Considérations financières de la transition à la production animale biologique

Marie-Ève Dubuc, agronome,
Conseillère en production animale
Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation

Dans un précédent article, nous avons regardé les facteurs de risques liés à la transition à l’agriculture biologique, particulièrement dans la production animale. Mais, outre ces risques, il importe de s’attarder aux considérations financières qui touchent cette conversion. Le bref examen que nous proposons met à profit, rappelons-le, une étude commandée par l’organisme Cultivons biologique Canada et portant sur l’analyse des risques et des coûts de la transition à l’agriculture biologique. Cette étude, effectuée par Serecon inc. et le Groupe Agéco, avait pour objet de mieux comprendre la réalité des agriculteurs canadiens et de proposer des outils pratiques et des solutions concrètes. Elle s’appuyait sur une analyse de la documentation existante et sur des études de cas d’entreprises agricoles et a fait appel à des groupes de discussion formés d’agriculteurs ayant vécu la transition.

Des répercussions sur la productivité

L’étape de la transition est la période où l’agriculteur doit opérer des changements, parfois très importants, dans les techniques qu’il met en œuvre tant en ce qui concerne les champs qu’en ce qui a trait aux animaux, en vue de se conformer aux exigences de la certification biologique. Ces changements ont des conséquences sur les performances des animaux et sur le rendement des cultures. Ainsi, il est fréquent que la productivité de l’entreprise soit à la baisse, et ce, dès le début de l’étape de la transition. Cette période peut s’échelonner généralement sur 12 mois à 36 mois. Par la suite, un organisme compétent procédera à l’examen des pratiques et des registres de la ferme et décidera d’accorder ou non la certification biologique aux produits agricoles de la ferme.

Des répercussions sur le revenu

Bien que différents changements s’opèrent dans la gestion de l’entreprise pendant les nombreux mois de la transition au biologique, tant que la ferme n’obtient pas la certification, les produits de la ferme ne peuvent pas être certifiés biologiques. Aussi, l’agriculteur qui est engagé dans une conversion vers le bio ne peut pas profiter des prix plus élevés, ni avoir accès aux primes potentielles rattachées à la certification biologique. La période de conversion, en raison de la diminution de la productivité et de l’absence de hausse des revenus, rend donc plus vulnérables les entreprises.

Des répercussions sur les dépenses courantes

La séquence de la transition est déterminante pour ce qui est des coûts directs liés aux changements effectués pour mettre en place un système d’agriculture biologique. Ainsi, il est recommandé que la transition des superficies en culture d’une entreprise soit faite en premier, de manière à pouvoir ensuite nourrir le troupeau au moyen d’aliments biologiques provenant de la ferme lors de la conversion du cheptel. Cette façon de faire permet d’éviter les coûts très élevés qu’engendre l’achat d’aliments biologiques à l’extérieur de l’exploitation, lesquels sont quelquefois difficiles à se procurer. L’entreprise qui n’exploite pas assez de terres pour répondre à la majorité des besoins alimentaires du troupeau a grandement intérêt à faire au préalable un calcul de la rentabilité du projet.

Au sujet des dépenses courantes de l’entreprise effectuant une transition au mode biologique, l’étude a révélé des tendances. Il faut cependant avoir en tête que la situation initiale de l’éleveur est l’élément clé : avait-il adopté une régie extensive sans grande utilisation d’intrants ou, au contraire, avait-il opté pour un système intensif qui nécessite d’apporter beaucoup de modifications à ses pratiques? Généralement, voici ce que l’on a observé chez les agriculteurs qui se sont tournés vers la production animale biologique :

  • Augmentation du coût d’approvisionnement en intrants et en aliments pour animaux de source biologique
  • Baisse des coûts de suppléments commerciaux (les producteurs bio vont tenter de nourrir leur troupeau avec des ingrédients simples, souvent produits à la ferme)
  • Réduction de certains travaux au champ (les animaux s’alimentent directement aux pâturages)
  • Diminution des charges pour les produits vétérinaires.

Il ne faut pas négliger non plus les dépenses qui sont directement liées à la reconversion des terres.

Des répercussions sur les investissements

Dans la foulée, il est nécessaire que le producteur agricole évalue les divers investissements que requiert l’adaptation au mode biologique. On peut penser ici à la mise aux normes de bâtiments, ce qui varie d’une rénovation mineure à la construction d’une nouvelle étable, selon la situation initiale de l’éleveur. Il faut savoir que la certification biologique exige, entre autres choses, d’attribuer une plus grande superficie par animal et de fournir un logement qui assure la liberté de mouvement des animaux et un accès à l’extérieur. Il y a aussi l’organisation des pâturages (obligatoires pour les ruminants, avec au moins 60 % de la ration composée de fourrages) et l’aménagement des cours d’exercice (obligatoire pour les autres animaux d’élevage) qui vont nécessiter des investissements financiers. Tout cela peut représenter des dépenses considérables, sans compter les autres dépenses qui se rapportent à la reconversion des terres. Il faut donc que l’entreprise ait la capacité financière de supporter de nouveaux emprunts pour réaliser ces nouveaux projets. À cet égard, une analyse financière, menée dans le contexte d’un plan d’affaires, est requise.

Des répercussions sur le temps de travail

L’étude a aussi mis en relief les conséquences sur le temps de travail. L’étude indique qu’il peut y avoir jusqu’à des centaines d’heures de travail de plus par année durant cette étape, particulièrement au cours de la première année de la transition. Dans les productions animales, une activité très exigeante est la préparation des pâturages et des cours d’exercice, qui comprend la pose d’une clôture et de piquets, l’installation de conduites d’eau d’abreuvement et l’aménagement des abris contre les intempéries. Durant toute la période de conversion et même au-delà, du temps supplémentaire doit être consacré aux éléments suivants :

  • La recherche d’intrants et d’aliments pour le bétail satisfaisant aux normes de la certification biologique
  • La tenue plus minutieuse et détaillée des registres
  • La gestion du troupeau, les observations des animaux et l’approche préventive de la gestion des maladies
  • La gestion plus intensive des pâturages et le travail quotidien pour offrir l’accès à l’extérieur aux animaux.

En conclusion, si l’étude de l’organisme Cultivons biologique Canada met en lumière les risques et les coûts de la transition à l’agriculture biologique, elle souligne aussi l’importance de créer des conditions d’affaires qui soient favorables à la transition au mode biologique.

Pour plus d’information, on peut consulter dans Internet l’étude Transitioning to Organic: A Risk Based Analysis et les documents connexes.

Texte intégral : journal Gestion et technologie agricoles (GTA), 3 janvier 2019.

 
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Dernière mise à jour : 2019-03-08

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