Construire des filtres géants pour améliorer la qualité de l’eau, pourquoi pas?

Bassin de stockage d'eau et de sédimentation
© Photo : François Chrétien
Un bassin de stockage d’eau et de sédimentation (BSES) est une structure visant à retenir en permanence ou provisoirement l’eau de ruissellement chargée de particules de sol, de matières organiques et de nutriments. Par décantation, un BSES permet de capter une partie de ces particules.

L’aménagement d’un BSES est réalisé à même un fossé entre un champ et un cours d’eau. Habituellement, la vidange du bassin se fait à l’aide d’un avaloir raccordé à une conduite souterraine. Il doit être dimensionné en fonction de critères tels que le débit, le temps de vidange et la dimension des particules que l’on veut intercepter.

Les cours d’eau reçoivent les eaux de surface et souterraines des champs agricoles, mais trop souvent ces eaux contiennent des fertilisants, pesticides et sédiments. Cela entraîne une dégradation des écosystèmes aquatiques, l’augmentation des charges de phosphore dans un plan d’eau et peut créer l’eutrophisation de l’eau. C’est ce qui se produit dans certains de nos lacs, rivières et cours d’eau où l’on observe l’apparition d’algues et des plantes aquatiques nuisibles. Ainsi un BSES peut contribuer à minimiser ces impacts.

Types et dimensionnement des BSES

Il existe deux types de BSES. On désignera le nom de bassin sec lorsqu’il se vide complètement après une pluie et bassin humide lorsque l’on maintient un niveau d’eau en permanence dans le bassin. Ce dernier est généralement de plus grande capacité et plus efficace pour le captage des sédiments et des matières fertilisantes. De plus, il permet un potentiel de biodiversité plus élevé (voir photos 1 et 2).

Le choix et le dimensionnement du BSES s’effectue simplement en fonction des débits d’eau à traiter et du degré d’épuration désiré. Il est plus grand si le débit à gérer est élevé ou si l’on veut recueillir de plus fines particules de sol. Généralement, on vise à intercepter les particules de limon et de sable. Pour plus de renseignements sur la façon de réaliser ces structures, il existe une fiche technique réalisée par le MAPAQ et Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) (1). Un guide de conception détaillé est également disponible par l’entremise d’AAC (2).

Résultats de projets

Plusieurs producteurs agricoles de la région ont réalisé des BSES (bassin sec ou bassin humide) de petites et grandes capacités en utilisant différents types de déversoirs (puisards, écumoires flottantes, etc.). Grâce à la collaboration de ces entreprises, nous effectuons des suivis pour évaluer leur efficacité environnementale. Une étude détaillée de 2009 à 2013, qui se poursuivra jusqu’en 2016, sur les bassins humides de la Ferme Bergeroy S.E.N.C. à Saint-Samuel-de-Horton a été réalisée par François Chrétien, agr. M. Sc. d’AAC, en collaboration avec le MAPAQ (3). Les résultats démontrent que les efficacités de traitement mesurées sont en moyenne de 50 % de récupération des sédiments en suspension, 42 % de l’azote total et 48 % du phosphore total. De plus, l’étude révèle une réduction moyenne de 38 % des débits de pointe, ce qui est très encourageant et révélateur de ce type d’aménagement. Ces résultats doivent toutefois être interprétés avec prudence et le lecteur devrait se référer à l’étude pour connaître tous les paramètres et suivis qui ont permis d’en arriver à ces conclusions.

D’autres projets sont en cours de réalisation avec AAC, le MAPAQ et l’Université Laval. L’un d’eux vise à comparer l’efficacité des différents types d’avaloirs utilisés en bassin sec dans les fossés et un autre sur l’évaluation d’un nouveau type d’avaloir « l’écumoire flottante » en bassin humide (voir photo 3). Cet avaloir permet d’évacuer l’eau du bassin en captant celle-ci à la surface de l’étang. Ce type d’avaloir devrait améliorer l’efficacité de traitement des BSES, puisque l’eau à la surface d’un bassin contient moins de matières en suspension.

Rappelons qu’un BSES fait partie des outils disponibles dans une stratégie agroenvironnementale globale. Avant tout, il est important d’établir une gestion raisonnée des intrants, d’adopter de bonnes pratiques culturales (rotations, résidus en surface, etc.) favorisant la santé des sols, d’aménager des zones tampons efficaces et d’effectuer des ouvrages de contrôle d’érosion (chutes enrochées, voies d’eau, etc.).

Le MAPAQ offre des aides financières pour la planification de cette démarche, notamment le plan d’accompagnement agroenvironnemental (PAA) ainsi que pour les structures de contrôles d’érosion, les zones tampons et les BSES.

Pour plus d’informations, vous pouvez contacter votre direction régionale du MAPAQ au 819 293-8501.

(1) Bassins de stockage d’eau et de sédimentation : concept et dimensionnement. Mikael Guillou, agr., Mai 2013.
(2) Critères de conception des étangs épurateurs et régulateurs de l’eau, produit pour AAC, Copies électroniques disponibles sur demande au 418 210-5050.
(3) Impacts des étangs épurateurs et régulateurs. François Chrétien agr. M.Sc. d’agriculture et agroalimentaire canada en collaboration avec le MAPAQ, Octobre 2014.

 

 BSES dans un fossé de type « bassin sec »
 Photo 1 : BSES dans un fossé de type « bassin sec »
BSES aménagé de type « bassin humide »
Photo 2 : BSES aménagé de type « bassin humide »
Écumoire flottante (bassin humide)
Photo 3 : Écumoire flottante (bassin humide)

 

Victor Savoie, ingénieur
Conseiller en agroenvironnement et santé des sols

Date de diffusion : 2015-05-14

 
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Dernière mise à jour : 2015-05-19

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