que des lentilles d'eau, du trèfle et de la luzerne, dans une serre à la fine pointe de la technique. Des panneaux solaires offrent une indépendance énergétique au bâtiment, alors que le fumier des bêtes est séché et réutilisé comme litière ou comme engrais et que l'eau de pluie est récupérée et réemployée. Cette ferme avant-gardiste comprend un atelier de transformation et de conditionnement du lait en produits, tels que des yaourts, des crèmes et des fromages.

Le Québec n'est certes pas les Pays-Bas. Toutefois, son modèle de développement peut porter à réflexion, notamment quand il est question de développement agricole dans la Communauté métropolitaine de Montréal.  Ce territoire, qui rassemble la moitié de la population du Québec, est appelé à croître encore davantage dans les prochaines années, à l'instar des autres grandes villes du monde. Le prix élevé des terres agricoles entraîne la nécessité de produire de façon plus intensive pour rentabiliser l'investissement.  Il faudra adapter le modèle de production agricole pour alimenter les grands centres urbains et, dans cette perspective, l'innovation qui y est développée ne peut qu'être bénéfique et transférable à l'ensemble du secteur agricole québécois.  Ainsi, comment le développement agricole peut-il se réaliser en synergie avec le développement urbain? Il s'agit là de défis très actuels et stimulants pour le Québec.


Louise Cossette
Adjointe au directeur
Dossiers stratégiques de développement​​​​​

 
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Dernière mise à jour : 2019-12-09

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